Christian Laborde

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Madame Richardson

le 21/11/2014

Je déboule en librairie avec Madame Richardson et autres nouvelles, suivi de Quai des Bribes... Women. Désir. Enfance. Enchantement

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Un écho à propos de Madame Richardson dans le Figaro

Des nouvelles de Laborde

Qui se souvient de la France des slows, des baisers échangés sur A Whiter Shade of Pale, de Procol Harum? L'écrivain fait revivre cette ambiance dans Madame Richardson, un recueil de nouvelles à paraître le 8 janvier chez Robert Laffont. Frédéric Beigbeder a raison: Laborde est bel et bien un "dangereux obsédé textuel".

jeudi 27 novembre 2014

Remarque: Page 39 du Figaro, au-dessus de la note consacrée à Madame Richardson, un portrait du photographe Henri Dauman. Il est question, dans le papier qui lui est consacré, de Jean Seberg. Jean Seberg qui passe également dans une des nouvelles de Madame Richardson.

 


 

 


Elle dit quoi,

la quatrième de couverture?



A l'encre rose, elle dit: "A chaque nouvelle une héroïne, à chaque héroïne un refrain."

 

A l'encre noire, elle dit: "Tandis qu'elle rêve à son amant, Mme Richardson fredonne "Un petit coin de parapluie". Epiée par un adolescent en Mobylette, la femme du garde-barrière prend des bains de soleil en écoutant "Laisse-moi t'aimer" sur son radiocassette. Avec ses airs de muriel Moreno, la chanteuse de Niagara, Sarah, fesses nues et cheveux au vent, part à la recherche de l'escaprpin idéal. Et Maria, embarquée dans la caisse de Tony, n' a qu'une envie: aller danser la bamba à la barbe des flics sur les quais bleutés du port de Veracruz."

 

A l'encre rose, elle ajoute: "Après Diane et autres stories en short, Christian Laborde continue d'aprpenter le terrain du bref qui sied si bien à son écriture. Lui qui passe sans ciller e l'érotique au fantastique, du surréalismee au roman noir, de la prose solaire à la chte tragique, nous montre toute sa maîtrise dans l'art de mettre en scène les objets du désir. Chez Laborde, les femmes, les jeunes filles...apparaissent. Elles apparaissent et, aussitôt, comme le dit Boris Vian, le reste du monde se met à compter pour du beurre."

 

A l'encre noire, elle indique: Christian Laborde vit et écrit à Pau, au pied du col d'Aubisque, à deux pas de l'océan.

 

Toujours à l'encre noire, elle donne la parole à Frédéric Beigbeder: " Connu de nos services de police depuis l'interdiction de l'Os de Dionysos en 1987, Christian Laborde est un dangereux obsédé textuel."

 



"un dangereux obsédé textuel"

 

 

Coquille

 


 

 IL y a une coquille dans Madame Richardson. Page174. Des mots de Rabelais attribués à Montaigne.....

La presse, elle dit quoi, la presse?


Des amours de Christian Laborde

Un beau moment de lecture

C'est la dernière livraison de Christian Laborde : « Madame Richardson et autres nouvelles ». Des petites histoires courtes, des shorts stories à l'américaine plus que des nouvelles, d'ailleurs, qui sentent parfois bon les années 60 à 70 et la douce vie dans un village du sud-ouest. On y croise la femme du garde-barrière, à l'époque où on ne parlait pas de couguars, mais qui l'était certainement. On y écoute Procol Harum, mais aussi T Rex et Led Zeppelin, Alicia Keys ou Trenet, et Brassens. C'est d'ailleurs le grand Georges qui ouvre le bal de ces histoires, quand une certaine Madame Richardson rencontre son amant sous la pluie. Sous le parapluie, le paradis... Le livre se lit sans s'en rendre compte, fait défiler des petits riens, des choses que l'on a tous vécues ou que l'on voudrait tous vivre, avec pour fil conducteur, l'amour ou la passion d'un instant. On y croise un beau cartable de cuir jaloux du pilulier de sa maîtresse, un chef d'entre- prise suicidaire, des tas de destins ramassés en quelques pages, qui roulent sous l'écriture rythmée et poétique de l'écrivain palois. Des petits moments de vie et de quotidien, qui remplissent, sans qu'on y prenne garde, un très beau moment de lecture


N.R.


Des femmes, des musiques, des paroles. Un même refrain, des jambes qui s'écartent, une fente. Des femmes. Béance. Un café, un petit matin. Pasolini, René Char. Julie, Sarah. Une ritournelle propre à Laborde. Des sons qui claquent, des phrases qui font mouche. « Je m'engouffre dans ton gouffre, je détache et je relâche ma ceinture de sécurité. » Les fantasmes d'Arthur H ne sont plus très loin. « O baby, I love you so ! » Les filles s'assument, despotiques parfois, passent la main dans leurs cheveux, défont leurs boutons de chemise afin que la naissance de leurs seins soit juste visible, juste comme il faut, mûre. Ce sont des filles qui font craquer, doucement ou subitement. Des filles de joie. Nous toutes en puissance. Il y a celles qui savent et les autres qui s'ignorent. Je dessine sa courbe, son échine, sa toison. Elle est belle. Elle attend, elle m'attend. Laborde lui n'attend pas, il avance tambour battant avec le son de chansons qui nourrissent son for intérieur, son imagination. Elles sont toutes belles comme le jour. A prendre. A point. Des femmes, des musiques, des paroles. Des armes dirait Ferré. Le glaive répond, s'immisce, enfonce. Ça fait mal mais c'est tellement bien, c'est extra. Le ventre est brûlant. Les sens crient, en feu. Elsa, elle s'appelle Elsa. « Elsa, c'est le troisième, et quand on sort de l'ascenseur, Elsa, c'est juste en face. » Elsa n'a pas mis de culotte ce soir. Elsa va se faire croquer le cul. Lui est peintre. Laborde-cartable (en cuir) se laisse bercer, mener, caresser, par la maîtresse, Laborde maître en nouvelles érotiques. On ne se lasse pas. Puis arrive l'histoire de ce beagle, Talbo. « Moi qui, pendant des années, avais moisi chez Softive, je marchais, à grands pas, dans la nuit immense, Talbo à mes côtés, un sac sur le dos. Je marchais, j'étais libre, et j'allais libérer des animaux, les copains de Talbo. » L'histoire de Tony et Maria, la fête foraine, les jeux de poignard, leur nuit, leur fuite, les meurtres, le suicide à bord d'une 230 SL Pagode rouge de 1966. C'est court et ça marche drôlement bien. Les nouvelles sont comme des incisives. On est touchés, surpris, aimés. Pour finir le recueil, « Quai des bribes »... avec ce clin d'oeil, fameux, « au créateur du son « destroy-rural » jouant lors de ses performances artistiques du piano, de la batterie, de la cloche de vache et de la poêle à fond troué dont on usait jadis (use) pour faire griller les châtaignes ». Bernard Lubat ou le soleil d'Uzeste, le bruitiste amoureux, le funambule, le perchiste, l'héritage nougaresque, la douce arrogance du Son. Non, la musique n'est pas une marchandise et cela, C. Laborde nous en aura convaincu en cette belle rentrée de janvier.

Laurence Viémont

Les mots sons de Christian Laborde


 

On pourrait appeler cela, de manière savante, un référentiel commun. Générationnel d'abord, géographique ensuite. Il y a une multitude d'évocations, de citations, de souvenirs dans le dernier ouvrage de Christian Laborde, « Madame Richardson » qui nous parlent. Certes. Mais il n'y a pas que la nostalgie de ces temps autres, toutes ces références et ces goûts très souvent partagés pour les mêmes auteurs, les mêmes chanteurs, les mêmes sportifs qui nous enchantent. Davantage encore, c'est la musique des mots de Christian Laborde qui nous transporte. Elle se fait entendre dans toutes les pages, qu'il s'agisse de parler de la pluie et du vent, ou du sexe des filles, des femmes.

Cette musique des mots que Laborde aimait tant dans le phrasé rythmé, syncopé, swingué de Nougaro mais qui s'est émancipée de cette noble influence pour avoir son propre rythme, son propre souffle, sa propre musique. Lire Laborde, c'est voir un film, entendre une bande-son, ressentir dans son corps plein de sensations. Par la seule magie des mots qui font son en même temps que sens. « Obsédé textuel » comme le qualifie Frédéric Beigbeder, notre chroniqueur de « Perco » (percu ?) ne l'est pas pour la référence - encore - humoristique au sexe, mais bien pour son amour immodéré des mots qui font texte, en des histoires courtes, souvent jubilatoires. Un peu de fraîcheur et de poésie en pleine déferlante houellebecquienne…

J.-L.T.

 

Christian Laborde publie Madame Richardson, un recueil de nouvelles, très sensuelles, aux Editions Robert Laffont. Comme le souligne son éditeur, Laborde « passe sans ciller de l'érotique au fantastique, du surréalisme au roman noir, de la prose solaire à la chute tragique ». Rencontre avec un écrivain salué par Jacques Chancel, Jean-Edern Hallier, André Pieyre de Mandiargues, qui poursuit, loin des modes, son aventure artistique. Un écrivain que l'on retrouve dans la NR tous les samedis et sur RTL durant le Tour de France.

 

On vous a vu sur scène, on vous retrouve en librairie…

-C'est pour moi le même pays : celui des mots, des rythmes, de l'énergie, de l'imagination. J'ai besoin d'écrire et de dire. Mon écriture est très scénique, très physique : la bouche, l'oreille, le swing. Beaucoup de lecteurs me disent qu'ils lisent certaines de mes pages à voix haute….

Pourquoi des nouvelles ?

-Parce que j'aime le bref. Frédéric Beigbeder l'a écrit : je suis un écrivain du bref. Le bref correspond à ma respiration et à mon écriture. J'aime la légèreté, le jet, le jaillissement, l'esquisse, les mots sonores à souhait. Les nouvelles, c'est parfait pour moi. Et c'est un genre qui, on l'a souvent dit, convient à l'époque avec ce temps haché, fractionné qui nous est imposé. On peut lire une nouvelle dans le bus, dans le train, entre deux stations de métro. Et si une nouvelle nous ennuie, on passe à la suivante. En changeant de nouvelle, on change de décor, de personnage, d'histoire. Et le monde autour de nous, ce monde qui nous ennuie, qui souvent nous oppresse, n'existe plus….

De quoi parle Madame Richardson ?

-Les nouvelles rassemblées dans ce recueil parlent de la femme, de l'amour, de l'enfance, et, aussi, de la cruauté du monde.

Comment élabore-t-on un recueil de nouvelles ?

-On donne libre cours à son imagination. Le boss, c'est l'imagination. C'est elle qui fait naître les personnages, les paysages, les histoires, c'est elle qui dicte le tempo. Et c'est elle qui donne également…le fil rouge. Dans Diane, mon précédent recueil de nouvelles, le fil rouge c'était le short : chaque héroïne, dans chaque nouvelle, était vêtue d'un short. Dans Madame Richardson, le fil rouge, c'est la chanson : chaque héroïne, dans chaque nouvelle, fredonne une chanson. Une chanson, un refrain qui, parfois, interviennent dans l'intrigue même de la nouvelle….

 

Les femmes sont fort peu vêtues dans Madame Richardson J'ai lu que vous faisiez une différence entre érotisme et pornographie. Quelle est cette différence ?

-Il y en a deux. La première, c'est que la pornographie est partout et l'érotisme seulement dans La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kéchiche. La deuxième, c'est que la pornographie est inoffensive, et l'érotisme subversif. Si la pornographie s'étale, c'est parce qu'elle convient à une époque où tout est marchandise, y compris le corps, où chacun est invité à consommer jusqu'à plus soif. La pornographie, avec sa désacralisation du corps, est au service de l'ordre marchand. L'érotisme, lui, secoue l'ordre établi, enfreint les règles, n'accepte d'autres lois que les siennes. Et l'ordre établi fait toujours payer très cher aux amants leur liberté, comme dans ma nouvelle « La Bamba ».

 

Maria, l'héroïne de « La Bamba », rêve d'aller danser La Bamba sur les quais bleutés de Veracruz. Parlez-nous un peu de ces chansons, de ces musiques qui trottent dans la tête de vos héroïnes. Comment avez-vous choisi tous ces refrains ?

 

-J'ai tenu compte des personnages et des époques. Sarah, par exemple, c'est les années 80 ! Elle écoute donc les tubes de Niagara. La nouvelle « Trois saisons » se déroule dans la France des années 70, des bals et des slows, et l'on écoute donc « A Whiter Shade of Pale » de Procol Harum….

A la fin du recueil, vous publiez la bande originale ?

-Oui, comme dans un film…Et cette bande originale, on peut l'écouter sur Deezer.

Dans Madame Richardson, on se souvient des slows







 

Madame Richardson et autres nouvelles

On l'avait laissé en 2012 reluquant les shorts - ces « copeaux d'Éros » - de Diane et de ses affriolantes copines (Diane et autres stories en short, Robert Laffont). Après un détour par le Tour de France et un superbe Parcours du cœur battant dans le sillage de son ami Claude Nougaro, oyez ! oyez ! pas le temps de reprendre son souffle car revoilà Christian Laborde, percutant nouvelliste, qui vient nous shooter aux héroïnes de Madame Richardson et autres nouvelles.

Douze textes qui filent à toute berzingue, sans temps mort mais trompettes oui, celles des cuivres de Duke Ellington par exemple, qu'on entend, avec Camélia Jordana, Charles Trenet, Cat Stevens, Vanessa Paradis, et bien d'autres encore, dans la longue playlist donnée en fin de recueil et qui ressemble à la BO de ce livre à sketches, comme d'autres ont fait des films.

Aucun doute d'ailleurs, le cinéma est bien l'une des grandes sources où puise l'encre de Christian Laborde, celui de Lautner peut-être, de Louis Malle sûrement. Sur l'écran noir de ses pages blanches, se déroule la pellicule de quelques troublants courts-métrages : l'éponyme « Madame Richardson » qui prend un amant pour se délivrer d'un mari ennuyeux à mourir, « L'Espagnol » que les hommes regardent de travers au village et qui se tape leurs femmes pour se venger, « La Bamba » et sa cavale d'amour éperdu… On retrouve aussi avec plaisir toute la veine surréaliste de Christian Laborde, lorsqu'il entonne Le blues du cartable de Constance Beaupré, la prof de français sexy du lycée Alexandre-Dumas, ou qu'il nous plonge surtout dans le merveilleux bain d'« Aquarium »…

Mais il faut avouer un faible pour Trois saisons, cette longue valse noire qui commence avec la nostalgie sacrée de Robert Charlebois quand la mère meurt (« Les cantiques, ça vaut pas Je reviendrai à Montréal »), se poursuit dans la douceur tragique de la belle Albane (« et tout ce que son souffle charriait d'enfance, de neige et de nuit, de désastre et d'aube, était à moi »), et s'achève dans l'impossible passion de cours particuliers de français qui dérapent (« Sa bouche, c'était juin. Juin, qui m'avait perdu de vue, venait à ma rencontre »).

Autant d'histoires qu'on traverse d'une traite, fussent-elles parfois empreintes d'une certaine facilité adolescente dans l'écriture, que vient pourtant magnifier, pour les plus réussies, d'éblouissantes trouées poétiques. Rien de plus libre alors, de plus cru parfois, de plus beau en un mot pour dire la beauté de ces héroïnes qui aiment leur corps, le désir qu'il suscite, et la jouissance qu'il procure.

À noter que les douze nouvelles sont suivies de Quai des bribes, qui réunit des Mots éparpillés sur le net et dans les journaux, de la victoire de Carlos Sastre au Tour de France à la mort de Lou Reed. Soit pas moins de 52 « texticules », pour reprendre le mot de Raymond Queneau, où l'on retrouve avec délectation la plume du pamphlétaire et son jeu favori de sacre et de massacre. D'un côté, le concert du pivert de l'avenue des Lauriers, digne élève d'un Bernard Lubat ; le voleur des culottes des femmes d'Adast, cet « amant des plis », ce « lecteur d'étoffes » ; la pluie, miraculeuse, qui « transforme nos toits de tuiles ou d'ardoises en xylophone » ; Laurent Fignon… De l'autre, l'arrogance des 4x4 des « cardiologues incultes » ; les supporters du Qatar-Saint-Germain…

Un plaisir roboratif.

Frédéric Aribit

 

 

 

Avec Madame Richardson, Christian Laborde nous entraîne dans une promenade érotique et sentimentale à travers la France d'aujourd'hui (avec ses sms et ses sushis) et celle d'hier (celle des bals et de l'inoubliable « A Whiter Shade of Pale » du groupe Procol Harum). A chaque nouvelle une héroïne et à chaque héroïne un refrain, lequel peut parfois prendre part à l'intrigue. Madame Richardson fredonne « New York » d'Alicia Keys. Sarah a quelque chose de Muriel Moreno... Dans ces nouvelles, on déambule sur les grands boulevards à la recherche de l'escarpin idéal, on boit un Coca light à la terrasse du Bizarro Bar, on roule en 2 CV, on chevauche une mobylette bleue, un Solex rouge, et l'on s'installe au volant d'une Mercedes 230 SL Pagode de 1966. Ici règnent le hasard, la rencontre, le désir, la passion.

 

 

 

 

 Christian Laborde pris en flagrants désirs

 

L'écrivain s'adonne à la nouvelle. Estivale et délicieusement polissonnne.

 

Rares, trop rares, sont les auteurs à nous donner de leurs nouvelles. Sans doute croient-ils à tort que rimes "pas de nouvelles" et "bonnes nouvelles". Mais ça n'est là qu'un adage à 2 francs, une pauvre salade pour mère aimante ou rombière éplorée. Le genre de la nouvelle, donc, par bien des aspects, comporte de l'intérêt. Et surtout colle à notre époque impatiente: sitôt déballée, elle s'enfile en vitesse dans le cornet. Très "hélassement", celles que consent à nous livres Christian Laborde ne sont pas fraîches. pas fraîches du tout. Ses nouvelles sentent même le chaud, l'astre qui darde, les jupes courtes, l'herbe et le patchouli. C'est qu'il est un  dangereux "obsédé textuel" à en croire Frédéric Beigbeder. Un obsédé qui donne dans ce livre la part belle au deuxième sexe. A ces dames qui ont l'heureuse tendance de  n'en faire qu'à leur tête; et dont la tête est justement bien faite. Madame Richardson, par exemple, se met à l'amant pour se venger d'un mari qui la met à l'amande. Judicieux comme le reste, dont on se gorge voracement. A peine l'affaire de quatre ou cinq pages que c'en est déjà fini. "Cheveux longs, histoires courtes", médiront les médisants. Plus simple que cela: Christian Laborde a le talent de tourner court au premier sens du terme. De viser justement en économisant ses balles. Et surtout de n'être jamais plus long qu'une chanson. Car la quatrième de couverture s'y engage: "A chaque nouvelle une héroïne" et "à chaque héroïne un refrain". Une fois n'est pas coutume, la quatrième ne ment pas. Chacune des historiettes a sa rengaine, sa bande originale. Le plus souvent une "variétoche du siècle dernier". L'occasion de remettre des piles dans le radiocassettes. Et de regoûter aux classiques. Robert CHarlebois chantant MOntréal, ou Voulzy la fin de l'été. Qui se frotte à Madame RIchardson risque le coup de soleil. C'est un bruyant récital de cigales dans le grésil de janvier. NOus tenons enfin un livre à lire les yeux fermés. Mais toutes esgourdes dehors!

Philibert Mumm

21 janvier 2015

 

 

Madame Richardson

Après le savoureux "Diane et autres stories en short", CHristian Laborde prodigue une  nouvelle fois son art de la nouvelle érotique qui, ici, conjugue chaque héroïne avec un refrain. Ainsi, tandis qu'elle rêve à son amant, Mme Richardson fredonne "Un petit coin de paradis"; épiée par un adolescent, la femme du garde-barrière prend des bains desoleil en écoutant "Laisse-moi t'aimer"; avec ses airs de Muriel Moreno - la chanteuse de Niagara-, Sarah, fesses nues et cheveux au vent,part à la recherche de l'escarpin idéal. Ou encore Maria, embarquée dans le bolide de Tony, n'a qu'une envie: aller danser la bamba sur les quais bleutés du port de Veracruz. Grâce à une écriture concise et rythmée, CHristian Laborde arpente les chemins de la nouvelle qui sied si bien à son style, passant de l'érotique au fantastique, du surréalisme au roman noir, de la prose solaire à la chute tragique, avec une rare maîtrise pour mettre en scène les objets du désir."

Patrick Beaumont


 

 

 

L'univers de Laborde: littérature, amour, amitié, musique et sport. Qui dit mieux?

 

Dans le livre de Christian Laborde on voit des représentants du monde des années 1960 affronter ceux des années 1940.

Les pères demandent à la progéniture de la fermer mais les fils l'ouvrent tout le temps car de la ferme ils ne veulent pas entendre parler.

Les héritiers passent tout leur  temps sur une mob bleue quand ils ne matent pas des gonzesses à gros nibards.

C'est l'époque du glandage qui consiste à lire Best pour s'imaginer être pote avec les membres du groupe Creedence Clearwater Revival.

A l'époque, le Lagarde & Michard ne nous donner pas envie d'aimer la poésie écrite. On voulait d'abord la vivre.

Tout ça a existé, et Laborde explore ce continent social comme Modiano est un expert des années noires.

Dans ce livre de nouvelles, l'autoradio d'une caisse dont le conducteur a raté un virage, continue de marcher quand on remonte la carcasse de ferraille à la surface. The show must go on!

Chaue nouvelle met en scène une fille - "Waouh! elle est terrible " - et une chanson hyper célèbre.

La bande son labordienne est entre Woodstock et On connaît la chanson d'Alain Resnais.

Le poète n'est pas sectaire: il aime autant le Fou chantant Charles Trenet que l'envoutante Anna Calvi qui a un regard foudroyant comme le son son desa guitare, soit un mix La Callas-Hendrix, irrésistible!

Toute la thématique de Laborde est présente dans sa prose.

Au moindre virage en épingle à cheveux, on voit surgir Federico Bahamontes.

Jane FOnda est en poster: femme de rêve, à la fois le cerveau et le corps. Duras en Barbarella!

Si Yourcenar avait eu l'apparence de Raquel Welch, elle n'aurait sans doute pas écrit une ligne et si RW avait eu le ciboulot de la première dame du Quai COnti elle n'aurait jamais joué dessapée.

Au terme de douze nouvelles, Laborde nous donne de ses nouvelles dans un best-of de ses écrits sur la toile et ailleurs.

Un livre patchwork? Précision: nous sommes en face d'un écrivain et non d'un auteur.

Laborde, c'est un continent et non pas de l'incontinence.

Le livre est un hymne aux femmes, mais méfiez-vous des Mmes RIchardson. Après une nuit d'amour, elles peuvent vous transformer en criminel.

Il y a des meufs qu'il vaut mieux avoir en photo; Ni avec ni sans; Ni épouse ni maîtresse; Parfois, il faut mieux se la couler douce, ne rien branler.

Bernard Morlino

2 février 2015

 

 

 

Madame Richardson

 

Révélé à la fin des années 80 par "L'Os de Dionysos" (réédité alors par Régine Deforges et qui fut un temps interdit), Christian Laborde n'a cessé, depuis, de publier des essais (sur le jazz, sur les champions du cyclisme, sur des chanteurs tels que Renaud ou Claude Nougaro), des romans ("L'Archipel de Bird"), un pamphlet ( "Corrida basta") et des nouvelles ( "Diane, et autres stories en short"). Des nouvelles, en voici une autre brassée. Sans surprise sous la plume de l'auteur du "Dictionnaire amoureux du Tour de France", les femmes s'y taillent la part du lion au fil de pages colorées de sensualité. Comme observé en quatrième de couverture, " à chaque nouvelle une héroïne, à chaque héroïne un refrain."

26 janvier 2015

 

 

Fées d'hiver

 

 

 

Notre plaisir du moment, qui annonce déjà les beaux jours, l'été : Madame Richardson et autres nouvelles, de Christian Laborde. Ce n'est pas une surprise. On n'avait pas oublié les héroïnes de Diane et autres stories en short, son précédent recueil. Elles n'en faisaient qu'à leur fête mélancolique, suspendant le temps d'une caresse ou d'une foulée légère. Laborde, aujourd'hui, nous présente les petites sœurs de Diane.

Elles s'appellent Kate, Agathe, Maria ou Albane. Que font-elles dans la vie ? Rien. Ce sont des passantes graciles. Elles flânent entre les lignes des 12 nouvelles de Madame Richardson. Elles sont nées, non de la cuisse de Jupiter, mais d'une plume sensuelle qui, comme personne, sait esquisser une nuque, des seins menus ou une cambrure. Elles se retrouvent au Bizarro Bar, roulent en Triumph Spitfire 1500 cabriolet, lisent des « Cartes postales » de Henry Jean-Marie Levet. Elles rient, pleurent, s'offrent. Avant, pendant, après l'amour, elles chantent : « A chaque nouvelle une héroïne, à chaque héroïne un refrain. » Les mots et les mélodies sont leur seconde peau. « Paradis perdus » de Christophe ou « Désir désir », signé Souchon/Voulzy, les parent. Ne pas oublier « Love me please love me » ou « La Superbe », de Benjamin Biolay. Parfois, ces fées d'hiver nous rappellent des silhouettes inoubliables d'un monde en fuite. On pense à Sarah, qui aimante les sens dans une nouvelle titrée « Les escarpins » : « Elle se regarda une dernière fois dans la glace, et la glace lui confirma que ses amies et son mari avaient raison: elle avait quelque chose de Muriel Moreno, la chanteuse de Niagara. » Muriel Moreno : sa moue à la BB, ses « Tchiki Boum », son envie de « l'amour à la plage ». Les années 80 avaient de jolis atours. Sarah, elle, est tête en l'air. Sous sa jupe courte, elle a oublié d'ôter sa culotte. Alors qu'elle s'apprête à rapter ses stilettos préférés, un tel oubli doit être réparé. Ce qu'elle ne manque pas de faire. Notre reconnaissance lui est éternelle.

Ciselant ses héroïnes au plus près de nos émotions, sans négliger les drames intimes et la mort qui cogne comme le soleil d'un été meurtrier, Christian Laborde est en grande forme. Parce qu'il se joue des genres, la nouvelle lui va bien. Il est un des meilleurs nouvellistes de « notre cher et vieux pays », avec nos amis Jérôme Leroy – auquel Madame Richardson est dédié -, Patrick Besson ou Philippe Lacoche. Sur quelques pages ou dans une histoire au plus long souffle – « Trois saisons », ce bijou d'érotisme, de poésie et de spleen - sa langue est en liberté, comme elle l'était dans L'Os de Dionysos, roman culte. Le lecteur y croisera Jean Seberg et le fantôme de Pierre de Régnier, Bahamontes et Tarantino. Tout ce qui nous enchante.

On lit les nouvelles de Laborde ; on les relit. Que nous apprennent-elles ? La beauté sauvera ce qui reste à sauver de l'immonde. C'est pleine cible, plein cœur. Littérature pas morte, Madame Richardson suit ...

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Arnaud Le Guern 7 février 2015

 

 


 

 Laborde, l'écrivain du bref.

En librairie depuis la mi-janvier, le dernier-né de Christian Laborde installe l'écrivain aux expressions éclectiques dans la nouvelle, une illustration de cet "art du bref" qui scande une histoire et swingue sa chute comme dans un film.

 

 Visiteur de tous les genres littéraire, Christian Laborde s'était une première fois essayé à la nouvelle en 2012 avec "Diane et autres stories en short". Il revient avec gourmandise au détour d'un deuxième recueil intitulé "Madame Richardson et autres nouvelles suivi de Quai des bribes" qui vient de paraître chez Robert Laffont. "Je suis un écrivain du bref. La nouvelle correspond à ma respiration. C'est un sacré excercice.!", avance-t-il pour justifier ses choix.

Une élégante jeune femme, délicat mélange de Jean Seberg etd'Audrey Hepburn en robe noire et bibi assorti: la couverture donne le ton du dernier ouvrage. Un enchaînement d'extravagantes histoires peuplées d'héroïnes avec pour fil rouge la chanson, et au bout une bande-son en appui du texte. Georges Brassens, Charles Trénet, Fréhel, Deep Purple, Robert Charlebois, Cat Stevens, Duke Ellington ou encore Procol Harum et autre Niagara confèrent aux séquences d'écriture un "côté cinéma" au tempo chaloupé qui habille d'images les mots et tricote une atmosphère à la Jean-Luc Godard ou Georges Lautner.

On y voit cohabiter deux France, celle des années 60-70 à l'évocation mélancolique mais sans nul repli passéiste, et la contemporaine ni honnie ni déifiée. "Je ne suis pas du côté de la dérision permanente mais du chant, de la célébration, du sacré. Je m'intéresse à ce qui disparaît et à ce qui apparaît. C'est écrit avec un saxophone." résume l'auteur. La mort et l'érotisme "subversif" - à distinguer de la vulgaire pornographie- y dansent parfois un déconcertant ballet."Le corps féminin, je l'évoque avec le langage d'aujourd'hui" argumente Laborde, metteur en scène de ses propres "bonheurs, colères et marottes."

Dans "Quai des bribes", les fragments de vie qui closent le livre se pimentent parfois de notes pyrénéennes et même paloises. Explications: "J'habite à Pu depuis 1989. C'est la ville des champions du TOur de France et des écrivains, de Colette à Fausto Coppi." A propos de la Grande Boucle, l'autre fabuleuse affaire de sa vie, il vient de terminer les 101 textes à la gloire de tous les vainqueurs honorés sous forme de totems inaugurés à Pau le 13 juillet 2015. Toujours sur le même registre passionnel, ses chroniques d'une minute diffusées depuis 2013 sur RTL feront l'objet d'une coédition entre la station radiophonique et la maison Robert Laffont à paraître en juin prochain sous le titre "A chacun son Tour". Une oeuvre dédiée à Jacques Chancel, issu du même "pays d'oralité"(la Bigorre) que Christian Laborde. Le géant de l'audiovisuel accueillit le natif d'Aureilhan pour la première fois dans son émission "Quotidien Pluriel" pour s'y entretenir, en 1984, de "L'homme aux semelles de swing" alias Claude Nougaro, "le frère de race mentale" maintes fois célébré par l'écrivain. " Une partie dela bouche se nomme le palais. La noblesse est dans la bouche" se plaît à répéter le "conteur" qui salue en Jacques Chancel le héraut d'une génération "qui savait écouter ses interlocuteurs". Un "honnête homme" tout comme lBernard Marris, l'ami économiste assassiné par les fanatiques religieux et leurs seize autres victimes. "Ce jour-là, c'est  la République qu'on a mitraillée"; Plus encore que"Charlie", il se sent "artiste et républicain". Tel le poète surréaliste André Breton.

Renée Mourgues, jeudi 12 février 2015

 



 

 Madame Richardson

 

Christian Laborde, c'est le dernier type qui s'est vu interdire un livre en France: c'était pour L'Os de Dionysos, exquise polissonnerie littéraire, le 12 mars 1987. Interdit "pour trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale." depuis, l'effronté  a fait son chemin. Salué notamment par André Pieyre de Mandiargues, Jean-Edern hallier ou le regretté Jacques Chancel. On lui doit entre autre Diane et autres stories en short, publié en 2012. De ces stories en short aux short-stories de Madame Richardson et autre nouvelles, il n' y a qu'un pas. Plutôt un baiser, une caresse, un désir.

 

Vagabondage sentimentalo-érotique, Madame Richardson et autres nouvelles embarque son lecteur tantôt dans la France des années 60 et 70, celle des slows et des petits bals perdus, de la douceur de vivre, tantôt dans celle d'aujourd'hui, du règne du hessèmesse, qui n'a plus grand-chose à voir avec la douceur de vivre...Là où les nouvelles de Diane avaient pour fil conducteur le short, celles de Madame Richardson ont la chanson(il n'est pas exclu de voir des demoiselles siffloter en short.)Chaque nouvelle voit son héroïne fredonner un air différent. Si Madame Richardson rêvasse à son amant en gazouillant "Un petit coin de paradis" de Brassens, la pimpante Sarah, avec son allure qui ressemble à  la chanteuse de Niagara, s'en va, chevelure déployée au vent et fesses nues, en quête d'un indépassable escarpin. De son côté, la femme du garde-barrière, qu'épie un adolescent inspiré, s'écoute"Laisse-moi t'aimer" en lézardant au soeil tandis que l'indisciplinée Maria, passagère de son conducteur Tony roulant à tout berzingue, rêve d'une folle aventure qui la verrait danser la Bamba sur les quais bleutés de Vera Cruz. On retrouvera aussi Voulzy chantant la fin de l'été ou Robert Charlebois Montréal, ainsi que le célèbre "A Whiter Shade of Pale" du groupe Procol Harum. Une playlist figure même en fin d'ouvrage(de Duke Ellington à Vanessa Paradis en passant par Charles Trenet).

Christian Laborde, d'une écriture brève et concise, vante les petits plaisirs de la vie: boire un verre en terrasse, enfourcher un solex rouge, la pluie"miraculeuse", la poésie du hasard...Ces nouvelles sentent bon le bonheur estival, l'herbe fraichement coupée de juin, le raccourcissement des jupes. Avec un sens aigu du rythme, Laborde parle de l'amour, de la femme, mais également de l'enfance, non sans poésie. Un joli moment de lecture.

Alexandre Le Dinh, 6 février 2015

 

 

 


 

 Les douze coups de Laborde

Ceux qui avaient découvert, en 2012, les héroïnes en short de Christian Laborde devraient facilement renouveler leur plaisir de lecture avec « Madame Richardson », le dernier bouquin du palois. Une série de douze nouvelles érotiques. Mais pas seulement. Dépouillé, le style est efficace. Le parfum des Stuyvesant de la femme du garde barrière monte ainsi subitement au nez. La mélancolie ambiante devient alors plus forte que l’imagination induite. Avec son lot de 2CV et de tourne-disques, Laborde ne tombe pas dans le piège de la nostalgie facile. Sa plume trempe aussi dans l’atmosphère de ce début de XXIe siècle interconnecté. Comme autrefois finalement, les histoires d’amour finissent toujours pareil. Quand elles ne font pas qu’éternellement recommencer. Mais cette ronde des fantasmes ne serait rien sans les ressorts des récits qui réhaussent le tout comme un piment d’Espelette. Certes le pote de Nougaro ne réinvente pas le genre mais il trouve une fois encore les mots et les situations pour nous charmer et nous surprendre : «  Je déteste l’écriture à la Wikipédia, la dictature de la démonstration. J’essaie d’être dans une écriture cinématographique, dans une légèreté chorégraphique»  L’ancien professeur de français, qui s’est fait un nom en signant «  L’os de Dionysos », livre torride interdite en 1987, confirme ses capacités à décrire des contextes à prétextes, sans pour autant se livre à une débauche de mots. Laborde suggère. Mais droit au but. L’exercice rythmique de la nouvelle l’impose. Le jeu érotique aussi. « Le thème du corps féminin me suit depuis longtemps. J’ai choisi le cadre de la nouvelle, parce que c’est l’art du bref et de chute», dit l’auteur. Sans prévenir, celle de Julie, par exemple, se retourne comme une crêpe. Le désir est fourbe. Un point commun à toutes ces tranches de vie, d’hier et d’aujourd’hui : des chansons et des refrains qui évoquent, au choix, le parfum de nos jardins de madeleines, la poésie d’une toile de Magritte ou le goût contemporain du Coca light.

 

Patrice Sanchez, Sud-Ouest,  mercredi 4 mars 2015

 

 


 

 Le 8 mars, j'ai répondu aux questions d'Hélène Hazéra à propos de la bande originale de Madame Richardson  durant son émission "Chanson Boum" sur France Culture

 

 

L'érotisme selon Laborde

 

 

Christian Laborde a beaucoup écrit sur Claude Nougaro et sur le vélo. Avec son nouveau livre, il roule pour les grandes amoureuses et les maîtresses sulfureuses. Sur des airs de chansons populaires. Evidemment, il faut se méfier des blondes. Et des brunes aussi. De celles qui ensorcellent par leur jeunesse insolente, la courbure de leur corps délicat. Maître de l'érotisme ensoleillé(et parfois tragique), Christian Laborde nous emballe sans mal avec "Madame Richardson et autres nouvelles"(Laffont, 206 pages,17 euros), recueil qui charme les yeux avant de se brûler les doigts. Avec, en fond sonore, "les paradis perdus", "La java bleue", "Laisse-moi t'aimer" ou "Lady d'Arbanville"

Ainsi donc, il n'y a pas que Nougaro dans la vie mais aussi Christophe, Mike Brant, Robert Charlebois, Niagara, Bashung ou Trust. Reflet de vos goûts ou mélodies adaptées à chaque personnage ?

-Il n’ y a pas que Nougaro, en effet, et je me suis fait violence pour ne pas loger, ici ou là, dans le récit, une mélodie de lui….Les chansons retenues reflètent souvent mes goûts – Bashung notamment – et correspondent aux personnages auxquels elles sont associées. Ainsi la femme du garde-barrière écoute-t-elle Mike Brant en prenant des bains de soleil. J’ajouterai que ces chansons nous permettent de situer dans le temps les nouvelles qui les abritent. Ainsi avec A whiter shade of pale, on est dans la France des années 70 et des slows.  Parfois la chanson peut jouer un rôle dans l’intrigue, comme les Paradis perdus de Christophe, qui fait basculer la nouvelle dans le merveilleux.

 

 Vos portraits de femmes sont tendres et sensuels. Quelle est la recette de l'érotisme littéraire?

-L’érotisme, avec les mots, c’est du boulot. Il ne s’agit pas d’éviter un terme dit grossier – fouf, n’a rien de grossier  me semble-t-il -  mais le cliché qui pullule dans la littérature sentimentale à deux balles. Seul le cliché, seule l’image  convenue, attendue sont vulgaires, autrement dit pornographiques. Car si j’en crois mon cher Larousse, pornographie est un synonyme de vulgarité.  Pour décrire une étreinte, un baiser, la nuque d’une fille qui se recoiffe, il faut renouveler les images, les rythmes, faire sonner la langue, user de plans différents, comme au cinéma. Mes héroïnes, je les filme avec mes mots, mes phrases. Je les nappe de syllabes comme le réalisateur de Sweet moovie nappe  le corps nu de Carole Laure  d’un coulis de chocolat , la transformant ainsi en profiterole vivante

 Avec vous les passions sont souvent assassines. L'amour fou est-il sans issue ?

-Cette question, je me contente, en écrivant, de me la poser. Je ne cherche nullement à y répondre. Que dire ? Madame Richardson, c’est à la fois la nostalgie, la femme, et la mort. Les étés souvent sont meurtriers…. 

(Jean-Marc Le Scouarnec, La Dépêche du midi,14 avril 2015)

 

 

Du style, du panache, du rock.

par Philippe Lacoche

 

Christian Laborde donne le meilleur de lui-même avec ce recueil de nouvelles où pop, chanson, jolies dames font bon ménage. Un régal.

 

 

 

Madame Richardson et autres nouvelles: quel beau titre!Et quel beau livre! Poète , essayiste(spécialiste de l'oeuvre de Claude Nougaro et du cyclisme), romancier, nouvelliste et homme de scène, l'excellent Christian Laborde(qui donna à notre journal, il y a quelques années, une magnifique nouvelle dans le cadre de nos séries d'été) a plus d'une corde à son arc. S'il est des touche-à-tout qui bâclent, il n'est pas de ceux-là. Dans chaque discipline, Christian excelle. Il n'en est que pour preuve ce succulent recueil de nouvelles qui nous entraînent sur les sentiers d'un érotisme délicat, d'un sentimentalisme jamais mièvre et surtout, surtout, sur les vagues de mélodies souvent rock et pop. Les filles ou les dames qui passent par ici sont toujours appétissantes, délurées, sensuelles. Christian  Laborde n'a pas son pareil pour les décrire, les comprendre, les défendre; il a la vie et le plaisir au bout de la plume. (Il l'avait montré à ses lecteurs en 1987 en leur donnant à lire un petit bijou: L'Os de Dionysos, ce qui fera dire à Frédéric Beigbeder qu'il est un "dangereux obsédé textuel".)

Ici, Christian Laborde nous invite à suivre Madame Richardson qui, délaissée, prend un amant. Et en profite magnifiquement. Dans la nouvelle "L'autoradio", texte très rock, Jacques margeac, le fils de l'hôtelier, finit très mal à bord de son cabriolet. Et le tout avec, pour bande sonore, Led Zeppelin, T.Rex, Kevin Ayers( et sa guitare Gibson Les Paul Deluxe, orange dégradé)...'L'Espagnol" est également une  nouvelle très inspirée par le racisme ordinaire en province.(Mais L'Espagnol se vengera en honorant toutes les femmes de ses jaloux ennemis; c'est réjouissant et jouissif.) Rock, oui, ces nouvelles sont rock. On y trouve cette chère et regrettée revue Best, mais aussi quelques musiciens musiciens français des seventies comme Paul Scemama, notamment membre du groupe Alice. Erotisme, aussi, avec, en particulier, ce dessinateur qui "croque le cul d'Elsazilay". Suggestion, non-dits, double sens; tout est terriblement excitant et délicat. Et il y a ces images du Laborde poète; ces images belles à pleurer et si justes, si émouvantes comme le ventre de cette  fille qui est "chaud comme une tuile".Certaines nouvelles flirtent avec le surréalisme, le presque absurde; on en redemande. Ce recueil séduit par sa force, sa diversité, son écriture réjouissante. Du Laborde du meilleur cru.

(Le Courrier Picard, 4 mai 2017)

 

 


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