Christian Laborde

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Lettre ouverte au Président de la République à propos de Lance Armstrong

le 23/08/2010

 

 

Monsieur le Président de la République

Je ne viens vous entretenir ni de la crise, ni de la dette, ni des retraites, juste de l’essentiel: Le Tour de France. La France, c’est le Tour. Et le Tour, c’est Lance Armstrong. Qu’il soit fait, par vous, commandeur de la Légion d’honneur !

Je vois les gens honnêtes s’offusquer, les « Assis » grimacer, les procureurs s’étouffer : et le dopage ? Rappelons, Monsieur le Président, que Lance Armstrong n’a jamais été déclaré positif, et souvenons-nous du général de Gaulle. Désirant remettre la légion d’honneur à Jacques Anquetil, il fit taire les conseillers vertueux qui tentaient de le mettre en garde : « Dopage : quel dopage ? A-t-il oui ou non fait jouer la Marseillaise à l’étranger? »

Lance n’a pas fait retentir la Marseillaise à l’étranger, mais il fait du bien à la France. Grâce à lui, les virages fermés du Pla d’Adet, les passages les plus éprouvants de Hautacam sont connus au Texas et, en juillet, à New-York, la télé américaine diffuse des images du Tour. Grâce à Lance, les Américains, que seul le Super Bowl ferait vibrer, se passionnent pour ce Tour légendaire. Leur enthousiasme, nous le lisons sur les routes des Pyrénées où les « Texas Pride » et les « Go, Lance, go » écrits à la peinture blanche disputent la vedette aux « Aupa Indurain » et aux « Vas-y Jaja ». Que des mots si anciens et d’autres si neufs se mêlent de la sorte sur le revêtement granuleux de nos cols, nous renseigne sur l’éclatante santé d’un Tour que Lance, flanqué de ses pistoleros aura si souvent transformé en western. Oui, grâce à lui, l’Amérique connait désormais le Tour et, chaque année, des Américains descendent dans des hôtels de Lourdes et vont escaler sur leurs vélos Trek les pentes et les lacets.

Lance n’a pas fait retentir la Marseillaise à l’étranger, mais il fait du bien au Tour, à la France et aux Français. Il résiste à tous ses adversaires, surtout au pire d’entre eux : le Temps. Aucune horloge, aucun tic tac, aucune heure cruelle ne l’incite à prendre la retraite, à raccrocher, à devenir sérieux. A près de 39 ans, il est toujours là, prêt à en découdre. Grâce à Lance, ce temps qui passe et ne songe qu’à nous engloutir a tout à coup moins d’arrogance. Les exploits de Lance nous font oublier ce que, otages des agendas, prisonniers des routines, nous subissons chaque jour.

Lance mérite d’être fait commandeur de la Légion d’honneur car, en sus de faire briller d’un éclat neuf nos vieilles départementales, il donne une pêche incroyable aux malades qui se battent contre le cancer. Qu’est ce que le cancer ? Anquetil a répondu à cette question en confiant à Poulidor son calvaire : « Raymond, je monte un Puy de Dôme tous les jours ». Cette multiplication des Puy de Dôme, Lance l’a connue. Il a tenu, et le cancer a fini au tapis. Et celles et ceux qui affrontent ce mal terrible parlent comme Lance: « Ceci est un combat pour ma vie, et ce combat, j’ai bien l’intention de le gagner. »

Pourriez-vous, Monsieur le Président, remettre la Légion d’Honneur à Lance, le 22 juillet, au sommet de ce mythique Tourmalet que le Boss escaladera une ultime fois avant de rejoindre Paris?

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments les plus respectueux.

Lettre parue le 18 juillet 2010 dans le JDD

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