Dans le Cartable, la chronique "Livres" de Christian Laborde sur France3 Sud, dans l'émission "C'est mieux le matin"
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L'Os de Dionysos. Il s'agit de l'édition culte: celle qui fut censurée en 1987 pour "pornographie, lubricité, danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale, invitation au désordre et à la moquerie, trouble illicite..." .

L'inspiratrice de l'Os, "la muse", dessinée par Claude Nougaro.

Un bref extrait par Dominique Autié dans son article "vierges romanes".
Christian Laborde a du talent: c'est sans conteste l'un des meilleurs prosateurs français. Son style, très imagé, tout en beat, influençé par le jazz, fait mouche. Il faut lire L'Os de Dionysos(Ed. Régine Deforges, 1987), Gargantaur(Fayard, 2001) et Soror, de succulents romans. Ami intime de Claude Nougaro dont il est le grand spécialiste, il a consacré au chanteur toulousain plusieurs ouvrages de référence. Il nous donne aujourd'hui à lire Percolenteur(joli titre!), recueil d'une vingtaine de textes courts qui ne sont rien d'autres que des odes à "la France qu'on aime", comme le disait le regretté Kléber Haedens. Christian aime son pays, les années soixante, le Tour de France, les mobylettes bleues dont les guidons argentés reposent contre les murs mierreux des mairies des villages. Il n'aime pas cette Europe technocratique, néo-libérale qui transforme les bistrots du coin en agences intérimaires. Il convoque son regard d'enfant, son nez d'enfant, les odeurs d'Aqua Velva, les 2CV, les biscuits Latapie. Des textes serrés comme des cafés pris sur les zincs des rades de Pau où l'auteur réside. Il ne faut pas manquer celui qu'il consacre à Chaulnes qui "doit mourir, laisser la place au troisième aéroport dont Paris a besoin. Sous le revêtement plastifié des grands halls vitrés courront des hommes d'affaire, le téléphone portable vissé à l'oreille." Il y parle même du "Courrier Picard", dont "un exemplaire froissé" se trouve sur la table d'un café, près d'un cendrier Cinzano. Il n'oublie pas les soldats de 14. Ce texte est fort et émouvant. A l'image de ce beau petit livre.
Philippe Lacoche, Le Courrier Picard, mardi 18 octobre 2005
Notre
si délicieuse époque offre peu de moments de grâce. C'est pour cela
qu'il est idiot voire criminel de ne pas savoir saisir ces rares
instants au vol. Inutile de faire durer le suspense plus longuement:
Percolenteur, le dernier Christian Laborde, est une pure merveille
stylistique. Un moment de grâce justement. Cet ouvrage d'une
soixantaine de pages mérite une place à part dans le panthéon de la
littérature francophone. L'ancien collaborateur de l'Idiot
international mérite vraiment son surnom de « motsicien ». Avec lui, la
littérature est effectivement une musique. Sans fausse note.
Avec
Percolenteur, les amoureux des belles lettres retrouvent certains
plaisirs qu'ils croyaient disparus à jamais. Le plaisir d'une
ponctuation parfaitement maîtrisée tout d'abord. Avec Laborde, la
virgule, le point et leurs amis retrouvent leur place. Déplacer une
virgule, dans un des "vingt-trois textes serrés" de Percolenteur est un
acte sacrilège. Laborde est un écrivain qui n'a pas oublié que la
ponctuation crée en partie la musicalité de la phrase. La modifier,
l'oublier ou la mépriser c'est prendre le risque de voir l'édifice
syntaxique s'effondrer.
Avec Percolenteur, Christian Laborde
permet également à la littérature hexagonale de renouer avec une grande
tradition: l'art de la contemplation. Contempler c'est refuser d'être
totalement broyé par la démoniaque machine du temps qui ne passe plus
mais qui se contente de filer. En clair, Laborde "prend" le temps. Le
temps de déguster un petit noir, de s'extasier devant un vol de grues
ou une barquette de gariguettes...
Percolenteur c'est aussi un
ouvrage délicieusement proustien. Sensations, petits bonheurs, joies
simples d'une enfance jamais totalement évanouie surgissent au fil des
pages. Les réveils Jaz, l'Aqua Velva, les vieux cimetières, les
grillons ou le vélo n'étaient jusque là que des mots. Grâce à Laborde
ils sont devenus des poèmes.
Maurice Gendre (www.surlering.com)
Depuis une vingtaine d'années, le Palois Christian Laborde suit un chemin atypique, pavé de fulgurances verbales, de combats homériques contre le crétinisme triomphant. Avec Percolenteur, il freine des quatre fers pour aborder la chronique flâneuse. Vingt-trois textes sur le monde tel qu'il va, avec ses cahots, ses nostalgies, ses minuscules beautés aussi. Il est question au cours de cette balade à mots admirablement pesés de vélo, de Sagan, des réveils de marque Jaz ou des barquettes de gariguettes. C'est chaud, râpeux, fraternel.
Michel Genson, Le Républicain lorrain
Mon seul chanteur de Blues - Editions de la Martinière
Loin de la biographie de pensum, un vif récit de l’amitié entre Claude Nougaro et l’auteur. Malgré la différence d’âge, les deux hommes, quand ils se rencontraient, avaient l’impression d’être des jumeaux qui auraient eu pour parents la poésie et l’insoumission. Le même amour de la langue les réunissait. Ces deux enfants du Sud-Ouest s’y entendaient donc à entremêler souplesse, esprit et sens du rythme. Autant de qualités dans cet hommage au poète, plusieurs chansons appartenant à la mémoire d’un peuple. Au grès des souvenirs, les fantômes de Jacques Audiberti, de Jean Cocteau et d’Edith Piaf. C’est émouvant.
Bernard Morlino , Le Figaro littéraire, jeudi 7 avril 2005
Quand Claude Nougaro est mort, "l'Obs" avait demandé à Christian Laborde un article. Impossible.Trop de douleur. Claude, son âme soeur. Même accent du grand Sud, avec ces R qui roulent sous la langue(d'oc) et font sourire ceux du Nord, même passions pour l'amour, la poésie, le jazz et l'ivresse de vivre. Déjà auteur de "L'Homme aux semelles de swing", indispensables " menteries biographiques "(1984), " frère Laborde ", comme l'appelait Nougaro, ravive ses souvenirs, rouvre les boîtes où dormaient photos, poèmes, dessins et lettres échangés au cours d'une vie d'amitié, célébrée ici ave tendresse."
Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur, 12-18 mai 2005
D eux mecs se sont rencontrés, le plus jeune allant au devant de l'autre, déjà bête de scène, bête de foire, au culot, après un concert, pour un entretien dans Alienor , revue de poésie strictement et occitane. Le jeune homme a des lettres, le chanteur pareil. Premiers contacts, uppercuts immédiats, ces deux là au tapis ensemble - boxe boxe boxe - ne se sépareront plus, partiront en castagnes par les rues et les chants, à la conquête de leur propre histoire à construire en commun. Le chanteur et le poète, dont les voix finiront par se ressembler, habités tous les deux par la même nécessité du poétique :
« Il dit que le langage, c'est physique. De sa main libre, comme pour appuyer son propos, il malaxe l'air, lui tire la tignasse, et son épaule se soulève légèrement. C'est physique, et si la poésie oublie cela, elle n'est plus la poésie ! »
Ce fut comme une apparition
« La Garonne, je vous le dis, se souvient de Claude. Longtemps, l'hiver, la Garonne a claqué des dents. Depuis que Claude dort dans ses bras, tous les jours elle claque des doigts ! Il faut s'approcher d'elle pur entendre, entre deux clapotis, le claquement sec de son pouce heurtant comme un percuteur son index limoneux. Et votre corps se met à bouger. Oui, sur mon banc, je parle seul, dit-on, et, quand je me lève, je commence à danser. Je ne suis pas fou : c'est Nougaronne. »
Christian Laborde a la révélation en écoutant du fond de sa turne un disque de Nougaro. Tout part en miettes, les études, les vieilles références, il voudrait faire ça, exploser chaque mot au fronton de la liberté, faire comme Claude qui riait « poète-poète ». Ce n'est pas un fan, ni une réincarnation, non plus qu'un plagiaire du style et de la sonorité particulière, c'est l'ami de coeur qui toujours comptera. Et c'est le parcours imbriqué de cette amitié, de l'épanouissement au contact de Claude des talents de Christian, des soutiens indefectibles quand la maladie viendra, c'est une vie à deux, deux hommes épris de liberté et de poésie, le parcours rare d'une amitié. Christian Laborde sans pudeur mal placée peint un Nougaro intime, sa maladie, ses femmes, ses ivrogneries bacchanales et son dyonisiaque besoin de vivre. Ce n'est pas une hagiographie de disciple, c'est de la vie
Les bras ouverts pour enlacer l'espace,
le coeur offert pour en fleurir le temps,
l'âme tendue vers la beauté qui passe
et la suivant, je veux vivre en aimant
oui vivre en aimant
comme un clown aime un chien savant
comme un clou
aimant un aimant
Si Mon seul chanteur de blues n'est pas le premier ouvrage que Christian Laborde consacre à son ami et mentor [1], c'est sans conteste le plus émouvant, le plus simple et juste : la tristesse qui se retient de larmoyer y déploie une onde poétique d'une belle filiation, renvoyant en hommage à Claude les mots qu'il utilisait pour son père, Pierre, chanteur d'opera. Mon seul chanteur de blues est l'oraison d'un fils qui sait pouvoir regarder le ciel - "Je cherche un ciel, j'ai mal aux saints" - et sourire, assis sur le banc, face à la Garonne qui berce maintenant l'ami dans son lit, qui le regarde et qui lui dit
Ah, tu verras, tu verras
Tout recommencera, tu verras, tu verras
La vie, c'est fait pour ça, tu verras, tu verras
Loïc Di Stefano, Librairing
[1] L'homme aux semelles de swing , éd. Privat, 1985, biographie imaginaire couronnée du Grand Prix de littérature musicale de l'Académie Charles Cros .