Christian Laborde

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Le sérieux bienveillant des platanes

le 14/10/2016

Il y a Tom, Joy, Bébert, Katia, Riton, l'amitié, le rock et, un matin, ce coup de téléphone que Tom reçoit : son grand-père vient de mourir. Accompagné de Joy, Tom prend l'autoroute pour le Sud-Ouest. Pendant que les bornes défilent, ils parlent : lui du képi blanc de son grand-père, elle du goût des frites. Le lecteur les écoute comme un passager de covoiturage. Le sérieux bienveillant des platanes est un roman blablacar. Mais à Lumac, dans la maison de son enfance, Tom n'a pas seulement rendez-vous avec son grand-père : un secret l'attend. Et Joy a besoin de lui… Road movie, Le sérieux bienveillant des platanes est aussi un roman d'amour noir et lumineux.

 

 

 

 

 

 Agenda

 

Août 2016

- 27

Rencontre et dédicace à la Médiathèque - Biarritz (64)

16h00 - 2 Rue Ambroise Paré, 64200 Biarritz

 

Septembre 2016

- 11

Fête de l'Huma - La Courneuve (93)

"La cause des vaches et le troupeau des mots", avec Bernard Lubat et la Compagnie Lubat : rurâlerie poétique

Parc départemental Georges Valbon à La Courneuve

 

 "Nougaro, La cause des vaches et le troupeau des mots"

 Tchatcherie espatarouflante, hardits sons,  avec Christian Laborde Bernard Lubat, Marc Perrone, André Minvielle, La Compagnie Lubat

 


- 24

7ème Salon du livre - Vic en Bigorre

 

Novembre 2016

- 26

Radio France Fête le Livre 2016 - Paris (75)

26 et 27 novembre 2016, de 14h à 19h

 

Décembre 2016

- 02

Soirée littéraire de l'Auberge de la Treille - Saint-Martin-le-Beau (37)

-10

"Les Mots pour le dire", salon du livre d'Argeles Gazost

 

Ce qu'on dit des Platanes

 


 C'est ici

 

 

 

Il y a Tom, Joy, Bébert, Katia, Riton, l'amitié, le rock…Et un matin, ce coup de téléphone que Tom reçoit: son grand-père vient de mourir. Accompagné de Joy, il prend l'autoroute pour le Sud-Ouest. Pendant que les bornes défilent, ils parlent, de tout, de rien, de la vie, de la mort. Le lecteur les écoute comme un passager de covoiturage. A Lumac, dans la maison de son enfance, Tom n'a pas seulement rendez-vous avec l’âme de grand-père. Un secret l'attend. Et Joy a besoin de lui. Un roman d’amour façon road movie qui met du baume au cœur.  

Stéphanie Lohr

 

 

 

Entre les Clash et les Régal'ad, entre Bashung et la mercerie des sœurs Solas, Tom se souvient. Joy à son côté, il redescend à Lumac enterrer son pépé – pas son papy, son grand-père… non, son pépé, comme sur les photos anciennes. Mais quand on retourne vers son passé, gare à ce qu'on y trouve.

Tom conduit et parle de son pépé qui l'a élevé et de sa tante Lucie qu'il a tant aimée, de son père qu'il déteste autant qu'une chanson de Céline Dion et de la beauté des platanes de Lumac. Sur le long ruban de l'autoroute, Joy écoute et pose les questions. Tom lui raconte la pêche et les truites, le pépé qui sifflait « Le pont de la rivière Kwaï », le trou d'Artabash, ce puits sans fond qui engloutissait les cailloux qu'on y jetait. Au village, il y aura Germaine, celle qui a toujours régenté la maison. Au village, il y aura l'enterrement de Pépé, les messes basses des vieilles qui donnent du « pauvre » à tout-va. Au village, il y aura le maire qui offrira le drapeau pour couvrir le cercueil. Au village, il y aura ce type bizarre qui n'aura d'yeux que pour Joy. Au village, le passé n'est pas toujours pavé de bonnes nouvelles. Avec son phrasé légendaire et sa faconde éruptive, Christian Laborde écrit un roman de soleil et de violences tues, où l'humanité se tient plus dans le balancement des seins de Joy que dans la morgue des notables en costume

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Jean-François Delapré

13 août 2016

 

 

 

 

 

 

 Une histoire d'amour noire et lumineuse

 

Il y a Tom, Joy, Bébert, Katia, Riton, l'amitié, le rock et, un matin, ce coup de téléphone que Tom reçoit : son grand-père vient de mourir. Accompagné de Joy, Tom prend l'autoroute pour le Sud-Ouest. Pendant que les bornes défilent, ils parlent : lui du képi blanc de son grand-père, elle du goût des frites. Le lecteur les écoute comme un passager de covoiturage. Le sérieux bienveillant des platanes est un roman blablacar. Mais à Lumac, dans la maison de son enfance, Tom n'a pas seulement rendez-vous avec son grand-père : un secret l'attend. Et Joy a besoin de lui… Road movie, Le sérieux bienveillant des platanes est aussi un roman d'amour noir et lumineux.

(19 août 2016)

 

 

 

 

Un grand-père, des platanes et de la dérision

 

Avec l'auteur censuré de "L'Os de Dionysos", on n'est jamais à un paradoxe près. Dans un roman tout en percussions paru à la mi-août, Tom, le narrateur, aime autant les éoliennes qui horripilent les esthètes que les arbres chéris par eux.

Le sarcasme facile, il décoche avec une égale allégresse des uppercuts à la langue française qu'il tord et tourmente à l'envi, aux goûts du peuple(Céline Dion en fait ici les frais), aux modes et parfois au sacré quand il raille les cantiques "aux rimes pauvres" de la messe d'enterrement de son  grand-père, figure tutélaire omniprésente. C'est le vieil homme quiavait transmis à son petit-fils la vénération du platane, "l'arbre du peuple" par excellence dont il vantait "l'ombre généreuse et vivante".

En arrivant à Lumac, dans le sud-ouest, en compagnie de sa copine JOy, Tom découvre avec effroi que "tous ces beaux platanes qui bordaient la route ont été assassinés". Abattus au nom du sempiternel principe de précaution parce que jugés "trop dangereux" par les édiles et les pontes de JUngle Books, la société qui va y installer ses entrepôts et bureaux. Qu'importent le paysage et le cadre de vie: les imbéciles haïssent le végétal auquel ils préfèrent béton et bitume. Après avoir pris fait et cause pour les vaches, Christian Laborde se fait donc l'avocat d'une ruralité en perdition. " Je suis l'enfant d'un vieux village qui se meurt, dans lequel mon grand-père vient de s'éteindre", fait-il dire à Tom. L'histoire aux frondaisons luxuriantes laisse poindre d'autres rameaux d'inégale importance où apparaissent des personnages secondaires tour à tour piquants, cocasses et bosselés, le tout sur fond d'amours lumineuses et sombres à la fois. Du laborde dans le texte quiravira ses lecteurs sans rallier ses détracteurs."

Renée Mourgues, 19 août 2016

 

 

 

 

 Les platanes de Christian Laborde

                                                                

Ecrivain du Sud-Ouest, Occitan oserait-on dire au risque d’irriter quelques Catalans, Christian Laborde a beaucoup écrit sur le sport. Dans ce roman lancé dans la cohue de la rentrée littéraire, il préfère jouer sur la corde nostalgique. A deux niveaux. Rock pour le narrateur, France profonde pour le portrait des grands-parents. L’occasion aussi de pousser quelques gueulantes : contre les multinationales du net qui tuent les libraires et les élus qui coupent des platanes sous couvert de sécurité routières. D’une écriture alternant uppercuts rageurs et tirades lyriques.

Tom, le narrateur, quitte la région parisienne pour rejoindre ce Sud tant aimé. Son grand-père vient de mourir. Un voyage triste ? Non car il part avec la belle Joy, pétillante copine qui n’a pas sa langue dans la poche. Presqu’un road movie, avec de gros morceaux d’amour dedans, le tout saupoudré de souvenirs joyeux. A déguster frais, à l’ombre de ces platanes devenue trop rares le long des routes de la région.

(Dimanche 21 août)

 


 

                                    Et un Laborde pour la route

 

Écolo, Christian Laborde ? Mieux vaut ne pas lui poser la question, la réponse est là, dans son dernier livre : « Pas près d’écouter leur prêchi-prêcha. » Nostalgique Christian Laborde ? La réponse y est aussi. Oui mais alors, qu’est-ce qui fait courir Christian Laborde, depuis son ardente défense des vaches prisonnières et torturées pour du fric ? Qu’est-ce qui fait vibrer cette corde qu’il tente si vainement de dissimuler derrière un vocabulaire choc, allant jusqu’au graveleux parfois, histoire de bien choquer Mamie Bobo ? Il veut faire croire qu’il n’est pas écolo ? Qu’il n’est pas nostalgique, même un petit chouïa ? Allons donc… « Le sérieux bienveillant des platanes », son dernier petit roman, est là pour affirmer le contraire, avec une indéniable poésie, ciselée au millimètre. Pour défendre aussi ces platanes qu’on assassine, toujours pour du fric. À Lumac, on croise des ombres qui vous offrent des bonbons Kréma, des Pie-qui-chante, le poulet du dimanche, la prière à la bonne Vierge, le ronron de la Méhari increvable, la clope sous le platane de la place devant la mairie, les vieilles photos de famille, le curé rabat-joie à l’enterrement du Pépé, les tabliers de Mémé qui sèchent sur la corde à linge du jardin. On y croise aussi une histoire qui vous cueille par surprise vers la fin du roman et qui coupe un peu le souffle. Comme un crochet du droit, un crochet Laborde, alors qu’on se laissait aller à une douce somnolence parfumée d’antan. À découvrir. Un vrai bon roman de rentrée.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Hélène Dubarry

                                                                                                                                                                                                                                                                                                      (25/08/2016)

 

 

 Le son des Platanes

 

 


 

 

C'est ici

 

 

 

 


 

 Au micro de Pierre Philippe Cadert dans Vertigo (29 août 2016)

 


Le sérieux bienveillant des platanes

 


 

 

L’art du road movie consiste à embarquer le lecteur (ou le spectateur) à bord de la voiture destinée à parcourir des milliers de kilomètres. Il prend place et observe tout ce qui se passe, partage les éclats d’humeur et vit les joies et les tristesses des passagers. Avec un ton décontracté, Christian Laborde narre les aventures de Tim, Joy, Bébert, Katia et Riton soudés par une amitié qu’ils jurent indéfectible et le rock. Lorsque Tom apprend le décès de son grand-père, il choisit de se rendre à sa dernière demeure. Joy l’accompagne. Durant le trajet, chacun parle de ce qui lui traverse l’esprit. Avec des phrases simples, ils évoquent le passé, parlent du présent, rêvent du futur, vivent mille péripéties mentales qui pourraient paraître banales mais qui, pour eux, sont le reflet de leur préoccupation du moment. A mesure que le bitume de l’autoroute défile, ils se rendent compte qu’ils ont peut-être aussi rendez-vous avec eux-mêmes. Tout l’art du conteur réside dans les petites choses qu’il additionne et qui font tellement du bien. Les personnages sont sympas, les dialogues décomplexés et les séquences s’enfilent sans temps morts. Au demeurant, un roman lumineux malgré la grisaille du pitch de départ.

Daniel Bastié.

 

 

 

 

 

 

                                                       Christian Laborde : les femmes, les vaches, les platanes.

 

Ce qui frappe chez Christian Laborde, troubadour de l’Adour, swingueur intempestif qui a su faire à l’occasion danser la langue avec ses compatriotes et amis du Sud-Ouest comme Nougaro ou le jazzman Bernard Lubat, c’est une forme de constance. Il est toujours en guerre, depuis presque trente ans, contre l’ennemi le plus dangereux qui soit: le désenchantement du monde. Il a ainsi passé les trois dernières décennies à vider ses chargeurs sur la grisaille clinquante d’une société qui a commencé à installer son cauchemar mal climatisé dans les fatidiques années 80. A l’époque, qui est aussi celle où il a collaboré à L’Idiot international, il pouvait paraître alarmiste. Aujourd’hui il est devenu le greffier lyrique de nos renoncements et nos amnésies. Attention, si Laborde regrette le monde d’avant, il n’est pas pour autant nostalgique : il y a trop d’énergie, d’électricité soyeuse dans ses romans, ses essais, ses nouvelles, ses poèmes. Il suffit de lire ses deux derniers livres pour s’en convaincre : La cause des vaches, un pamphlet qui a beaucoup fait parler de lui juste avant l’été et un roman qui sort pour la rentrée littéraire, Le sérieux bienveillant des platanes, dont le titre emprunté à Jean-Claude Pirotte, autre paysagiste vagabond disparu il y a deux ans, nous indique si besoin était que l’on est en bonne compagnie.

 

De quoi avons-nous fait le deuil ou plutôt de quoi doit-on refuser de faire le deuil, voilà la question qui forme la colonne vertébrale de cette œuvre qui a célébré et qui célèbre, dans le désordre, les femmes callipyges, les ours, les paysages, les vaches, les arbres ou encore le courage des coureurs cyclistes, les idoles de Laborde qui à l’instar d’Antoine Blondin, connaît les plaisirs des caravanes du Tour de France où le dépassement héroïque de soi a pour décor les villages du vieux pays au lieu des remparts de Troie mais reste le même depuis plus de deux mille ans.

 

Laborde est entré en littérature par un scandale mais ce qui est important, sans le rechercher. C’était en 1987. Son premier roman, L’Os de Dionysos, était publié par un petit éditeur du Sud-Ouest et a été interdit, presque aussitôt, par les tribunaux avec notamment, dans les attendus du jugement, une étonnante « incitation au paganisme. » Laborde, parce qu’il était aussi professeur dans un collège religieux, était devenu un railleur subversif, un pornographe vicieux et on imagine sans peine ce que durent être les conspirations mauriaciennes pour étouffer ce livre. Heureusement, en 1989, le titre était repris par Régine Deforges et connaissait un succès qui mit Laborde à l’abri. L’auteur se demande encore aujourd’hui s’il était l’ultime victime d’une censure old school de type pompidolien ou la première de ce néopuritanisme qui laisse la pornographie s’étaler sur Internet mais s’interroge gravement pour savoir s’il serait aujourd’hui opportun de publier Lolita.

 

Laborde était tout entier dans ce premier roman, c’est à dire un païen sensuel, ce qui prouve que les juges avaient vu juste. Comme le dieu qu’il prenait pour intercesseur, il montrait son goût pour la danse, la démesure, le plaisir. Son héros, professeur de français, luttait contre la bêtise et la médiocrité de ses collègues et de ses supérieurs. Il avait deux armes à sa disposition, les mêmes qu’il utilise encore aujourd’hui : l’écriture et la femme. Dans L’os de Dionysos, la femme s’appelait Laure d’Astarac. A la femme, il devait d’oublier son quotidien, à l’écriture d’échapper à un destin de mort vivant. Dans Le sérieux bienveillant des platanes qui raconte l’histoire d’un poète marginal, un peu rocker, un peu voleur revenant dans son village d’enfance en compagnie de Joy, une prostituée, pour aller enterrer son grand-père, un ancien de la Légion étrangère, on retrouve la même oscillation entre la chronique acide d’une société enlaidie et la joie panique, totale, d’être au monde et de le dire. Dans L’Os de Dionysos, la célébration du cul de Laure succédait ainsi au portrait d’une principale frustrée tandis que dans Le sérieux bienveillant des platanes, ce sont les seins de Joy qui font oublier à l’enterrement la présence d’un père créatif, ex-soixante-huitard, chainon volontairement manquant de la transmission entre le grand-père et le petit fils.

 

Ce qu’on ne pardonne pas aux écrivains dont on condamne les livres, depuis Flaubert et Céline, c’est le style parce que le style, loin de toute codification porno, rend la sensualité vraie des corps dans l’amour comme l’explique Tom, le héros des Platanes : « Seul le frémissement des seins sous un chemisier peut rivaliser avec celui du feuillage quand le vent d’été s’égare dans les branches des arbres. C’est un truc que je sais et ne lis nulle part. Y a pas le corps dans les livres d’aujourd’hui bien que leurs auteurs prétendent le contraire. Ca exhibe, ça affiche, ça filme de près, mais le corps, ils le ratent, ils passent à côté, parce que le merveilleux, c’est pas leur truc. Ce sont des huissiers, des adeptes de l’inventaire. Et les poètes, les mecs qui marchent à l’imagination, ils les dénoncent aux flics. »

 

Il est vain d’essayer de classer politiquement Laborde. On se souvient de l’avoir croisé en 2002, dans les parages des soutiens à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Cela n’avait pas été une mince affaire de convaincre cet Occitan amoureux de son terroir de soutenir le candidat du jacobinisme retrouvé. Mais il y avait chez Chevènement une manière d’aimer la France d’avant et chez Laborde de ne pas concevoir son régionalisme autrement que comme un universalisme qui avait permis une synthèse.

 

On retrouve cette synthèse dans La cause des vaches où il nous parle de la manière concentrationnaire dont fonctionnent les néo-fermes de l’agrobusiness et où son indignation flamboyante s’appuie sur une vraie documentation. Déjà, il s’était fait connaître pour son opposition à la corrida et au tunnel du Somport qui allait mettre en danger nos amis les ours. Et pourtant il n’y a  rien d’un végan antispéciste chez Laborde. Il n’aime pas les vaches comme des égales, il aime les vaches comme  il aime les platanes qui disparaissent le long des routes au nom du principe de précaution pour les automobilistes : parce que le monde est plus beau avec des vaches heureuses et des platanes ombreux que sans : « Quand je te parle des vaches, je te parle de toi, également de lenteur. C’est pas un truc de vieux, la lenteur. La lenteur, c’est un truc de gourmand. II s’agit d’écouter, de regarder, de savourer, de méditer, comme le faisaient les vaches. Je les ai vues faire, les vaches. Elles n’accéléraient jamais. Le sabot sur le champignon, jamais. »

Jérôme Leroy (11 septembre 2016)

 

(1) : Danse avec les ours,  Régine Deforges, 1992 ;  Corrida, basta !, Robert Laffont,  2009.

 

 

 

 

 Road book!

 

Partez avec Tom et Joy en voiture vers le Sud-Ouest où les attendent secrets et révélations...Un palipitant road-movie - version ecrite! -, dans lequel le narrateur est un passager à l'écoute des occupants du véhicule et les suit jusqu'au bout de leur voyage. Un roman qui vous emportera...d'une seule traite!

(16/22 septembre 2016)

 


« Le “Tarbais” c’est la Rolls du haricot, enfant d’une terre limoneuse, caillouteuse à souhait, juste ce qu’il faut d’argile. Si la terre avait été trop argileuse, la peau du haricot eût été plus épaisse, sa chair plus farineuse. Rien de tout ça, il est parfait, le haricot tarbais. Et s’il est si fondant, c’est parce qu’il n’a jamais cessé, en grandissant, d’avoir chaud au cul. Il a profité à fond, en effet, de la tiédeur des galets du gave ».

 

Le sérieux bienveillant des platanes ressemble au délicieux haricot « Tarbais », caillouteux à souhait, fondant comme l’accent qui l’habite. Un accent qui vient des cols pyrénéens où se postait l’écrivain pour voir passer avec son père les héros du Tour de France. Un roman qui a profité de la douceur des galets qui roulent sous sa langue, un roman qui a chaud au verbe. Roman « slamé », que l’on lit, comme l’on écoute les chansons gasconnes de Bernard Lubat, ou que l’on fredonne celles de Claude Nougaro, le boxeur troubadour de Toulouse. Le sérieux bienveillant des platanes est un roman du retour aux sources, au village, à Paulhac. Tom y vient pour enterrer son grand-père, son Pépé – un mot sans électricité, sans chahut, sans violence, un mot doux, une caresse –, sous les yeux et les mots de la douce Joy, sa princesse, clandestine, libre de faire ce qu’elle souhaite et de faire corps avec Tom. Un retour, et un passage dans l’accélérateur à particules des souvenirs, où les mots valsent en trois temps, les trois temps du roman.

 

« Le platane, chez nous, il est chez lui. Tu le vois sur le bord de nos routes, tu le vois sur toutes nos places. Regarde une église, Tom, à côté d’elle tu vois quoi, Tom ? Un platane ! Regarde un bistro, à côté de lui tu vois quoi ? Un platane. Les platanes nous disent ce que nous sommes, Tom, où nous sommes ».

 

Le sérieux bienveillant des platanes est un roman vagabond, une traversée de la France à la vitesse d’un vol de palombes. Un retour vers le cœur du volcan, Paulhac, où le narrateur a passé sa jeunesse, entre la douleur de la disparition de sa mère, les trahisons de son père, et les fugues avec son Pépé. L’ancien légionnaire, pêcheur de truites, grand siffleur de musiques de films – il s’installait sur la terrasse, il allumait une cigarette, et l’on entendait l’harmonica de Charles Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest et les notes de Morricone quand on voit Claudia Cardinale, quand elle crève l’écran… – Pépé, qui préférait la compagnie des platanes à celle des hommes, a traversé la vie armé de noblesse et de silence, protégé des fâcheux, de la jalousie funeste, par son épouse, mais aussi la bienveillance des arbres et la joie partagée de son petit-fils. Le sérieux bienveillant des platanes est un roman de tribus, ces familles recomposées par le temps et les situations, où les malveillants n’ont point de place, un roman de la transmission, des passions et des gestes qui enfantent des mots, l’enfance est souvent celle d’un écrivain qui passe à l’acte.

 

« Tourtes, confits : heureux défunts de Lumac qui, la nuit venue, dans le cimetière paroissial, quand la lune dépose sur les tombes des copeaux de nacre, ripaillent, bambochent et gueuletonnent comme les vivants ».

 

Le sérieux bienveillant des platanes est ce roman des vivants et des morts, et tous les morts n’ont pas la même fin, il y en a que l’on accompagne et qui vous accompagnent, d’autres dont on se sépare, et qui ne méritent aucune attention, sauf celle des bêtes sauvages. Christian Laborde se pare d’une langue vivante, survivante, dirait-il, où les mots – la viande – sonnent et les phrases résonnent comme touchées, immergées dans le blues du Sud-Ouest, un blues du sud, tout autant solaire, que ténébreux. Un blues, les corps lancent et se lancent des défis, comme avec un ballon ovale, la béchigue en occitan. Dans la famille des écrivains, Christian Laborde joue à l’aile, il n’ignore rien des cadrages, débordements, des crochets et du raffut, son roman a des rebonds aléatoires, c’est notamment ce qui en fait sa grâce.

 

Philippe Chauché

 

 

 

 

 

Parce qu'on adore ce titre

Drôle de type, ce Tom. Rockeur un peu marlou, il parle des heures du tarbais, « Rolls du haricot », se réjouit du réchauffement climatique, se moque des « journées-de-tout ». Quand son pépé chéri meurt, il part vers le Sud avec Joy, son amie prostituée. En route, les souvenirs défilent: les bonbons Regal'ad, les airs que lui sifflait son aïeul, son amour des platanes. Près des églises, des mairies, des bistrots, « si le chêne c'est l'arbre des rois, le platane c'est l'arbre du peuple ». Christian Laborde emprunte à l'auteur Jean-Claude Pirotte (1939-2014} l'expression « sérieux bienveillant des platanes » pour le titre de son roman qui, sous une surface acide, laisse filtrer la douceur. Un dur au coeur tendre, ce Tom.

Nedjma Van Egmond

 

 

 

 

Christian Laborde enracine sa poésie

 

 

 

Avec son beau roman « Le sérieux bienveillant des platane », il s’impose comme poète.

 

Christian Laborde détient des talents multiples, il explore des genres aussi divers et variés que la nouvelle, le roman, la poésie, le récit, le pamphlet ou le dictionnaire. Rien ne l’effraie. « Indifférent aux modes et n’en faisant qu’à sa fête », comme le fait joliment remarquer son éditeur, les Editions du Rocher. Il célèbre avec un talent fou son regretté ami Claude Nougaro, commente son cher Tour de France sur les ondes de RTL et monte parfois sur les planches pour rendre – entre autres choses – hommage au défunt chanteur toulousain. Il n’aime pas non plus qu’on maltraite les animaux. Il vitupère contre la corrida, lui, l’homme du Sud-Ouest. Et, il y a peu, il nous a donné avec son lumineux pamphlet La cause des vaches, chez le même éditeur, un livre épatant dans lequel il éreinte, la tristement célèbre Ferme des 1000 vaches, près d’Abbeville, et flingue l’agrobusiness et son allié putride : le capitalisme. Avec Le sérieux bienveillant des platanes, il revient au roman. Une courte et excitante histoire qui nous entraîne sur les pas de Joy, de Tom, mais aussi de Bébert, de Riton et de Katia. Tous aiment autant la vie que le rock. Un matin, Tom apprend que son grand-père adulé est mort. Il prend la route vers le Sud-Ouest en compagnie de Joy. On assiste à un road-movie au cours duquel, toujours, le poète Christian Laborde révèle son immense talent. Il jongle avec les mots, les malaxe, attire notre attention grâce à une couleur, une atmosphère. Un regard. Là, il nous parle du « triangle noir » de sa tante Lucie ; un peu plus loin, il nous fait rêver grâce au « frémissement des seins sous le chemisier » qui « peut rivaliser avec celui du feuillage quand le vent s’égare dans les branches des arbres »…Et ces belles références à la pêche…Page 65 : « J’ai appris à nager dans l’Arrèc avec mon grand-père. Il m’emmenait souvent sur les bords de l’Arrèc pêcher la truite, des truites dont les flancs étaient couverts de points bleus, verts, noirs, rouges, on aurait dit des tubes de Smartie. » Imparable. Mais ce roman reste, on s’en doute, un magnifique texte d’amour où la jolie Joy, sensuelle, délurée, se place, cambrée, dans notre ligne de mire. Joy, qui est aussi la maîtresse du curé, le brûlant père Marco. Et qui doucement, fait commerce de son corps avec un plaisir évident à faire pâlir de rage Najat Belkacem, celle qui veut que les clients des dames soient poursuivis. Joy, avec un naturel tout mignon, annonce tout de go : « Je n’ai pas pensé à leur argent. J’ai juste pensé comme eux, c’est-à-dire à mon cul. » Ça, c’est du Laborde tout craché. Christian Laborde, c’est le poète de la liberté ; il se moque comme d’une guigne de la pensée unique, de la bien pensance. Ce petit roman vif, pétillant, amusant et si rock’n’roll, nous fait un bien fou.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Philippe Lacoche

                                                                                                                                                                                                                                                                                                          (Le Courrier picard, 18 décembre 2016)

 

 

 

 

Les derniers seront les premiers

 

Un journaliste professionnel ne devrait pas parler de ce livre : trop tard, il ne figure plus dans « l’actu ». Le Sérieux bienveillant des platanes, de Christian Laborde fut publié le 18 août 2016, autant dire il y a un million d’années. Ce n’est pas faire injure à son auteur que d’affirmer que ce livre ne fut pas l’événement de la rentrée. Les libraires l’ont probablement déjà remplacé sur leurs étals par un des romans à paraître la semaine prochaine, ceux de Pennac, Rouart ou Lambron. Il n’a pas obtenu de prix littéraire, il n’a pas fait scandale, il n’est passur la liste des best-sellers. Pourtant  ce petit roman buissonnier vous offre une parenthèse enchantée si, comme toute personne saine d’esprit, vous avez envie d’échapper quelques instants à votre famille entre Noël et le Nouvel An…

Tom, un rockeur gascon, emmène Joy, une princesse prostituée, à l’enterrement de son grand-père. Ils traversent le sud-ouest de la France en Volkswagen. Avec leurs amis, ils volent des verre en cristal pour y verser du vin tannique, tout en se dopant à la « poule au pot belge ». Les voilà partis dans une virée anarchiste et écoutant Wasting my Young Years de London Grammar, une fuite qui rappelle les exodes ruraux d’Olivier Maulin, vers un deuil qui révèlera des secrets datant de la guerre…

Christian Laborde n’est pas n’importe qui : le dernier écrivain censuré en France, pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie,[…] danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale » selon le jugement du tribunal de Tarbes en 1987. Une décoration plus prestigieuse que la Légion d’honneur. Il n’écrit pas, il scande. Cet exégète de Claude Nougaro rythme ses phrases comme le troubadour toulousain. Le lisant, on entend son accent syncopé. Laborde, c’est un rappeur avec du vocabulaire, un slameur qui aurait lu Céline (pas Dion, l’autre). Une racaille rocailleuse et rabelaisienne. Parfois il en fait trop ? Objection, votre honneur : il faut trop de tout, car comme disait Ted Nugent : « Si c’est trop fort, c’est que vous êtes trop vieux. » Je peux vous assurer que cette odyssée occitane respire la joie et la liberté. En plus, c’est vrai qu’ils ont un sérieux bienveillant, les platanes, sauf quand on fonce dedans sans airbags. En conclusion, n’oublions pas le principal : personne n’a lu L’Ecume des jours à sa sortie. Ne prenons pas la vitesse de rotation des offices pour un critère de qualité éditoriale. Le succès est à la littérature ce que les sondages sont à l’élection.

Frédéric Beigbeder

Le Figaro magazine, 31 décembre 2016

 

 

 

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