Christian Laborde

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Mon seul chanteur de Blues

le 19/07/2010

Mon seul chanteur de Blues - Editions de la Martinière

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Loin de la biographie de pensum, un vif récit de l’amitié entre Claude Nougaro et l’auteur. Malgré la différence d’âge, les deux hommes, quand ils se rencontraient, avaient l’impression d’être des jumeaux qui auraient eu pour parents la poésie et l’insoumission. Le même amour de la langue les réunissait. Ces deux enfants du Sud-Ouest s’y entendaient donc à entremêler souplesse, esprit et sens du rythme. Autant de qualités dans cet hommage au poète, plusieurs chansons appartenant à la mémoire d’un peuple. Au grès des souvenirs, les fantômes de Jacques Audiberti, de Jean Cocteau et d’Edith Piaf. C’est émouvant.

Bernard Morlino , Le Figaro littéraire, jeudi 7 avril 2005

Quand Claude Nougaro est mort, "l'Obs" avait demandé à Christian Laborde un article. Impossible.Trop de douleur. Claude, son âme soeur. Même accent du grand Sud, avec ces R qui roulent sous la langue(d'oc) et font sourire ceux du Nord, même passions pour l'amour, la poésie, le jazz et l'ivresse de vivre. Déjà auteur de "L'Homme aux semelles de swing", indispensables " menteries biographiques "(1984), " frère Laborde ", comme l'appelait Nougaro, ravive ses souvenirs, rouvre les boîtes où dormaient photos, poèmes, dessins et lettres échangés au cours d'une vie d'amitié, célébrée ici ave tendresse."

Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur, 12-18 mai 2005

D eux mecs se sont rencontrés, le plus jeune allant au devant de l'autre, déjà bête de scène, bête de foire, au culot, après un concert, pour un entretien dans Alienor , revue de poésie strictement et occitane. Le jeune homme a des lettres, le chanteur pareil. Premiers contacts, uppercuts immédiats, ces deux là au tapis ensemble - boxe boxe boxe - ne se sépareront plus, partiront en castagnes par les rues et les chants, à la conquête de leur propre histoire à construire en commun. Le chanteur et le poète, dont les voix finiront par se ressembler, habités tous les deux par la même nécessité du poétique :

« Il dit que le langage, c'est physique. De sa main libre, comme pour appuyer son propos, il malaxe l'air, lui tire la tignasse, et son épaule se soulève légèrement. C'est physique, et si la poésie oublie cela, elle n'est plus la poésie ! »

Ce fut comme une apparition

« La Garonne, je vous le dis, se souvient de Claude. Longtemps, l'hiver, la Garonne a claqué des dents. Depuis que Claude dort dans ses bras, tous les jours elle claque des doigts ! Il faut s'approcher d'elle pur entendre, entre deux clapotis, le claquement sec de son pouce heurtant comme un percuteur son index limoneux. Et votre corps se met à bouger. Oui, sur mon banc, je parle seul, dit-on, et, quand je me lève, je commence à danser. Je ne suis pas fou : c'est Nougaronne. »

Christian Laborde a la révélation en écoutant du fond de sa turne un disque de Nougaro. Tout part en miettes, les études, les vieilles références, il voudrait faire ça, exploser chaque mot au fronton de la liberté, faire comme Claude qui riait « poète-poète ». Ce n'est pas un fan, ni une réincarnation, non plus qu'un plagiaire du style et de la sonorité particulière, c'est l'ami de coeur qui toujours comptera. Et c'est le parcours imbriqué de cette amitié, de l'épanouissement au contact de Claude des talents de Christian, des soutiens indefectibles quand la maladie viendra, c'est une vie à deux, deux hommes épris de liberté et de poésie, le parcours rare d'une amitié. Christian Laborde sans pudeur mal placée peint un Nougaro intime, sa maladie, ses femmes, ses ivrogneries bacchanales et son dyonisiaque besoin de vivre. Ce n'est pas une hagiographie de disciple, c'est de la vie

Les bras ouverts pour enlacer l'espace,
le coeur offert pour en fleurir le temps,
l'âme tendue vers la beauté qui passe
et la suivant, je veux vivre en aimant
oui vivre en aimant
comme un clown aime un chien savant
comme un clou
aimant un aimant

Si Mon seul chanteur de blues n'est pas le premier ouvrage que Christian Laborde consacre à son ami et mentor [1], c'est sans conteste le plus émouvant, le plus simple et juste : la tristesse qui se retient de larmoyer y déploie une onde poétique d'une belle filiation, renvoyant en hommage à Claude les mots qu'il utilisait pour son père, Pierre, chanteur d'opera. Mon seul chanteur de blues est l'oraison d'un fils qui sait pouvoir regarder le ciel - "Je cherche un ciel, j'ai mal aux saints" - et sourire, assis sur le banc, face à la Garonne qui berce maintenant l'ami dans son lit, qui le regarde et qui lui dit

Ah, tu verras, tu verras
Tout recommencera, tu verras, tu verras
La vie, c'est fait pour ça, tu verras, tu verras

Loïc Di Stefano, Librairing

[1] L'homme aux semelles de swing , éd. Privat, 1985, biographie imaginaire couronnée du Grand Prix de littérature musicale de l'Académie Charles Cros .

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