L'écrivain Christian Laborde

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percolateurRetrouvez toutes les semaines, Percolateur, La chronique de Christian Laborde, sur La Nouvelle République des Pyrénées

Corrida Basta !

corrida_bastaLa corrida, c’est le pire Sud qui soit, celui du général Franco envoyant ses toreros porter, sur les bords de la Nive et de l’Adour, la bonne parole du sang et de la torture.
La corrida, c’est le pire Sud qui soit, celui de mecs et de meufs trépignant et braillant, se délectant du martyre d’une bête splendide, réclamant sa mort, immonde masse  tresseuse de nasses, grouillante de préjugés, saturée de frustrations,  meute ne vivant que pour voir grossir la meute, œuvrant à son renforcement, voyant dans toute solitude une provocation, une atteinte à la sûreté de son gras.
La corrida, c’est le pire Sud qui soit, un Sud gavé de téléréalité  qui va se les vider en regardant la pique s’enfoncer dans la chair sanguinolente d’une bête piégée, humiliée, le Sud des  têtes de lard ricardisées et des têtes de cons parmi lesquelles on repère, au premier regard, celles, rougeoyantes,  des notaires sans culture, des avocats sans cause, et des vétérinaires dont les animaux se méfient.
La corrida, c’est le pire Sud qui soit,  le Sud  obsédé par ses propres racines,  ignorant tout du feuillage et des oiseaux, le Sud qui a des toiles d’araignée sous les bras, porte un béret enfoncé jusqu’aux yeux, brandit comme autant de cartons rouges ses proverbes, ses dictons, sa prétendue  sagesse  faite de résignation, de garde à vous, et de soumission à l’ordre établi.
Défenestrons ce Sud et dézinguons la corrida !
Je sais un autre Sud qui est un sein,  une source, un songe. C’est mon Sud à moi,  populaire et aristocratique, primitif  et savant, ouvert, vivant, vital.
Mon Sud à moi, c’est Joë Bousquet écrivant La tisane de Sarments à Carcassonne, Claude Nougaro chantant « Locomotive d’or » au théâtre du Capitole,  Bernard Lubat jouant de la batterie à des ragondins à Uzeste,  André Breton marchant dans les rues de Saint-Cirq Lapopie, une percussion de Dimitri  Szarzewski, la pluie dans un roman de Bernard Manciet, le revêtement granuleux de la route du Tourmalet, n’importe quelle rue de Toulouse, le poète Jean-Pierre Tardif rédigeant, en occitan, une petite grammaire arabe, Lance Armstrong accélérant dans la montée du Pla d’Adet, les Converse rouges d’un Lolita, Nabokov marchant, enfant, dans une rue de Pau.
 Défenestrons le  Sud de la mort et dézinguons la corrida ! Ouvrons le feu, vidons nos kalachnikovs, nos flingues planqués dans nos greniers  sur la racaille confessée qui se rend aux arènes !
Et vous taureaux, mes chers taureaux, courez, courez, accrochez à vos cornes qui sont le narguilé de Dieu, l’écharpe tournoyante des vents !

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Renaud, briographie

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"Hexagone : rappeler que Renaud débarque chez nous, dans nos soirées, nos bistrots, nos juke-box en 1975 avec ça. Constater que d'emblée il fait du Renaud : pas de galop d'essai, le poing sur la table d'entrée, dans toutes les gueules tout de suite. ..."

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l'Ecrivain Christian Laborde

soror_lepoint_presseLaborde en vingt-trois textes brefs comme autant de cartes postales venues de Pau où l'auteur de L'Os de Dionysos nourrit son inspiration aux pieds des Pyrénées chères à cet amoureux de la petite reine. Saisons, objets, lieux ou mots servent ici de support à des évocations ciselées qui prennent le grand large. Cela s'appelle Percolenteur et sent le petit noir pris sur un zinc avec cette langueur devenue le luxe des temps modernes. Souvenirs d'enfance ou observations glanées dans les rayons d'un supermarché: Laborde fait son miel de ces petits faits vrais qui en disent beaucoup. A propos d'un village promis à la disparition pour laisser place à un aéroport, il écrit: "A Chaulnes, ceux qui ont une maison sont priés de la vendre. Dans la France qui se construit, il n'y a de place ni pour les morts, ni pour les vivants." Juste avant la fin de tout, saisir ce qui peut l'être encore.

Christian Authier, L'Opinion Indépendante, 30 septembre 2005

"L 'OS DE DIONYSOS"

L'Os de Dionysos. Il s'agit de l'édition culte: celle qui fut censurée en 1987 pour "pornographie, lubricité, danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale, invitation au désordre et à la moquerie, trouble illicite..." .

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L'inspiratrice de l'Os, "la muse", dessinée par Claude Nougaro.

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Un bref extrait par Dominique Autié dans son article "vierges romanes".


Christian Laborde a du talent: c'est sans conteste l'un des meilleurs prosateurs français. Son style, très imagé, tout en beat, influençé par le jazz, fait mouche. Il faut lire L'Os de Dionysos(Ed. Régine Deforges, 1987), Gargantaur(Fayard, 2001) et Soror, de succulents romans. Ami intime de Claude Nougaro dont il est le grand spécialiste, il a consacré au chanteur toulousain plusieurs ouvrages de référence. Il nous donne aujourd'hui à lire Percolenteur(joli titre!), recueil d'une vingtaine de textes courts qui ne sont rien d'autres que des odes à "la France qu'on aime", comme le disait le regretté Kléber Haedens. Christian aime son pays, les années soixante, le Tour de France, les mobylettes bleues dont les guidons argentés reposent contre les murs mierreux des mairies des villages. Il n'aime pas cette Europe technocratique, néo-libérale qui transforme les bistrots du coin en agences intérimaires. Il convoque son regard d'enfant, son nez d'enfant, les odeurs d'Aqua Velva, les 2CV, les biscuits Latapie. Des textes serrés comme des cafés pris sur les zincs des rades de Pau où l'auteur réside. Il ne faut pas manquer celui qu'il consacre à Chaulnes qui "doit mourir, laisser la place au troisième aéroport dont Paris a besoin. Sous le revêtement plastifié des grands halls vitrés courront des hommes d'affaire, le téléphone portable vissé à l'oreille." Il y parle même du "Courrier Picard", dont "un exemplaire froissé" se trouve sur la table d'un café, près d'un cendrier Cinzano. Il n'oublie pas les soldats de 14. Ce texte est fort et émouvant. A l'image de ce beau petit livre.

Philippe Lacoche, Le Courrier Picard, mardi 18 octobre 2005


Notre si délicieuse époque offre peu de moments de grâce. C'est pour cela qu'il est idiot voire criminel de ne pas savoir saisir ces rares instants au vol. Inutile de faire durer le suspense plus longuement: Percolenteur, le dernier Christian Laborde, est une pure merveille stylistique. Un moment de grâce justement. Cet ouvrage d'une soixantaine de pages mérite une place à part dans le panthéon de la littérature francophone. L'ancien collaborateur de l'Idiot international mérite vraiment son surnom de « motsicien ». Avec lui, la littérature est effectivement une musique. Sans fausse note.

Avec Percolenteur, les amoureux des belles lettres retrouvent certains plaisirs qu'ils croyaient disparus à jamais. Le plaisir d'une ponctuation parfaitement maîtrisée tout d'abord. Avec Laborde, la virgule, le point et leurs amis retrouvent leur place. Déplacer une virgule, dans un des "vingt-trois textes serrés" de Percolenteur est un acte sacrilège. Laborde est un écrivain qui n'a pas oublié que la ponctuation crée en partie la musicalité de la phrase. La modifier, l'oublier ou la mépriser c'est prendre le risque de voir l'édifice syntaxique s'effondrer.

Avec Percolenteur, Christian Laborde permet également à la littérature hexagonale de renouer avec une grande tradition: l'art de la contemplation. Contempler c'est refuser d'être totalement broyé par la démoniaque machine du temps qui ne passe plus mais qui se contente de filer. En clair, Laborde "prend" le temps. Le temps de déguster un petit noir, de s'extasier devant un vol de grues ou une barquette de gariguettes...

Percolenteur c'est aussi un ouvrage délicieusement proustien. Sensations, petits bonheurs, joies simples d'une enfance jamais totalement évanouie surgissent au fil des pages. Les réveils Jaz, l'Aqua Velva, les vieux cimetières, les grillons ou le vélo n'étaient jusque là que des mots. Grâce à Laborde ils sont devenus des poèmes.

Maurice Gendre (www.surlering.com)


Depuis une vingtaine d'années, le Palois Christian Laborde suit un chemin atypique, pavé de fulgurances verbales, de combats homériques contre le crétinisme triomphant. Avec Percolenteur, il freine des quatre fers pour aborder la chronique flâneuse. Vingt-trois textes sur le monde tel qu'il va, avec ses cahots, ses nostalgies, ses minuscules beautés aussi. Il est question au cours de cette balade à mots admirablement pesés de vélo, de Sagan, des réveils de marque Jaz ou des barquettes de gariguettes. C'est chaud, râpeux, fraternel.

Michel Genson, Le Républicain lorrain

Mon seul chanteur de Blues - Editions de la Martinière

news

Loin de la biographie de pensum, un vif récit de l’amitié entre Claude Nougaro et l’auteur. Malgré la différence d’âge, les deux hommes, quand ils se rencontraient, avaient l’impression d’être des jumeaux qui auraient eu pour parents la poésie et l’insoumission. Le même amour de la langue les réunissait. Ces deux enfants du Sud-Ouest s’y entendaient donc à entremêler souplesse, esprit et sens du rythme. Autant de qualités dans cet hommage au poète, plusieurs chansons appartenant à la mémoire d’un peuple. Au grès des souvenirs, les fantômes de Jacques Audiberti, de Jean Cocteau et d’Edith Piaf. C’est émouvant.

Bernard Morlino , Le Figaro littéraire, jeudi 7 avril 2005

Quand Claude Nougaro est mort, "l'Obs" avait demandé à Christian Laborde un article. Impossible.Trop de douleur. Claude, son âme soeur. Même accent du grand Sud, avec ces R qui roulent sous la langue(d'oc) et font sourire ceux du Nord, même passions pour l'amour, la poésie, le jazz et l'ivresse de vivre. Déjà auteur de "L'Homme aux semelles de swing", indispensables " menteries biographiques "(1984), " frère Laborde ", comme l'appelait Nougaro, ravive ses souvenirs, rouvre les boîtes où dormaient photos, poèmes, dessins et lettres échangés au cours d'une vie d'amitié, célébrée ici ave tendresse."

Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur, 12-18 mai 2005

D eux mecs se sont rencontrés, le plus jeune allant au devant de l'autre, déjà bête de scène, bête de foire, au culot, après un concert, pour un entretien dans Alienor , revue de poésie strictement et occitane. Le jeune homme a des lettres, le chanteur pareil. Premiers contacts, uppercuts immédiats, ces deux là au tapis ensemble - boxe boxe boxe - ne se sépareront plus, partiront en castagnes par les rues et les chants, à la conquête de leur propre histoire à construire en commun. Le chanteur et le poète, dont les voix finiront par se ressembler, habités tous les deux par la même nécessité du poétique :

« Il dit que le langage, c'est physique. De sa main libre, comme pour appuyer son propos, il malaxe l'air, lui tire la tignasse, et son épaule se soulève légèrement. C'est physique, et si la poésie oublie cela, elle n'est plus la poésie ! »

Ce fut comme une apparition

« La Garonne, je vous le dis, se souvient de Claude. Longtemps, l'hiver, la Garonne a claqué des dents. Depuis que Claude dort dans ses bras, tous les jours elle claque des doigts ! Il faut s'approcher d'elle pur entendre, entre deux clapotis, le claquement sec de son pouce heurtant comme un percuteur son index limoneux. Et votre corps se met à bouger. Oui, sur mon banc, je parle seul, dit-on, et, quand je me lève, je commence à danser. Je ne suis pas fou : c'est Nougaronne. »

Christian Laborde a la révélation en écoutant du fond de sa turne un disque de Nougaro. Tout part en miettes, les études, les vieilles références, il voudrait faire ça, exploser chaque mot au fronton de la liberté, faire comme Claude qui riait « poète-poète ». Ce n'est pas un fan, ni une réincarnation, non plus qu'un plagiaire du style et de la sonorité particulière, c'est l'ami de coeur qui toujours comptera. Et c'est le parcours imbriqué de cette amitié, de l'épanouissement au contact de Claude des talents de Christian, des soutiens indefectibles quand la maladie viendra, c'est une vie à deux, deux hommes épris de liberté et de poésie, le parcours rare d'une amitié. Christian Laborde sans pudeur mal placée peint un Nougaro intime, sa maladie, ses femmes, ses ivrogneries bacchanales et son dyonisiaque besoin de vivre. Ce n'est pas une hagiographie de disciple, c'est de la vie

Les bras ouverts pour enlacer l'espace,
le coeur offert pour en fleurir le temps,
l'âme tendue vers la beauté qui passe
et la suivant, je veux vivre en aimant
oui vivre en aimant
comme un clown aime un chien savant
comme un clou
aimant un aimant

Si Mon seul chanteur de blues n'est pas le premier ouvrage que Christian Laborde consacre à son ami et mentor [1], c'est sans conteste le plus émouvant, le plus simple et juste : la tristesse qui se retient de larmoyer y déploie une onde poétique d'une belle filiation, renvoyant en hommage à Claude les mots qu'il utilisait pour son père, Pierre, chanteur d'opera. Mon seul chanteur de blues est l'oraison d'un fils qui sait pouvoir regarder le ciel - "Je cherche un ciel, j'ai mal aux saints" - et sourire, assis sur le banc, face à la Garonne qui berce maintenant l'ami dans son lit, qui le regarde et qui lui dit

Ah, tu verras, tu verras
Tout recommencera, tu verras, tu verras
La vie, c'est fait pour ça, tu verras, tu verras

Loïc Di Stefano, Librairing

[1] L'homme aux semelles de swing , éd. Privat, 1985, biographie imaginaire couronnée du Grand Prix de littérature musicale de l'Académie Charles Cros .