Christian Laborde

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le 15/10/2016


 

 

Samedi 25 mars 2017

 

      Les pets de vaches pollueraient. Et qu’en est-il des pets de nones?

 

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Il faut vivre avec son temps, répétait volontiers  Daumier. Mais quand le temps a tort que fait-on, demandait Ingres ? Il est urgent dans ce cas de s’accrocher à ses chimères, ses fantaisies, urgent de brandir ses rêves. Ce que fait l’écrivain Thomas Morales, avec un petit livre numérique et nostalgique. Numérique parce qu’il paraît chez « L’Editeur numérique », maison animée par l’excellent Dominique Guiou, et n’existe donc qu’en ligne, téléchargeable sur internet,  via Amazon, Fnac, Numilog and C°, à partir du 27 mars, pour la modique somme de 2,99 euros. Nostalgique car il a pour sujet Belmondo. Thomas Morales aurait voulu être Belmondo, mais comme il n’est pas très doué pour les cascades, il a préféré devenir écrivain, ce qui est une aussi belle façon de prendre tous les risques.  Titre de l’ouvrage : « Belmondo et moi ». C’est un texte bref, composé de variations syllabiques, brèves elle-aussi, avec, au cœur de chacune,  un film de Belmondo, de « Cartouches » à « Mademoiselle Ange », en passant par « Le Magnifique », « Borsalino » ou « A bout de souffle ». Du bon et du bref. Le bref, c’est le top. Les longueurs, c’est pour les mauvais. Plus on a de talent, moins on a besoin de mots. Thomas Morales regrette que dans « Cartouches » le réalisateur, Philippe de Broca, fasse mourir Claudia Cardinale : « On ne devrait jamais faire mourir Claudia Cardinale. C’est un postulat de base du cinéma. Vous pouvez faire mourir Danièle Évenou, Isabelle Huppert, Véronique Genest, Marion Cotillard, Virginie Efira, Marie-Anne Chazel, mais pas Claudia ». Peut-on  terminer ce bref papier autrement qu’en écrivant : « Lu et approuvé » ?

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 Samedi 18 mars 2017

 

Ils ont marché jusqu’à Washington. Ils sont Indiens. Ils appartiennent à toutes les tribus d’Amérique. La pluie est glaciale. Une Indienne prie, au nom de tous,  devant la grille fermée de la Maison Blanche : « Nous prions pour l’eau, nous prions pour la protection de notre mère, la terre,  nous prions pour nous-mêmes car notre vie aussi est sacrée ». Sa  prière achevée, elle s’efface. De jeunes indiens prennent sa place devant la grille fermée de la Maison blanche. Ils poussent des cris de guerre contre le « serpent noir tueur » Ils sont Sioux, connaissent la prophétie. Elle dit que le « grand serpent noir » viendra un jour les détruire. La prophétie  parle d’un serpent.  La société Energy Transfer Partner parle, elle, d’un oléoduc. Nous sommes dans le Dakota du Nord. Long de 1800 km, l’oléoduc, qui évitera la ville de Bismarck dont les eaux doivent être protégées,  traversera les terres sacrées des Sioux qui, eux, ne boivent pas d’eau. Or les terres qui seront traversées et polluées, sont sacrées, notamment parce qu’elles  abritent  de nombreux cimetières. Sacré aussi, le  lac Oahe situé à 800 mètres de la réserve. D’un côté donc les Sioux et, de l’autre, Energy Transfer Partner et Donald Trump. Un jeune Indien  regarde la Maison blanche et dit : « Si nous mourons, nous mourrons en défendant nos droits. » Ces mots qu’il fait siens sont ceux de Sitting Bull.

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 

Vendredi 17 mars 2017

 

Pau, j’enfourche mon Giant Argento et file saluer, sur le boulevard, les Pyrénées chères à Paul-Jean Toulet :

D’une amitié passionnée

                Vous me parlez encor,

Azur, aérien décor,

                Montagne Pyrénée.

 

Le revêtement clair de la piste cyclable du Boulevard sied à mes roues. Il pourrait être vert tant il tient du  billard.

Les panneaux que je préfère à Pau sont les « Sens interdit » couplés à une plaque rectangulaire  portant la mention « Sauf cyclistes ». 4×4 disparus, je continue, et la  mention « Sauf cyclistes » est encore dans mon esprit lorsque le feu passe au rouge.

Je vais où mon vélo me mène, Toulet est toujours là. Quel musicien, Paul-Jean! Son regard se pose, le son naît  aussitôt :

Au détour de la rue étroite

S’ouvre l’ombre et la cour

Où Diane en plâtre, et qui court

N’a que la jambe droite.

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Pau, le soleil sort, les gens aussi. Allées de Morlaas,  aux  joggers matinaux succèdent les retraités puis, aux retraités, un peu avant midi, les Food –trucks. L’un d’eux s’appelle « Au P’tit risotto ». Des employés de bureau, sortis des rues voisines,  arrivent, s’agglutinent devant les camions. Tous repartent avec un sac en papier kraft, et  vont s’asseoir sur les bancs où le soleil les attend puis déjeune avec eux. Déjeuner sur un banc, ce n’est en rien  déjeuner sur le pouce comme nous y contraint la société productiviste. Déjeuner sur un banc au soleil,  en mars, à Pau,  c’est pique-niquer avant l’été.

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Les animaux sont comme nous : sensibles et intelligents. Mais eux sont désarmés, sans défense, à notre merci. Protégeons-les et nous restons des hommes. Maltraitons-les et nous cessons de l’être.


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Dialogue

            Daumier : Il faut savoir vivre avec son temps...

            Ingres     : Et si le temps a tort ?

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Les mots disparaissent, les acronymes prennent leur place et celle des onomatopées. Ainsi est-on passé de ce bon vieux Teuf-teuf à l’effrayant TAFTA. TAFTA est l’acronyme de TransAtlantic Free Trade  Agreement. Ce qui, en français, donne : Traité de libre-échange transatlantique). Sur TAFTA, je fabrique illico swingo l’adjectif qu’il convient : taftaïen. Nous entrons bel et bien  dans un monde taftaïen.

 

 

Samedi 11 mars 2017

 

François Filou est un curieux catho : jamais loin de la  mitre, toujours près du  magot. 

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 


Samedi 4mars 2017

 

         Tous les meetings de François Filou perturbés par des concerts de casseroles. Le retour en force, à l’heure d’internet, des touits et des réseaux sociaux, de la casserole en tant qu’instrument de musique protestataire, me semble une preuve éclatante de la bonne santé politique de ce cher et vieux pays.

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

Vendredi 3 mars 2017

 

Paris espère accueillir les Jeux Olympiques en 2024. Le slogan est trouvé. Le voici : « Made for sharing». Coté son, c’est bon, l’oreille se réjouit. « Made for sharing » sonne comme « I shot the sheriff » de Bob Marley. Traduit en français, le slogan donne : « Venez partager ». Une horreur, un truc moitié cucul, moitié curé.  Gardons l’anglais ! On aurait pu au départ choisir un slogan en français. C’est vrai, d’autant  que le français, langue de l’Olympisme, est aussi celle  de 274 millions de personnes dans le monde  Mais pour trouver, en français, un slogan qui swingue, bref une punchline il aurait fallu faire appel non à des publicistes mais à des poètes

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Michel Guérard publie aux Editions du Seuil  Mots et Mets. Il s’agit d’un « abécédaire gourmand et littéraire ».  J’aime les abécédaires. Ils invitent au saut de page, au retour en arrière, bref, au vagabondage.  J’ai ouvert  l’ouvrage de Guérard à la lettre a. Et sur qui tombe-t-on à la lettre a : sur le a d’Appétit ou celui d’Assaisonnement ? L’on tombe d’abord sur le a de la préposition  à , en vedette dans les noms des recettes : « pizza à la reine », « boudin à la Richelieu », « pieds de cochon à la Sainte-Menehoulde ». Remarque, en passant, du citoyen  Guérard : « Cela fait plaisir, quelque part, de voir que l’on n’a pas pris la Bastille pour rien ». Le ton est donné. L’abécédaire de Guérard, comme sa cuisine,  tourne le dos à la lourdeur, opte pour la légèreté et la saveur, la grâce et  la fantaisie. Je passe, sans logique aucune,  du A au W, et me retrouve  dans le Wagon-bar. A son sujet Guérard écrit: « Restaurant itinérant, roulant à grande vitesse, dont l’offre culinaire est inversement proportionnelle aux brillantes performances de l’engin qui le tire ». On dirait du Pierre Dac. Pierre Dac, oui, car la littérature  est bel et bien, avec la cuisine, la colonne vertébrale de cet ouvrage inclassable , illustré par Guillaume Trouillard. Les pages 78 et 79 sont consacrées aux « Frites molles de Dali », et, pages 106 et 107, Guérard fait entrer le poulet des Landes à l’Académie française. Le maitre d’Eugénie se charge, dans la recette, de « l’habit vert » dont il vêt le glorieux poulet. Et voici le succulent gallinacé, quai Conti, sous la Coupole. Que son cocorico réveille les Immortels endormis.  Si Guérard est un adepte des « pieds de cochon », il ne néglige pas pour autant  le pied de nez. Ainsi, page 86,  le voit-on  - ô sacrilège ! - modifier la recette du Ketchup, sauce planétaire et sacrée.  Il y a désormais deux Ketchup : le ketchup de Miami et celui d’Eugénie. Goûtez-y !

                Des mots, des mets, des notes, des recettes, des pensées, des saillies, des sagaies : le livre de Michel Guérard lui ressemble : aérien. Un régal.

(Presselib)

 

 

Samedi 25 février 2017

 

Nicolas Sarképi, François Filou : la droite Picsou.

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« J’aime la France, j’aime les Françaises et les Français, le général de Gaulle et François Mitterrand, Philippe Séguin et Lionel Jospin, mon papa, ma maman, vos parents, la vanille et le chocolat, la droite et la gauche, la mer et la montage, la ville et la campagne, je vous aime, vous m’aimez, nous nous aimons, c’est l’amour, on va s’aimer sur une étoile ou sur un oreiller, au fond d'un train, ou dans un vieux grenier…  » Qui parle de la sorte ? Gilbert Montagné en concert ? Non, Emmanuel Macron en meeting.

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Pluie : sœur sonore du soleil.

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L’US Postal, ancien sponsor de Lance Armstrong – ah le beau maillot bleu qui, lors d’un contre-la -montre, donnait au Tour de France des airs de western, de course de chariots bâchés ! – réclame   au sextuple vainqueur de la Grande boucle 100 millions de dollars de dommages et intérêts. Le dopage du champion aurait terni l’image du sponsor. La justice est saisie. Que les avocats d’Armstrong récusent le tribunal. Seul le Tourmalet est habilité à juger Lance, et il y a belle lurette qu’il a rendu son jugement.

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Pour les vaches, on le sait, ça va de mal en pis. Le sort des cochons n’est guère plus enviable, surtout dans l’enceinte de l’abattoir de Houdan, dans les Yvelines. Il s’agit du  seul abattoir de cochons dans l’Ile-de-France, les cadences d’abattage sont infernales, et les bêtes apeurées qui s’engagent en grand nombre dans le couloir menant au poste d’abattage se retrouvent coincées. Tous les moyens sont bons – chocs électriques, aiguillon appliqués sur les yeux -  pour « débloquer la situation ».  Et pendant ce temps, pendant quand les porcs hurlent, Monsieur Cazeneuve, premier ministre, apporte son soutien à la « ferme des 1000 veaux » sise à Saint-Martial-le-Vieux. Après la prison pour les vaches en Picardie, la prison pour les veaux dans la Creuse.  Douce France, cher pays de mon enfance…

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 

Samedi 18 février 2017

 

            Jacquerie et poésie sont les deux mamelles de la vache que je suis

 

Vendredi 17 février 2017

 

 

 

Pour Walkowiak

Le nom d’abord : Walkowiak. Il claque comme un coup de fouet. Et le diminutif  – Walko – a  lui aussi de la gueule. Ce nom  qui fait la joie de la bouche est celui d’un grand champion repéré par André Leducq lequel, remember, a remporté le Tour de France à deux reprises, en 1930 et 1932. Walkoviak, lui,  remporte le Tour en 1956. Un Tour auquel ne participent ni Bobet, ni Coppi, ni Koblet. Et c’est pour cette raison sans doute que la presse, dans les heures qui suivent la victoire de Walko,  parle de  « Tour à la Walkowiak ». L’expression  servirait donc à désigner un Tour  sans couleur, sans éclat, un Tour remporté par un coureur de second plan, bénéficiant des circonstances de course, du hasard, de la malchance des uns, de la méforme des autres. Cette expression collera à la peau  de Walko jusqu’à sa mort, survenue le 6 février 2017. Cette expression, lacérons-la, déchirons-la, piétinons-la!   Walkowiak a remporté le Tour 56 grâce à son intelligence  et sa classe. Son intelligence d’abord ! S’étant glissé dans une échappée victorieuse, Walko prend le maillot jaune à Angers. Sur les conseils de son directeur sportif, Sauveur Ducazeaux, il décide de se débarrasser d’un maillot que les coureurs de son équipe – la modeste formation régionale Nord-Est-Centre – s’épuiseraient en vain à défendre. Et ce maillot jaune, dont il se hâte de se débarrasser, il prévoit de le reconquérir, les Pyrénées franchies,  dans la terrible étape des Alpes , Turin-Grenoble. Le col du Mont-Cenis(2 008 m), de la Croix-de-Fer(2 087 m) et du Luitel(1 235m) sont au menu. Un menu pour Federico Bahamontes et pour Charly Gaul, les deux plus grands grimpeurs de l’histoire du Tour. Dans la Croix-de-Fer, le démarrage que place Walkowiak est d’une violence inouïe. Quelle classe ! Seul Gaul  est en mesure de répondre. Gaul,  et Stan Ockers, champion du monde. Bahamontes, lui, renonce. Et c’est le trio Gaul-Ockers-Walko qui, la Croix-de-Fer franchie, puis la descente effectuée plein pétrole,  se lance à l’assaut du Luitel. C’est au tour de Gaul  d’attaquer. Walkowiak s’accroche, craque, se refait la cerise, repart. La classe, c’est d’attaquer. La classe,  c’est  aussi de repartir quand le corps crie : stop !  A Grenoble où Gaul s’impose, Walkowiak reprend, comme il  avait prévu de le faire, le maillot jaune. Et ce maillot jaune, il le garde jusqu’à Paris. Roger Walkowiak est, avec  Jean Robic, le seul coureur issu d’une formation régionale à remporter le Tour en dictant sa loi aux équipes nationales.  Un crime de lèse-majesté …

 

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Vic-en-Bigorre

J’ai été à la rencontre des élèves de Lycée Agricole et forestier de Vic-en-Bigorre. Je leur ai parlé des vaches qui souffrent dans les fermes-usines, puis de celles  de mon enfance, libres dans les prés et les rues d’Aureilhan, d’Yvette Horner écrasant leurs bouses avec  les roues de sa Cadillac.  Ils m’ont posé des questions :

-Qu’est-ce qu’un écrivain ?

-Un voyou qui aime les voyelles !

Je leur ai parlé de mes journées : la table, l’écran, le clavier, les mots, le thé, le coup d’œil jeté à la presse puis, de nouveau, les mots lus à voix haute afin de vérifier que le son est là, qu’il est bon, qu’il est rond. Le sens n’est rien s’il n’est le son. Je leur parle de la joie, du bonheur d’écrire. Le vertige de la page blanche, la souffrance, l’écrivain qui pause, qui pense : tout ça, c’est pas moi. Moi, c’est la joie, la phrase de Breton : « Après toi, mon beau langage ! » Puis, ils m’ont invité  à visiter  l’exploitation où ils apprennent le métier de paysan. Ils m’ont présenté la vache Irouette. Irouette : moitié alouette, moitié Irouléguy.  La vache, la vie, le vin, les oiseaux : résistance.

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Mode

Je ne suis pas les modes, j’impose la mienne.

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Vocabulaire

Tous ces mots moyens et mous que l’on entend à longueur de journée : «festif », «  compliqué », « citoyen », « accompagner », «  au fond », « voilà ».  Le verbe tintinnabuler, lui par contre, on ne l’entend jamais. Un monde dans lequel le verbe tintinnabuler n’est jamais prononcé  n’est pas le mien.

(Press’Lib)

 

 

 

 

 

Mercredi 8 février 2017

 

Bouche d’hombre

 

Une partie de la bouche se nomme le palais : la noblesse est dans la bouche. Ça, Serge Pey le sait. Campé sur ses deux jambes, brandissant ses bâtons de pluie, il hurle ses poèmes  dans les villes, aidant ainsi le vent à venir à bout des embouteillages. Serge Pey est un poète costaud, un athlète de la performance vocale, buccale. Ses mots qui, sur le papier, ne dorment jamais que d’un œil, deviennent des tigres lorsqu’ils sortent de sa bouche, lacérant les murs morts, hâtant la révolte des sources. Pey murmure, dit, vocifère et la vie, de nouveau,  s’ébroue. Claude Nougaro aimait beaucoup Serge Pey, goûtait ses interventions poétiques. Si Claude était là, il me parlerait avec enthousiasme  de « Venger les mots » le nouveau recueil de Serge Pey qui  vient de paraître aux Editions Bruno Doucey. Nous marcherions sur les quais de Tounis, à Toulouse, et Claude me lirait la puissante et  poignante « Prière punk pour les Pussy Riot » que le recueil contient: « Notre-Dame/-des-Casques-de Noël/Aboyez/pour les Pussy Riot/Aboyez/ Aboyez pour/Nadejda Tolokonnikova /Déportée/Dans un spoutnik/Au fond de la neige. » Et il dirait, détachant les syllabes : « Nadejda » est sans doute la forme longue de « Nadja ».  Et moi, je dis que  Pey est la forme courte de pierre. Pey est une pierre qui parle. Et les mots solides sortant de sa bouche  se mêlent à ceux, fantomatiques, que la buée de son souffle dessine dans le matin froid.

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 Samedi 4 février 2017

 

Né en 1993 chez Laurent Jalabert - je veux dire à Mazamet -,  Simon Johannin publie, aux Editions Allia, « L’été des charognes », roman destroy-rural. Si « L’été des charognes » a  pour décor, pour scène syllabique, un village, il tourne d’emblée le dos à la littérature « campagnarde », école de Brive and C°, à tous ces  romans champêtres ressuscitant  à l’aide de clichés  en cascade et  d’intrigues sans éclat un temps vieux et soi-disant bon. Ici, on est dans la terre jusqu’au cou, et la cruauté bat son plein. Le patelin s’appelle La Fourrière et n’est pas, loin s’en faut,  le paradis des animaux. Le roman s’ouvre par le caillassage à mort du chien de la voisine. Il est vrai que  cette « grosse conne »  avait volontairement écrasé le chat du gamin qui raconte l’histoire.

Simon Johannin a la patate et surtout la…  papatte. Il n’a besoin en effet que de quelques mots pour faire surgir La Fourrière devant nos yeux : « J’ai grandi à La Fourrière, c’est le nom du bout de goudron qui finit en patte d’oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les premiers arbres. La Fourrière, c’est nulle part ». De cette forêt, un écrivain sans envergure ferait  sans hésiter surgir un sanglier. Y a pas de sanglier chez Johannin, juste des mouches hitchcockiennes : « Les mouches elles sont partout, elles font des guirlandes à travers les pièces le long des fils collants qu’on a installés là pour les piéger, et il y en a tellement qu’on voit très vite plus les fils. C’est comme des gros câbles noirs qui vibrent jusqu’à ce que tout le monde soit mort dessus. «  Elles font tant de bruit à l’intérieur des maisons,  les mouches, que les gens préfèrent manger dehors : vive les grillades !  Chacun a son barbecue. Johannin consacre deux lignes à l’ustensile et nous en bouche un coin. Le barbecue en question n’a pas été acheté à Conforama  ou à Leroy Merlin. C’est  « une moitié de ballon d’eau chaude disqué dans sa longueur et posé sur des tréteaux en fer ». Un barbecue punk en quelque sorte, aussi beau que ces vieilles  baignoires à pied qui dans les prés servent d’abreuvoir pour les bêtes.

« L’Eté des Charognes », donc. Et qui dit charogne dit puanteur. Les puanteurs, ici, sont cruelles, comme dans le fameux sonnet de Rimbaud, et le lecteur en prend plein le pif : bêtes crevées, pourritures, sueurs, crasse, fringues humides « sent[ant] très fort la fumée, comme l’odeur des vieux   quand ils ont fumé une cigarette sous la pluie. »

La Fourrière pue la mort. Et la vie, c’est la langue de Simon Johannin, une langue débridée, électrique, slameuse. Simon Johannin écrit pied au plancher. Johannin nous gratifie, d’une page l’autre, de scènes  puissantes, comme l’enterrement de la vieille Didi. Elle avait connu l’amour à 17 ans et priait pour que chaque gamin du village connaisse le bonheur d’aimer. Elle avait 17 ans, et le village lui fit payer très cher son aventure. L’amour morfle  au pays des charognes.

Quand le héros et son pote Jonas quittent La Fourrière, c’est pour rejoindre un internat qui ressemble à un chenil. Ils s’éloignent ainsi des champs, des rivières, des animaux : « Des animaux il ne restait plus que les rats qui traversaient les rues en courant et les chiens des flics qui  nous reniflaient le cul plusieurs fois par semaines. » Et puis arrive Lou : « A chacun sa charogne. La mienne s’appellera Lou.».

Si vous avez envie de prendre une histoire  poétique et rude en pleine gueule et le monde  avec, lisez « L’été des Charognes » ! 

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 

 

Jeudi 2 février 2017

 

Vive Leroy !

 

Tout va si mal que j’ai envie du Portugal. Dieu merci, pas besoin de monter dans un train : Jérôme Leroy est en librairie. Il y a toujours une pincée de Portugal, des azulejos syllabiques, des pétales lisboètes dans ses livres. « Un peu tard dans la saison », roman à deux voix – celle de l’écrivain Guillaume Trimbert, et celle de la capitaine des services secrets qui le file -, n’échappe pas à la règle. Le Portugal est dans le cœur de Trimbert, dans sa mémoire. Car Trimbert est d’abord un héros qui se souvient. Se souvenir est la manière politico-poétique d’échapper à l’oppression  productiviste et taftaïenne. Leroy signe ici le grand livre de la fuite. Son héros s’éclipse, comme le font, dans ce roman solide et souple,  ces milliers de personnes  qui disparaissent des écrans radars.  Panique à bord des caméras. Car le tyran moderne  a tout prévu sauf « l’éclipse », cette inédite guerre de sécession. Guerre  douce mais sans merci. C’est pourquoi Trimbert est armé jusqu’aux dents : armé de souvenirs – Ostende,  Lisbonne, des visages de femmes -, de musique –la voix de Marvin Gaye -, de lectures – André Dhôtel, Georges Perros.  Trimbert s’enfuit avec des rimes et des refrains  dans la tête, et, dans la poche, le flingue idéal : «  l’élégant révolver-joujou  perforé du mot « Bal », qu’André Breton  portait en permanence dans son holster. Le poème et la mémoire sont nos royales munitions.

Christian Laborde

(L’Obs)

 

 

 

Samedi 28 janvier 2017

 

Trump : le poids des rots, le choc des lingots

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Le Bal des Naze

Pauvre madame Trump ! Elle a beau se vêtir avec goût, parer son corps de top model d’une belle robe de soirée, son mari ne prête aucune attention à elle. Elle n’existe pas. On le vit durant le bal de l’investiture donné à la Maison blanche. Les époux Trump dansent  sur « My way » de Frank Sinatra. Ils dansent, serrés l’un contre l’autre mais, à plusieurs reprises, Trump desserre l’étreinte, et, se tournant vers ses invités, lève tantôt le pouce, tantôt le poing : sa victoire compte plus  que sa cavalière. Pauvre madame Trump !

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                «  Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine », recueil de nouvelles  de Jérôme Leroy  vient de paraître, en édition de poche, à la Table ronde. Je l’ai lu dans le TGV N°8561 à destination de Paris-Montparnasse. Le voyage était pourri : TGV en panne à Artix, autobus jusqu’à Bordeaux, nouveau TGV à Bordeaux, arrivée à Paris-Montparnasse avec deux heures de retard sur l’horaire prévu. La galère. Pas pour moi qui me délectais des nouvelles de Leroy…

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 

 

Samedi 21 janvier 2017


« Au lieu de présenter des candidats, le PS devrait présenter des excuses ». C’est pas du Macron, c’est du Mélenchon.

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Avalanches. La demoiselle de BFM  serrant son micro entre ses moufles, dit : « Gourette est isolée… L’unique route permettant d’y  accéder est fermée… » Mais il n’ y a pas d’unique route, ici, mademoiselle,  juste une route unique : la route de la légende. Ici, sous la neige, sous vos boots, c’est le col d’Aubisque, mademoiselle, territoire des ours et  de Fausto Coppi.

                                                                                                                                                                                      *

En 1965, Pierre Dac, « roi des loufoques », se présente aux élections présidentielles, 16 ans avant Coluche. Dac, c’est pas rien. En 1942, Pierre Dac  rejoint De Gaulle à Londres, devient à la BBC une voix de la France libre, puis combat pour la libération du Pays. Dans la France libérée, il devient le « roi des loufoques » et, en 1965, soit 16 ans avant Coluche, il se présente aux élections Présidentielles. Tout candidat devant  s’appuyer  sur un parti pour espérer l’emporter, Pierre Dac a fondé le sien : le Mouvement Ondulatoire Unifié (MOU). Le MOU se fait tout de suite remarquer par son slogan qui envoie du bois : « Les temps sont durs, vive le MOU ! » Pierre Dac donne, en février 65,  sa première conférence de presse de candidat, au restaurant de l’Elysée-Matignon, le club le plus branché de Paris. Dac fait salle comble, comme Macron, et dévoile d’emblée l’identité d’un de ses futurs ministres : Jean Yanne. Il annonce que l’éducation est à ses yeux une priorité : « Le problème du ministère de l’Education nationale est très important. Il entre dans mes intentions d’en créer un ». Les journalistes sont morts de rire. Imperturbable Pierre Dac, entouré de gardes du corps, déroule son programme. Elu, il aura recours au referendum pour donner la parole au peuple : « J’organiserai un référendum sur le thème : « pour ou contre la corrida ». En ce qui me concerne, ma position est claire : pour moi, les toréadors sont des bouchers à l’arène. » Les journalistes se tapent sur les cuisses. Sérieux comme un pape et sévère comme Valls, Pierre Dac aborde la question européenne, le  couple franco-allemand : «  Le rapprochement franco-allemand est aussi indéniable que souhaitable. Mais attention, il me paraît indispensable de veiller à ce que ce rapprochement ne prenne pas une tournure susceptible de finir, une fois de plus, en corps à corps ». Le personnel du restaurant et les journalistes se gondolent. Pour tout savoir du programme politique de Pierre Dac, lisez « Pierre Dac président » qui paraît aux Editions du Cherche Midi. L’ouvrage compte 152 pages et coûte 15,90 euros. Il est préfacé par l’excellent Jacques Pessis, Docteur ès  pierredaqueries, que je salue bien haut.  

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 


Vendredi 20 janvier 2017

 

Les larmes de la Dame de Haute-Savoie

 

La dame de Haute-Savoie chez laquelle Francis Cabrel dort parfois, a les yeux qui piquent et tousse.

La dame chère au mec d’Astaffort avait trente ans quand elle avait débarqué en Haute-Savoie, avec des rêves, des envies, « des projets pour les hommes comme la nature/ faire tomber les barrières, les murs, /les vieux parapets d'Arthur. » Elle voulait « confier son cœur/au pouvoir des fleurs/ jasmin, lilas. » Les fleurs étaient ses « divisions, ses soldats/pour changer tout ça». C’est  ce qu’elle disait, qu’elle fredonnait.

                La dame de Haute Savoie avait retapé, elle-même,  le vieux chalet devant lequel, lors de son arrivée dans la vallée,  sa caisse était tombée en rade. Mort, le moteur. Elle y avait vu un signe : sa place était là. Le chalet, elle l’avait acheté. Elle avait repeint les volets. Elle était montée sur le toit à plusieurs reprises pour ramoner la cheminée, remplacer quelques ardoises. Cela lui avait pris du temps, occasionné bien des courbatures, mais, dans son chalet, dans la main verte de la vallée,  elle dormait comme elle n’avait jamais dormi auparavant, enveloppée par la nuit. Elle s’était débarrassée de son réveil. Elle n’était plus l’esclave des sonneries, la dame de Haute Savoie. Elle n’obéissait à personne, n’avait pas de patron, de chef de rayon. Le vent lui tenait compagnie, soulevait ses cheveux. Le soleil se posait sur ses épaules comme un chat, et elle découvrait, émerveillée, le charme de la pluie. On lui avait répété sur toutes les chaînes de télé au moment de la météo que la pluie n’était que « mauvais temps ». Elle découvrait en Haute Savoie que la pluie, c’était d’abord un orchestre. L’orchestre des gouttes. Ah le solo des gouttes sur le toit, leur chant dans la gouttière ! Un chant qui l’enivrait, qui la poussait hors de sa chalet, et toutes les gouttes tombaient sur elles, glissaient le long de son corps.  

En ce temps-là, la dame de Haute Savoie ne pleurait pas, sauf quand elle avait du chagrin, quand un homme, après avoir passé la nuit dans son chalet, repartait à l’aube. Elle savait qu’elle ne pouvait le retenir, qu’il ne lui appartenait pas. Elle savait tout cela, ils en avaient parlé. Mais chaque fois, elle pleurait. Et elle aimait ses larmes. Les larmes, c’était sa pluie à elle, une petite averse salée qui faisaient briller ses yeux si clairs.

Aujourd’hui,  la dame de Haute-Savoie pleure tous les jours et cache ses yeux irrités derrière des lunettes de soleil. Elle pleure, non à cause d’un homme qui ne  viendrait plus dormir chez elle mais de la pollution, des pics de pollution. Elle pleure,  et elle tousse. Et les fleurs, «  jasmins, lilas » qui étaient « ses divisions, ses soldats » toussent aussi.

 

 

 Mardi 17 janvier 2017

 

           Joe Strummer et sa voix de crayon vivant qu'on aiguise.

 

Samedi 14 janvier 2017

 

Mais qu’attend Donald Trump qui a tous les pouvoirs  pour jeter son coiffeur en prison ?

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S’agissant du divin, s’agissant  de nos vies, pourquoi pas Bouddha, s’interroge à la radio, quelqu’un qui « cherche son chemin ». Bouddha, je le trouve trop rond, trop gras. Je préfère  Jésus. C’est un dieu affûté, Jésus. Pas un pic de graisse, aussi sec que Luis Ocaña. Les stations du Golgotha valant bien les lacets du Tourmalet, Jésus mérite le maillot jaune.

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Dressons l’inventaire de ce qu’il fut, de qu’il reste : écrivain, romancier lyrique,  pamphlétaire, boss déglingué de la presse pirate, amateur de coups tordus et de vodka, cracheur de feu et de vérité,  menteur génial, fomenteur d’attentats syllabiques et autres, dandy toxique, pourri hautain,  communiste, gauchiste, mitterrandiste, écologiste, royaliste, fumiste, cycliste, styliste, illusionniste, polémiste, arriviste, récidiviste, gréviste, pugiliste, fantaisiste, concertiste, marxiste, papiste, dadaïste, radio-libriste, tête de liste, Don Quichotte chargeant tous les moulins à paroles de Paris…  Je vous parle de Jean-Edern Hallier dont Jean-Claude Lamy, dans « Jean-Edern Hallier, l’idiot insaisissable » (Editions Albin Michel, 594 pages, 26 euros) raconte les aventures et les prouesses. Jean-Edern ne s’est jamais ennuyé : on ne s’ennuie pas une seconde dans le book de Lamy qui rendra chèvre ceux qui marchent dans les clous. La vie de Jean-Edern  fut romanesque à souhait, un tourbillon. Jean-Edern sur sa monture, sans selle ni étriers, borgne, éructant, se rétablissant sans cesse : quel show, quel rodéo ! Même la poussière applaudissait. Au roman de sa vie, parfaitement raconté par Lamy, s’ajoute les romans qu’il a écrits. Le Lamy lu, découvrez les romans de Jean-Edern. Vous souhaiteriez que je vous en conseille un? Pas question ! Démerdez-vous  avec la bête, jetez-vous dans la gueule du fou !

(La Nouvelle République des Pyrénées)

 

 

Jeudi 12 janvier 2017

 

 

 

Et de toutes ses dents, succulente banane,

Kenny Clarke riait comme un enfant s'endort"

Claude Nougaro

 

et les balais de Kenny Clarke

frottent l'air cadences bénies

Jean-Claude Pirotte

 Samedi 7 janvier 2017

 

Michel Polnareff va mieux. Nous nous en réjouissons,  nous qui aimons tant « Holidays » ou « Le bal des Laze ». Nous conseillerons à Michel Polnareff de changer de look  Avec la coiffure qui est la sienne, il ressemble de moins en moins à l'idole qu'il fut et de plus en plus  à son sosie dans la pub Cetelem.

(Percolateur, La Nouvelle République des Pyrénées

 

 Vendredi 6 janvier 2017

 

L’année commence par un mail pourri. deprofundis.com  m’écrit et m’invite à  « prendre mes dispositions afin de soulager mes proches… » : lieu et nature de la cérémonie, sapin brut ou verni, poignées basiques ou sculptées. Bref, en ce début d’année,  deprufundis.com me somme de  penser à la mort. Penser à la mort, c’est lui accorder une importance qu’elle n’a pas. Le mail part à la poubelle. Quant à la mort, qu’elle crève !

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J’ai écrit mail, j’aurais dû choisir courriel,  terme forgé par nos amis québécois qui résistent à l’invasion des mots anglais. Ils ont lancé courriel,  et refusent selfie qu’ils remplacent par egoportrait. Egoportrait vient nous rappeler que nous préférons nous photographier nous-mêmes que de photographier le monde.


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Je lis le « François Moncla » d’Olivier Dartigolles, paru, il y a quelques mois, aux Editions  Arcane 17. C’est un petit livre comme je les aime, sans gras ni temps mort, un livre affûté qui reconstitue le parcours du cœur battant  de François Moncla. Un parcours qui mène le sieur François, pêcheur de truites en Ossau, de l’Etoile sportive arudyenne au Quinze de France, des terrains du Sud-Ouest à la pelouse de l’Ellis Park de Johannesburg, où, le 16 août 1958,  le quinze tricolore, conduit par Lucien Mias, bat les Springbocks  sur le score de 9 à 5. Cette équipe de France, la voici : Lacaze, Dupuy, Marquesuzaa, Martine, Stener, (o)Haget, (m)Danos, Barthe, Carrère, Moncla, Momméjat, Mias, Roques, Vigier, Quaglio. Et qui succèdera à Mias, «  la plus grande gueule du Tarn » au poste de capitaine de l’équipe de France ? François Moncla. Et capitaine, Moncla le fut sur les terrains de rugby, également sur le terrain social. Il fut plaqueur d’Anglais à Colombes et traqueur d’injustice partout. Dans notre pays couleur d’émeraude où rugby  se prononce « rubis », Moncla reste rouge. Le « Moncla » d’Olivier Dartigolles compte 76 pages et coûte 10 euros.

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Sherwood, la forêt qui nous est chère, la forêt qui abrite toujours Robin des bois, la forêt dans laquelle il se cache encore avec ses compagnons pour échapper au shérif de Nottingham, la forêt de Sherwood que nous avons tous arpentée, au cinéma  dans le sillage de  Douglas Fairbanks,  ou dans notre canapé en tournant les pages  du « Robin des bois » de Suzanne Pairault, oui, Sherwood, la forêt posée sur la terre comme une chevelure de rêves, est menacée. Par Ineos. Ineos, kézaco ? Un virus ? Une maladie qui attaquerait les feuilles, l’écorce, les racines des chênes séculaires ? Nullement. Ineos est le nom du groupe pétrochimique qui s’apprête à extraire du gaz de schiste du sol  sacré de Sherwood. Exit les légendes, place au profit ! Que Robin des bois sauve Sherwood !

(Press'lib)

 

 

26 décembre 2016

 

Nul n’est censé ignoré la Loire

 

« Nul n’est censé ignorer la Loire », rappelle André Minvielle dans son dernier alboum(1). Au-dessus de la Loire, pour nommer cette délicieuse  viennoiserie constituée d'une pâte feuilletée enroulée sur une barre de chocolat, l’on dit pain au chocolat, comme dans une vieille chanson de Joe Dassin. Au-dessous de la Loire, on dit chocolatine. Chocolatine  est dans toutes les bouches mais dans aucune chanson. Pourtant les mots finissant par  ine ne manquent pas, à commencer par colline. Rime parfaite, la  chocolatine étant dodue comme une colline.  Alors, chocolatine ou  pain au chocolat ?  Chacun son choix et, quoi qu’il en soit : Copé ta gueule !

« Nul n’est censé ignorer la Loire ». Au-dessus de la Loire le mot pastis désigne un apéritif. En dessous de la Loire,  pastis désigne, en sus d’ un apéritif,  une pâtisserie : le fameux pastis gascon. Il semblerait donc que dans le Nord, on se contente de boire.  Dans le Sud,  boire et manger ne vont pas l’un sans l’autre, et, assis, attablés à l’ombre des platanes du bistrot, l’on fait  des allers-retours fréquents  du pastaga au pastis.  L’ombre du platane est la meilleure qui soit, apaisante et charnue. Sous les platanes, c’est un ménage à trois : pastaga, pastis, parole. Sous les platanes, mots, mets et moûts  se mêlent. Et l’on devrait jeter dans un cul de basse fosse ces présidents de conseil généraux ou régionaux qui attaquent à la tronçonneuse les platanes bordant nos départementales. Cette chasse à l’ombre est insupportable, tueuse de ce que nous sommes.

Au pastis gascon, nous sommes quelques-uns  à préférer la tourte des Pyrénées, proche du cake anglais. Mais la tourte, ce n’est pas toujours du gâteau. Le mot en effet désigne également des coups de poings, des directs au menton. Le dimanche, sur nos terrains de rugby et d’émeraude, il y a souvent, sous la mêlée,  distribution de tourtes. Quand la distribution est copieuse, la mêlée se relève, et monsieur l’arbitre siffle la fin des opérations. Le match terminé, les tourtes perforantes ayant été distribuées, la tourte anisée reprend ses droits sur la table de la salle des fêtes, cernée par les gobelets en plastique qui se remplissent de vin blanc. Le plus souvent sucré.

(L’Humanité 26 décembre 2016)

(1)André Minvielle, 1 time , distribué par L’Autre distribution.

 

 


 


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