Christian Laborde

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Pour Contador

le 13/02/2012

 

J'ai  pris la défense d'Alberto Contador dans les colonnes du quotidien espagnol El Pais, le dimanche  12 février 201.

 



Miguel Indurain est aussi grand et silencieux que les hêtres de la forêt d'Irati. Miguel ne parle pas. Quand il accomplissait ses exploits, il ne recherchait guère la compagnie des micros, à l'inverse de coureurs plus bavards et moins doués que lui. Depuis qu'il a mis fin à sa prodigieuse carrière, Miguel continue de se taire, plus royal que jamais. or, voici que ce roi se met tout à coup en colère et crie: "Taisez-vous, ça suffit!" Miguel s'adresse de la sorte à ceux qui viennent de condamner Alberto Contador. Miguel Indurain soutient Contador, donc Contador est innocent. Il y a, d'un côté, le quintuple vainqueur du Tour qui connaît les qualités de son successeur et, de l'autre, une meute d'experts autoproclamés qui chasse, saccage, dépèce et bave. Comme Fausto Coppi, comme Gino Bartali, comme Jacques Anquetil, comme Eddy Merckx, comme l'inoubliable Perico Delgado, Miguel sait qu'on ne gagne pas le Tour de France en buvant de l'essence. Il faut posséder au départ un organisme  de champion, un coeur de champion, un courage à toute épreuve, des nerfs d'acier, et cette troisième jambe qui est l'apanage des coureurs d'exception. Tout cela, Contador l'a, et c'est donc parce qu'il est Contador qu'il dicte sa loi au peloton, et au col du Tourmalet qui ne fait jamais de cadeau à personne.

Il y a, d'un côté, Alberto Contador et, de l'autre, la meute. Et c'est en France que la meute éructe avec le plus de violence. Faut-il s'en étonner? Non. La France, qui n'a jamais supporté la démesure d'un Eric cantona lequel a dû s'exiler à Manchester United où, sous la houlette de sir Alex Ferguson, il aura montré toute sa classe, passe son temps à dénigrer les athlètes, à donner des leçons, à désigner des coupables qu'elle broie dans les pages mal écrites de sa presse sportive. Aujourd'hui, c'est Contador qu'elle insulte, qu'elle raille, comme elle insultait hier Lance Armstrong ou Marco Pantani. Sous couvert de lutte antidopage, elle tape sur des hommes qui, par leurs exploits, échappent à la médiocrité dans laquelle elle patauge. Je pense souvent à Marco Pantani qui n'est pas mort du dopage comme on l'a trop souvent écrit, mais d'overdose comme  Janis Joplin.Et moi, je ne peux me passer ni de la musique de Janis Joplin, ni des attaques de Pantani que Charly Gaul considérait comme son fils.

Il n'y a personne en France pour défendre Contador. Pourquoi? Parce qu'il n'y a, en France, qu'un seul quotidien sportif, lequel, depuis 1998 et l'affaire Festina, juge et condamne au lieu d'analyser, lance des anathèmes au lieu de questionner. Un seul quotidien sportif, c'est-à-dire un seul avis, un seul discours. Et ce discours extravagant est relayé par des chanteurs et des humoristes qui ont plus d'argent que de talent. C'est, par exemple, Yannick Noah, ex champion devenu chanteur sans relief, qui montre du doigt le sport espagnol. Noah, qui n'est ni Edith Piaf ni Paco Ibanez, nous ennuie deux fois: la première quand il chante, la seconde quand il parle. QUunt aux humoristes, en se moquant de Nadal et de Contador, comme hier de Richard Virenque, ils tournent le dos à la grande tradition française qui veut que l'on rie, non du voleur de poules mais du gendarme, non de l'accusé mais du procureur. Le véritable humoriste se moque des puissants, jamais de l'homme désarçonné, menacé par la meute. Mais la France est devenue ce pays où des humoristes se comportent, non comme des artistes, mais comme des auxiliaires de justice.

Qui sera le prochain accusé de cette clique de faux comiques et de mauvais chanteurs? Le peuple! Ce peuple qui continue d'aimer Contador. Ce peuple qui dans les lacets du col d'Aubisque et dans les virages de l'Alpe d'Huez ne cesse d'écrire en lettres démesurées les noms des Géants de la route. Les plus beaux mots, les noms les plus glorieux sont inscrits à la peinture blanche sur les routes du Tour de France. Et ces noms, ces mots, ceux qui jugent Contador ne savent même pas les lire.

En juillet prochain, j'écrirai le nom d'Alberto Contador sur toutes les routes des Pyrénées. Et je serai pour cela applaudi par les ours.


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