Le
dimanche 17 juillet 2005, Lance Armstrong attaque à fond les ballons la
montée du Pla d’Adet envahie par des milliers de spectateurs qui
agitent des cloches de vache et des drapeaux américains.
Armstrong
démarre dès le premier lacet, et le lecteur de Champion se régale de
l’audace de ce Géant venu du Nouveau Monde sans rien perdre de la
beauté d’un paysage, d’une montagne dont les vents, les arbres, les
bêtes, les pierres, les plantes crient : « Go, Lance, go! » ... lire la suite ...
Percolenteur ou vingt-trois textes serrés, vingt-trois promenades dans la galaxie Laborde...Du comptoir d'un café aux pages du dictionnaire, des rivages d'ombre de l'île de Pau aux allées du supermarché, ceux qui savent perdre leur temps se laisseront aller à ces flâneries empreintes d'une douce nostalgie...Un réveil de marque Jaz ou une bouteille d'Aqua Velva sont autant de madeleines de Proust qui nous plongent un instant dans le temps révolu de l'enfance:l'observation d'un vol de grue ou d'une barquette de gariguettes, autant d'incursions dans la beauté d'un monde qu'on ne regarde plus.
Quand le mot se fait parole et gagne à être dit.
«
Ce recueil de vingt-trois textes courts, denses, serrés, nourris des
plus petites choses du quotidien, se boit d’une traite ou bien par
petites gorgées. On y découvre un Laborde tout de finesse et de
simplicité, sous une plume légère, légère…
La poésie surgit sans
crier gare, derrière une tête de gondole d’Auchan, au rayon vaisselle.
Ou bien encore à l’évocation des biscuits Latapie, qui valent toutes
les madeleines de Proust, l’appellation d’origine – Saint-Pé de Bigorre
– en plus.
Entre Pau, où il vit, et Aureilhan(banlieue de Tarbes),
sa petite ville natale, l’univers labordien se fait terriblement
familier au lecteur. A fortiori quand celui-ci a grandi, comme
Christian, entre Adour et gave de Pau. »
Editions du Panama. 59 pages.8 euros
Sud-Ouest, lundi 7 novembre 2005
Laborde en vingt-trois textes brefs comme autant de cartes postales venues de Pau où l'auteur de L'Os de Dionysos nourrit son inspiration aux pieds des Pyrénées chères à cet amoureux de la petite reine. Saisons, objets, lieux ou mots servent ici de support à des évocations ciselées qui prennent le grand large. Cela s'appelle Percolenteur et sent le petit noir pris sur un zinc avec cette langueur devenue le luxe des temps modernes. Souvenirs d'enfance ou observations glanées dans les rayons d'un supermarché: Laborde fait son miel de ces petits faits vrais qui en disent beaucoup. A propos d'un village promis à la disparition pour laisser place à un aéroport, il écrit: "A Chaulnes, ceux qui ont une maison sont priés de la vendre. Dans la France qui se construit, il n'y a de place ni pour les morts, ni pour les vivants." Juste avant la fin de tout, saisir ce qui peut l'être encore.
Christian Authier, L'Opinion Indépendante, 30 septembre 2005
« Un romancier revient chez lui, à Isaco : sa mère est morte. Sa sœur s'est occupée de tout. Isaco est une maison remplie de souvenirs et cernée de hêtres. Au loin on entend la rumeur de l'océan. Des orages violents se déchaînent. Dans la ville voisine, un site industriel vient d'exploser. L'écrivain prend sa voiture pour aller au cimetière. Au retour, il heurte une jeune cycliste, Maud, dont le lycée a été ravagé par l'explosion.»
Ce livre est
sublime, délicieux, poétique, romanesque, fougueux, mélancolique. Un
peu tout à la fois. Christian Laborde vient de signer là un roman au
moins aussi fort que L’Os de Dyonisos, son grand œuvre qui lui avait
valu un retentissant procès. Et le succès que l’on sait.
Laborde possède un coup de patte ; c’est un
poète. Il jongle avec les mots, les tord, les assemble comme des
perles. Il en résulte une prose inimitable, jubilatoire, juteuse à
souhait. Son histoire, elle non plus n’est pas commune. Il raconte le
cheminement d’un romancier, un peu ours, qui revient chez lui, à Isaco,
à la mort de sa mère. Les indigènes se méfient de ce mauvais fils qui,
depuis des années, n’avait pas donné signe de vie.
Dans la ville voisine, un site industriel
vient d’exploser. (Ça ne vous rappelle rien ?) Sur le chemin du
cimetière, l’écrivain renverse Maud, une jeune cycliste dont le lycée
vient d’être ravagé par l’explosion. Elle lit des poésies ; il la
photographie nue dans la forêt. Quand le désir atteint son paroxysme,
elle adore sentir l’urine couler sur l’étoffe moelleuse de sa culotte
de très jeune femme. De très jeune biche. Joli portrait de fille, en
toute liberté. Tout en érotisme brûlant, sensuel et naturel. Du Laborde
comme on l’aime.
Par Philippe Lacoche, Le Magazine Littéraire - Octobre 2003
"Christian Laborde n’a jamais laissé indifférent. Ses romans, ses pamphlets, ses poèmes, ses articles percutants lui ont valu d’être à la fois censuré et célébré. Il est toujours resté libre. Collector offre le meilleur de ses textes parus dans la presse."
Un critique doit
être capable d’aimer son contraire. Tenez, un exemple : moi. En tant
que parigot tête de veau, victime de la mode et de ses logos, obsédé
par l’an 2002 et ses discothèques, je dois pouvoir comprendre Christian
Laborde, le « taste-mots » baroque, le troubadour postsurréaliste, le
Robin des bois pyrénéen, l’insoumis de la Vallée d’Aspe. Car je suis un
lecteur fait de tous les lecteurs et qui les vaut tous et qui vaut
n’importe qui !
Désolé, cher Christian, de citer Sartre plutôt
qu’André Breton…Dans le marasme actuel, un désobéissant comme vous
apporte à notre littérature parisienne un souffle d’air pur. On est en
droit d’en avoir marre des quêtes d’identité : Qui suis-je ? Où vais-je
? Tell me whyyyy !? Ce refrain de ma génération ne concerne pas
l’amateur de cyclistes glabres et de mammifères poilus. Vous, au moins,
savez d’où vous venez et où vous restez : entre Tarbes et Pau, là où ma
famille a vu le jour, là d’où vient mon nom imprononçable. Pourquoi
est-ce que je ne vous ressemble pas ? Vous parlez le patois qu’on ne
m’a pas enseigné, sauf dans mon enfance, l’été, en l’église de
Guéthary, chère à Paul-Jean Toulet. Pour moi, la danse des mots, c’est
une chanson de Mondino ; vous préférez celles de Nougaro. Nous sommes
différents, d’où nos différents.
Je crois pourtant comprendre ce que vous dites
de votre accent chantant. Il me semble discerner pourquoi vous luttez :
pour une « invention verbale », contre la novlangue technocratique,
pour le reblochon, contre le surgelé. Contre ce qui est pour (Bernard
Tapie, Loft story, l’école de Brive) et pour ce qui est contre
(Jean-Edern Hallier, Khaled Kelkal, Roland Topor) Seriez-vous le José
Bové des Lettres ? Je n’ai qu’un goût assez limité pour le
régionalisme, ce folklore paranoïaque. Je me fiche d’être basque,
béarnais, germanopratin, français ou européen : je suis terrien. Je
préfère quand Laborde se saborde pour les « escarmouches vocaliques »,
quand il « vide son chargeur syllabique », quand il se définit comme «
un forgeron des sons », et cite Tzara en exergue : « Il n’y a que deux
genres, le poème et le pamphlet ». Collector défend un vocabulaire et
des paysages. C’est une écologie du verbe, une lettre aux « mains
veuves du vent ». Cher Christian Laborde, ce qui nous rassemble finira
par être plus important que ce qui nous sépare. « Telle est la prouesse
de la société libérale avancée : avoir rendu la vie impossible à la
campagne qui n’en finit pas de se vider et à la ville où l’on n’en
finit pas de s’entasser. » Le rat urbain se réconcilie avec le rat
rural : l’Idiot avait beau être international, il militait déjà contre
la mondialisation ! Tout Parisien tête de chien cache un ex-provincial
aux Berluti crottées. J’ai humé vos montagnes, j’ai goûté notre passé,
j’ai voyagé sur votre papier volant. Merci Laborde, pour vos cimes
décimées et vos causes perdues. Dans le genre excité, vous êtes d’un
autre calibre qu’Alain Soral ! Comment aurait conclu Blondin ? Les
Basques, on s’y accroche ? Voilà.
Oh ! mais qui donc es-tu, Christian Laborde ?
Né en 1955 à Aureilhan dans les Hautes-Pyrénées, Christian Laborde n’a
pas eu envie de monter à la capitale, car il a retenu ces vers de René
Guy Cadou : « Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ? Mais l’odeur des lys
! Mais l’odeur des lys ! » Il s’est donc lentement « oursifié »,
jusqu’à devenir l’ermite éructant du plateau de Lannemezan. Son
principal titre de gloire restera la censure absurde par le Tribunal de
Tarbes de son premier roman, L’Os de Dionysos (1987), pour « trouble
illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie, abus
de mots baroques, danger pour la jeunesse… » Les suivants firent moins
de bruit : Indianoak (1995), Flammes (1999) et Gargantaur (2001). C’est
que Laborde excelle surtout dans la pièce brève et révoltée (comme
l’atteste Collector, mais aussi Aquarium en 1990). Sa prose échevelée
s’épanouit aussi dans l’exercice d’admiration : ses odes à Claude
Nougaro (L’homme aux semelles de swing), Miguel Indurain ou Charly Gaul
(L’Ange qui aimait la pluie) figureront un jour dans l’Anthologie du
Lyrisme Universel.
Frédéric Beigbeder in Voici, juin 2002
Un écrivain qui résiste, par Frédéric H. Fajardie
«
L’aube est morte, des pneus brûlent, les fumées se disputent chaque
lopin de béton, les chasseurs tirent sur des enfants qui font du
roller, et, dans les poulaillers industriels, les poules chantent
l’hymne à la joie : CAC, CAC 40, CAC, CAC 40 !
Où sommes-nous ? Nous sommes à Stockal , dans l’Europe
nouvelle, celles des marchands de logiciel et de Gargantaur, monstre
d’acier qui, à la sortie de Stockal, avale les bagnoles cassées, les
locomotives foutues, les lave-linge déglingués et les squelettes de
chiens.»
François
Rabelais a un fils, il s’appelle Christian Laborde. Même insolence,
même verve, même joie. Même façon de bousculer la langue, de faire
swinguer la syntaxe. Même bonheur d’inventer des mots, des histoires,
des personnages.
Même art de marauder dans les jardins de la
parole, d’y cueillir les voyelles comme des fruits sur un arbre, d’y
réchauffer les paroles gelées. « Nous avons vu des mots de gueule, des
mots de sinoples, des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés.
Une fois échauffés entre nos mains, ils fondaient comme neige au soleil
et nous les entendions réellement » (Rabelais). « Poètes, planquez dans
les garages du bout du monde des revolvers, des kalachnikovs, des
explosifs ! Ils ont arrêté les voyelles. Tout est Z, K, X. Ouvrez le
feu sur ces consonnes démesurées, cauchemardesques, ces logos
tchernobylesques, tous ces K sortis non des gosiers emmuezzinés mais
des machines sèches, des microprocesseurs, des cartes à poux »
(Laborde).
Maître François, maître Christian : Chinon ou Pau, Loire
ou Pyrénées, même combat. A rebours des romans anorexiques et des
fictionnettes calibrées qui font le bonheur des eunuques et des buveurs
de soda, Laborde renoue avec la veine de l’auteur du Pantagruel en
chantant la colère, l’amour, le rêve, la pitié, la folie, la mémoire,
la gloire avec une souveraine liberté et une prodigieuse énergie.
Gargantaur ou la splendeur éternelle d’un
artiste en colère apaisant son courroux en s’inventant un héros. Ce
héros, c’est Orlando, un chauffeur de taxi qui sillonne un monde au
bord du gouffre au volant d’une DS Prestige en écoutant Madonna chanter
Don’t cry for me, Argentina ! A Stockal, ville imaginaire de l’Europe
nouvelle où Laborde promène ses personnages de belle couleur, le
cauchemar n’a rien de climatisé. Fumées tueuses, marées noires, pluies
acides, émeutes raciales, catastrophes génétiques, déliquescence de
l’autorité : la faillite est avancée.
Dernier homme libre, Orlando sauve sa peau en
se bricolant des mythologies. Il fait des rêves de Patagon. Sur les
murs de son salon, il a affiché des cartes de l’Argentine, des gravures
représentant des gauchos, la pampa et le vent. Et ses contemporains n’y
comprennent rien, occupés par leurs affaires, leurs bagnoles, leurs
déchets, leurs poubelles, leurs usines, leurs avions, leurs tanks.. Et
leur argent, leur sale argent qui salit, souille et contamine. Leur
sale argent qui fait entonner l’hymne à la joie aux cocottes dans les
poulaillers industriels : CAC, CAC 40, CAC, CAC 40 !
Il n’y a que Gaspar pour écouter les histoires
argentines d’Orlando. Tandis que sous leurs pieds le volcan gronde, les
deux hommes dissertent librement et réinventent au jour le jour cet
antique usage du monde d’avant : l’amitié. Plus tard sonnera l’heure de
l’amour, dans les bras de Clotilde Jones, lolita du chaos envoûtante et
belle, effrontée, désirable, fatale. Orlando ne voudra la laisser à
personne. Pas même à Gargantaur, monstre mécanique installé à la sortie
de la ville, « Gargantaur, meunerie, minoterie, minotaure écrasant,
broyant, malaxant, digérant des pistolets de pompes à essence, des
gants de chirurgiens, des matraques, des des tuyaux d’arrosage, des
charpentes d’acier, des wagons non-fumeurs, des vitres enfumées, des
parpaings, des bouts de brume collés aux volets hypersustentateurs des
long-courriers ». Belle métaphore pour évoquer le ventre nihiliste du
capitalisme autophage.
C’est qu’il a tout vu, Laborde. Tout vu, tout
senti, tout compris. Au mieux de sa forme, il réenchante le monde et la
vie avec un roman plein de fulgurances et d’inventions, de trouvailles,
de poésie, de drôlerie. Son inspiration contre-utopiste, sa fièvre
romantique, ses évocations apocalyptiques nourrissent le feu de sa
belle colère. On savoure ses énumérations, on se délecte de ses
démarcations, on se régale de ses improvisations.Sa palette est immense
et ses grâces infinies. Lisez, diffusez l’œuvre de Christian Laborde.
Sébastien LAPAQUE in Le Figaro Littéraire
Déclaration d’amour fou au cyclisme, vélos, coureurs, nature mêlés, cette odyssée (cf. " L’Illiade et Le Dissez " de Blondin) se compose d’un prologue amoureux dédié à la petite reine et à ses jolies jantes, d’un abécédaire du Tour d’Anquetil à Zaaf (en passant par Bianchi, casquette, dérailleur, échappée, Fallet, Gaul, Hautacam, Indurain, Jalabert, Kubler, Look, Merckx, Noms, Ocaña, Poulidor, queue de peloton, Robic, spectateurs, tubes et trucs, Ullrich, Vietto, Walkowiak, classé X et Yffiniac), d’une série d’instantanés (de mémoire ou polémiques) regroupés sous le titre " Une saison " et d’un long poème dédié au roi Miguel (Indurain). L’air de rien, sauf de Nougaro, Laborde dresse une fresque émouvante et impressionnante du cyclisme. Les pages de l’abécédaire seront lues, à raison d’une par jour, sur France 2 lors du prochain Tour, par l’auteur lui-même.
« L’été sur le Plateau, la chaleur étouffante et, dans la ferme Lahitte, le feu. Des feux, des dizaines de feux surgissent à toute heure du jour et de la nuit. N’importe où, une robe dans un tiroir, la huche à pain, le linge sur la corde… Tout brûle. Un feu qui ne s’arrête pas, devenu fou. Un étrange ballet de gendarmes, de journalistes et de gens du coin se déploie sur ce plateau de caillasse et d’argile où le maïs a peu à peu remplacé les landes ; on monte la garde devant la maison. »
Christian
Laborde? L’écrivain? J’ai bandé en lisant l’Os de Dionysos, le premier
de ses romans. J’ai eu chaud en lisant son dernier: Flammes sorti chez
Fayard. Erection pour roman érotique, sudation pour un roman de feu!
C’est assez pour conclure: Laborde sait écrire! Son style emporte,
aspire et vous rentre dedans. J’aimerais le dire ici mais le puis-je
vraiment? J’aimerais même en dire plus. Parler vocabulaire. Dire
comment et combien Laborde jongle avec, habite dans et triture les
mots: «Panicules», «tonnes», «crémones» et maïs «engainé», «élytre»
pour coléoptère et une «maie» pour cochon égorgé.
«Maïs, maïs, maïs, la voiture rouge!», dit-il
chapitre 2 pour planter le décor avec moins de dix mots! Il faudrait
bien aussi vous parler de l’histoire qui retourne sur elle-même un peu
comme une spirale et oblige le lecteur à relire le début quand il
connaît la fin. Dire les correspondances dont est truffé le livre, les
allusions loufoques à lire entre les lignes, les métaphores tordues qui
vous vrillent l’esprit. En somme: dire la trame poétique que tisse
chaque jour Laborde entre les choses, les êtres et puis les mots. Car
la «rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une
table de vivisection», chère aux Surréalistes, devient chez Laborde la
rencontre gasconne de l’Amérique et de Pluton, de la grêle et des
tirelires brisées, des seins pointés et des maïs serpents (il faut lire
Flammes pour comprendre). Magnifique.
Il faudrait célébrer quelques portraits
musclés qui écrasent la gueule des flics, des riches, des pauvres, des
bigots, des curés, mais pas en anarchiste, pas comme un pamphlétaire
sautillant, mais avec sérénité et froideur, ce qui est encore pire.
J’aimerais faire l’éloge des nombreuses petites phrases en gascon qui
parsèment le livre sans le faire sombrer dans le régionalisme. Dire que
Laborde nous conte la terre dont il vient mais sans charger l’effet,
sans chauvinisme aucun. J’aimerais parler enfin des jeunes filles de
Flammes qui hantent le roman: à vélo ou à pied, dans les champs, dans
les granges, de poussière parfumées. Et leurs jupettes à fleurs, les
fellations volées, les touffes rousses aux grandes lèvres furtivement
caressées. Enfin bref, être dithyrambique et vous donner envie... Mais
que dira-t-on alors? On dira: ils se connaissent. Laborde écrit dans
Zoo. Voilà du copinage!
Mais où va donc la presse! On voudra que je
fasse un article «objectif» sur une œuvre subjective. Quelque chose
publiable dans Le Monde des livres ou dans le Figaro. Quelque chose du
genre: «Christian Laborde signe avec Flammes son cinquième roman qui,
inspiré d’un fait divers, décrit avec humour et style l’aventure d’un
petit village de Gascogne en proie à des incendies mystérieux. Le livre
fait 270 pages et n’est préfacé par personne. Certains l’aimeront,
d’autres non. De toute façon je n’ai lu que la quatrième de couverture
où figure un résumé et le prix: 110,00 FF T.T.C.» Ou alors... Ne
faut-il pas plutôt faire un beau contre-pied? Allumer le Laborde comme
il allume les autres? Dire les choses en finesse, avec subtilité. Ça y
est, j’ai ma critique! Provocante, sulfureuse, vierge de tout copinage,
inattaquable, froide glacée: «Flammes est un livre de merde et
Christian Laborde est un gros enculé».
Yann Kerninon in Le Figaro
"L’attrapera-t-on un jour, ce
criminel, ce maniaque dont les actes révoltent les gens de Millac,
quelque part dans les Sud-Ouest ?
Léonard Louna, celui par qui le scandale arrive, est un
habitant du village. Il vit seul, estimé de tous, dans un ancien
presbytère où trône la vieille machine Singer de sa mère. Un paroissien
bien tranquille, amateur de poésie et de courses cyclistes ? Pas tout à
fait."
C’est une
question de culture, comme on dit. Aux uns, les foules de Lourdes
évoquent l’ouvrage homonyme de Huysmans. Aux autres, elles réveillent
la rumeur des passages du Tour de France, dont Christian Laborde fit
naguère une émouvante anthologie dans « Pyrène et les vélos ». A chacun
sa religion. Contrairement à une idée répandue, Dieu n’a pas inventé
les Pyrénées pour séparer la France de l’Espagne (billevesée), ni les
croyants des impies par leurs aptitudes comparées à l’élévation
(sornette et baliverne), mais pour distinguer au premier coup d’œil le
grimpeur du non-grimpeur.
Christian Laborde, né en 1955 (troisième
victoire de Louison Bobet dans la Grande Boucle) au pied du Tourmalet,
à seule fin de n’en pas perdre une goutte de sueur, est le Huysmans de
cette mystique-là. Le champion cycliste Luis Ocana lui est un jour
apparu dans le col de Menté, un peu comme la vierge est apparue à
Bernadette Soubirous. Depuis, il n’a plus cessé de vénérer la « petite
reine ». Chroniqueur inspiré de la chose vélocipédique, capable de
visions grandioses et de tourments à la hauteur, chantre lyrique du
très pur Charly Gaul ( « L’Ange qui aimait la pluie »), biographe
personnel de Miguel Indurain ( « Le Roi Miguel »), dont il a rapporté
les glorieux combats avec la précision et l’enthousiasme de Joinville
narrant les campagnes de Saint-Louis, Christian Laborde est aussi, pour
son compte intime, un poète, un pamphlétaire et un romancier de grand
talent.
On en veut pour preuve son nouveau et très
allègre récit, « La Corde à linge », dont le héros est bien entendu un
cycliste. Non pas un pédaleur suburbain en tenue de salarié, mais un
vrai croisé du boyau, en cuissard à bretelles et maillot manches
courtes. Il ne manquerait plus qu’il en aille autrement ! Léonard Louna
est même un membre très caractéristique de cette aimable chevalerie. Il
porte haut et loin les couleurs du club cyclotouriste de Millac et
sillonne le pays sur la plus belle machine imaginée par l’homme, le
guidon emmailloté d’un ruban aussi blanc que ses socquettes. Installé
dans un presbytère avec pour seules compagnes sa chère bicyclette et la
vieille Singer à pédale de sa maman disparue, c’est aussi un lecteur
avisé de Scutenaire, Reverdy, Malaparte et Jacques Perret, en même
temps que le collaborateur éminent de « l’Echo de Perlejac ».
Tout irait pour le mieux si Léonard Louna
n’était affligé d’une coupable faiblesse. Amoureux en secret de la
belle demoiselle Judith, la fille du notaire, dont la maison orne le
flanc d’une colline où il vient parfaire ses entraînements à
l’escalade, Léonard ne peut s’empêcher d’arracher en passant, aux
pinces qui les exposent sur la corde à linge, les petites culottes
d’icelle. D’ailleurs, cette étrange passion s’étoffe, si l’on ose dire
: Léonard est le rôdeur des buanderies et des étendoirs par qui le
scandale va arriver. Mais qui pourrait soupçonner ce paroissien
tranquille en son presbytère, occupé de poésie et de courses cyclistes
?
On voit par là que le diable n’est jamais loin
du bénitier, ni l’enfer du pénitent, et que Christian Laborde sait
changer de braquet quand il faut. Inspirée d’un authentique fait divers
et bercée d’un vent coquin, sa « Corde à linge » est un petit
chef-d’œuvre d’élégie chatoyante et drôle.
Jean-Louis Ezine in Le Nouvel Observateur
Les grands champions, les super-cracks, ceux
dont la pédalée a marqué leur époque, se comptent sur les doigts de la
main : Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault,
Miguel Indurain.
De tous, Miguel Indurain est à la fois le plus
proche- il est le champion de notre fin de siècle -et le plus
mystérieux, le plus énigmatique : il gagne et ne parle pas.
Miguel Indurain qui vient de gagner son cinquième
Tour de France, ne se confie pas. Que sait-on de lui ? De son enfance ?
De ses galop dans la forêt d’Irati ? De ses premières courses dans les
villages de Navarre ? De ce peuple qui scande son nom dans les arènes
de Pampelune ? Que sait-on que cette équipe Reynolds devenue Banesto,
sous le maillot de laquelle Miguel accomplit tous ses exploits ?
Le Roi Miguel est à la fois un roman captivant et
un récit très documenté qui révèle toute la formation d’un coureur
d’exception. Du club cycliste de Villava au championnat d’Espagne, du
Tour de l’Avenir à Paris-Nice, de Cauterets à Luz-Ardiden, du Tour de
France au Tour d’Italie, du Tour de Catalogne au record de l’heure, de
l’entrée dans Liège à la montée vers La Plagne, il est la chronique
lyrique d’une épopée de notre temps.
"Indianoak est un hymne à la vallée verte et rouge où vivent les derniers ours. Une charge féroce contre les acteurs politiques, les bétonneurs et les marchands qui voudraient transformer ce site sauvage et sacré en un par d’attractions nommé Ursoland."
« Aucun coureur, jamais, n’a grimpé les cols comme Charly Gaul. Jean Alavoine, Vicente Trueba, René Vietto, Gino Bartali, c’était l’épopée. Gaul, c’est l’épopée et la danse, l’harmonie, l’étoile dont la légèreté, la grâce suggèrent que nous aurions des ailes…»
Portrait
romanesque de Charly Gaul, un des champions du Tour de France, avec
documentation (p. 167-200). Grand prix de littérature sportive 1994
(France).
« Si vous avez oublié Charly Gaul, il faut
lire le merveilleux ouvrage que Christian Laborde vient de lui
consacrer. C’est lyrique, drôle, haletant. C’est plein de métaphores
admirables, dont même les marques de vélo servent de prétexte. Ecoutez
voir, par exemple, pour ceux qui savaient que c’était la Ferrari des
deux roues—et Bobet avait gagné deux fois le Tour dessus : « Helyett.
Helyett ! On dirait un prénom de femme, un nom d’oiseau, Alouette. » On
dirait du Francis Ponge, ou de l’Apollinaire (…)
Christian Laborde a d’abord connu Gaul par son
père, par transmission orale. Comme il dit : « j’ai été vacciné par un
rayon ». Ce qui ne l’a pas empêché de garder la maladie du Tour de
France, cette fièvre endémique qui revient toujours au mois de juillet,
avec les cheveux rouges d’Yvette Horner et les feux d’artifice de notre
prise de la Bastille. Cela valait bien que ce troubadour impétueux
mette toutes ses qualités de style et d’imagier au populisme raffiné au
service du Tour de France. Ce sont peut-être les qualités même de
l’écrivain qui font aussi les champions cyclistes, la solitude,
l’endurance, l’affrontement avec les forces élémentaires. »
Jean-Edern Hallier in Paris Match, 1994
« Charly Gaul s’en va. Il a son beau maillot rouge Magnat-Debon et ses grandes ailes blanches. Il vole dans Aspin, il est libre, il a le dossard 61, et son bidon La Vittelloise pour donner à boire aux oiseaux. »
Ah les belles
histoires du Tour, racontées ici avec un brio égal à celui des
descendeurs...Christian Laborde aime le Tour parce que celui-ci prend
parfois dans les Pyrénées les couleurs de la tragédie. Alors il
redevient un môme qui, à côté de son père, applaudit les champions,
écrit leurs noms à la craie sur le goudron et vocalise dans la montagne
avec les voyelles de leur renommée...
Bernard Pivot in Lire
- Sauvons la planète !
Danse avec les ours fait de Christian Laborde ce qu’il est : « Un troubadour avec une Kalachnikov ». Feu !
Lyrisme. Satire. Humour dévastateur. Embarquement immédiat, pas de temps mort, la phrase fonce. On est à bord. Comme L'Os de Dionysos, L'Archipel deBird est un roman qui cogne et sonne.
Jérôme LEROY in Le Quotidien de Paris
«Je hais le roman et les romanciers, leurs pages brochées, les histoires qu’elles racontaient, les histoires qu’elles ne racontent plus, les personnages qu’elles offraient, les personnages qu’elles n’offrent plus, je hais le roman et les romanciers et par-dessus tout la quatrième de couverture.
La
quatrième de couverture contient le code barre et la notice. Payez et
suivez le guide ! Parcours fléché, feux rouges, feux verts, vitesse
limitée, sens unique, pas question de musarder, les mots ne sont plusfaits pour ça.
La notice, c’est d’abord un résumé du roman. Mais
qui donc se permet de glisser entre le livre et moi sa propre lecture ?
Qui ? Donnez-moi son nom que je le bute. Tous mes couteaux dans son œil
sale, je bande en l’achevant. »
Le 12 mars 1987, L'Os de Dionysos a été interdit pour " trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale " par le Tribunal deGrande Instance de Tarbes.
"En
1987, Christian Laborde fit une entrée remarquée dans la République des
lettres avec l’Os de Dionysos. Ce roman, qui racontait le quotidien
d’un jeune professeur dans une institution privée en termes lyriques et
crus, fut interdit pour « trouble illicite, incitation à la moquerie,
pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique etmorale ».
Victime de la censure sous le règne de François
Mitterrand ! Mieux qu’une légion d’honneur ! Certains en auraient fait
capital et seraient allés en toucher les intérêts entre le café de
Flore et la brasserie Lipp. Mais Laborde est un écrivain, un vrai. Le
scandale ne l’a pas effrayé, mais il ne l’avait pas recherché. Douze
ans après, son roman séduit toujours par son feu, sa musique, sauté
provocatrice. Un livre fabriqué pour choquer le bourgeois eût été
oublié. Attachant portrait de jeune homme, livre de rupture avec le
siècle, l’Os de Dionysos continue de dire la souffrance d’une âme vouée
au rêve, à la poésie et à la liberté dans les mâchoires des années 80.
Le
12 mars 1987, L'Os de Dionysos a été interdit pour " trouble illicite,
incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la
jeunesse en pleine formation physique et morale " par le Tribunal de
Grande Instance de Tarbes. En mettant en scène, dans un récit
éritico-satirique virulent et provocateur, le conformisme et la
mesquinerie d'un établissement scolaire privé, Christian Laborde a
obtenu un succès de scandale qui ne doit pas faire oublier la
somptuosité verbale d'un jeune écrivain émule des surréalistes, salué
par Claude Nougaro aussi bien qu'André Pieyre de Mandargues."
Sébastien Lapaque in Figaro
Un livre précis, des paragraphes précieux. 250 pages sonores, colorées : le faubourg des Minimes, les studios de Los Angeles, une petite filleen pleurs dans une ville en pluie.
Christian Laborde fait danser sa folie. Raconter Claude Nougaro, écrire une simple biographie lui semblait banal. Il a pris le parti fort original de lui inventer une vie, et l’imaginaire devient vite plus exact que la réalité. Cette java littéraire sur fond de jazz est une cantate à l’amitié, une drôlerie merveilleusement efficace, une réussite.
Jacques Chancel