Christian Laborde

> Livres > Duel sur le volcan

Duel sur le volcan

le 11/07/2010

duel

duel_volcan_minicommander_fnac

Le duel Anquetil-Poulidor connut son épisode le plus glorieux le dimanche 12 juillet 1964, lors de l’ascension du puy de Dôme. Jacques et Raymond gravissent les pentes du terrible volcan coude à coude, épaule contre épaule, Jacques côté roche, Raymond côté ravin.
Christian Laborde a commencé en littérature par la voie royale : en étant censuré. Son premier roman L’Os de Dionysos lui avait valu de passer sous les fourches caudines de la justice. Quelques-uns s’étaient reconnus dans ce brûlot sulfureux et sensuel où il était notamment question où il était notamment question de libération des corps et des âmes.
Tels ces ours des Pyrénées qui incarnent selon lui à la fois une poésie et une manière de résistance, Laborde pratique le coup de griffe et le pot de miel. Ses griffes, il les a notamment sorties lors de l’aventure de L’Idiot International en compagnie de quelques camarades d’insoumission – Besson, Nabe… -- emmenés par Jean-Edern Hallier, grand metteur en scène du jeu de massacre. La douceur du miel, il l’a réservée à ses idoles de la musique ou du sport.
Car Laborde a préservé cette faculté d’admiration qui est le privilège des enfants et des poètes. Une admiration qui n’est pas vaine ni mièvre mais qui nourrit de ses sucs une sensibilité de rebelle. N’appartenant à aucun clan et se tenant à l’écart des coteries, il construit depuis son Sud-Ouest une œuvre de troubadour pugnace où le lyrisme, la beauté et le merveilleux tiennent lieu d’arche d’alliance. De temps en temps, il nous envoie ses feux de joie ou de colère.

Ils déchirent le ciel et nous font entrevoir un monde perdu. On l’avait quitté voici un peu plus d’un an avec un roman intitulé La Corde à linge racontant l’histoire d’un serial voleur de petites culottes. Evidemment, ce voleur de dessous commettait ses forfaits à bicyclette car le vélo est avec le jazz et l’amour de la langue l’un des piliers de l’univers « labordien ». De son portrait d’Indurain Le Roi Miguel en passant par son hommage à Charly Gaul L’Ange qui aimait la pluie, Laborde a fait sienne la mythologie sportive et humaine – voire surhumaine – du cyclisme. Dans Duel sur le volcan, il ressuscite l’épique et tellurique combat que se livrèrent deux des plus grands champions de leur temps.

Sous sa plume, ce qui ne pourrait être qu’une banale et fastidieuse évocation se métamorphose en une sorte de tragédie grecque. Une langue chatoyante et âpre coule le long des pages comme de la lave en fusion. Elle charrie dans sa roue du fer, du feu, de la terre et du vent. Dans ce choc de titans, une échappée devient un thriller, un sprint une odyssée, une arrivée une éruption fantastique où les flammes réconcilient vainqueurs et vaincus. Laborde remporte une nouvelle fois l’étape et gagne sa place auprès de Jacques Perret et Antoine Blondin dans les rangs d’une équipe de rêve dont les mots d’ordre seraient l’amitié, le sport et la littérature.

Christian Authier
Contact