Christian Laborde

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le 28/01/2020


 

 Samedi 4 avril 2020

 

Aux USA, seuls les commerces « essentiels » sont ouverts, comme les armureries qui ont été dévalisées. Confinés, obèses, un flingue à chaque main, des Américains attendent, derrière leurs fenêtres que le Covid-19  pointe sa gueule pour le dégommer. Comme leur Président, ils font l’Amérique great again.

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Qui sont ces  « premiers de cordée » si chers à Emmanuel Macron ? Les urgentistes,  les infirmières, les infirmiers, les livreurs. Les premiers de cordée sont tous mal payés.

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Perchés sur les branches mazoutées, les oiseaux, chaque matin,  continuaient de faire  leur boulot d’oiseau : siffler. Nous ne les entendions pas, ils ne s’entendaient  pas eux-mêmes, tant  la rumeur des Klaxons, le grondement des moteurs, le rugissement  des réacteurs étaient permanents. Et tout à coup, le Covid-19 venu de Chine stoppe la folle machine et, dans le silence retrouvé, le chant des oiseaux, ce chant  que nous avions  oublié, parvient à nos oreilles. Il dit quoi, ce chant ? Il dit que l’aube est là, que  rien ne presse, tout est à déguster.  Il  dit aussi : y a pas que vous. Et le silence dit  la même chose : y a pas que vous. Y a pas que nous.  Et nous comprenons ce que nous sommes devenus : les fossoyeurs du merveilleux.

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Linguiste, membre du Conseil international de la langue française, auteure notamment de « L’étonnante histoire des noms de mammifères,  de la musaraigne étrusque à la baleine bleue », Henriette Walter  publie aux Editions Robert Laffont, « Les Petits plats dans les grands », ouvrage  ainsi sous-titré :  « La savoureuse histoire des mots de la cuisine et de la table. » Confinés, nous sommes condamnés  aux pâtes et aux riz, et voici qu’ Henriette Walter nous invite à un repas de fête, un banquet, un festin, au pays des mots des mets ! Tournons les pages, régalons-nous ! Henriette Walter nous donne par exemple une bonne quinzaine de noms de salades, comme   « La salade de levrette » et « la salade de prêtre » que tout devrait opposer et qui, pourtant, ont un point commun. Lequel, mon Dieu, lequel ?  Réponse, page 88.

(Chronique "Percolateur", La NR des Pyrénées)

 

 Samedi 28 mars 2020

 

Porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye se dit prête, en ces temps d épidémie,  à faire des efforts de « pédagogie ». Nous lui répondons : « Mange ta bouche ! » La pédagogie est la science des professeurs et  nous ne sommes pas ses élèves. Nous sommes le peuple souverain. Nous affrontons l’épidémie, nous obéissons à des  consignes contradictoires – « Restez chez vous ET votez !», nous faisons le dos rond, nous applaudissons, tous les soirs à 20h,  les médecins, les infirmières, les urgentistes qui montent au front sans protection. Et, le moment venu, nous demanderons des comptes. En attendant : « Mange ta bouche ! »

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Dans le quotidien Le Monde, l’écrivaine Leïla Slimani nous apprend qu’elle est confinée, loin de Paris – horreur ! -, en Normandie – malheur ! -,  dans la maison où elle passe tous  ses week-ends.  Ouh là là, tiendra-t-elle, Leïla ? Le dur confinement dure. Leïla est tendue: la peur de manquer de papier Q ! Que Leïla chasse de son esprit, ce tourment-là : ils ont des feuilles, les magnolias!

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Quelle est la cause de cette épidémie qui frappe la planète ? La déforestation, la destruction de l’habitat des chauves-souris qui, du coup, sont venues chez les hommes, sur un marché chinois où elles ont rencontré des pangolins et,  hop, un saut de puce, un saut d’espèce, et nous voici tous contaminés. Quand l’épidémie aura pris fin, quand nous serons débarrassés d’elle, s’empressera-t-on de reboiser, de protéger les forêts qui restent, de réensauvager la planète comme le proposent des  naturalistes anglo-saxons ? Non ! Nous ferons des stocks de masques en prévision des épidémies futures, et nous recruterons des policiers qui, armés, veilleront au bon respect des règles de confinement. Et malheur aux « traîtres » qui les enfreindraient, car les « traîtres », en temps de « guerre »….

(Chronique "Percolateur", La NR des Pyrénées)

 

 

 

Jeudi 26 mars 2020

 

 

 

"Le Tour confiné est un anti-Tour, un tour de con fait au Tour" Jean Robic


Samedi 21 mars 2020

 

 

Dans le grand poulailler humain, au chant matinal – Cac, cac, cac ,40 ! -, succède désormais, scandé 19 fois, la scie suivante: Cot, cot, cot , Covid ! Cot, cot, cot, Covid !

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In fine je me confine mais, façon Sud-Ouest, entouré de pots de confit. Classés par le gouvernement dans la catégorie  des commerces « non-indispensables », tous les bistrots sont fermés.  Comment, dans ces conditions,  passer un moment au zinc qui nous est cher?  En ouvrant le tome 4  des « Brèves de Comptoirs » du sieur Gourio que les éditions Laffont viennent de publier : 1280 pages, 30 euros. Si l’on pousse la porte du bistrot, c’est pour boire au coup, mais également pour écouter ce qui se dit aux abords des becs à pression.  Toutes les  pensées, toutes les trouvailles dignes de Jean-Claude Van Damme qui jaillissent  au coin du bar ou du fond de la salle, ont été rassemblées par Jean-Marie Gourio, dans ce volume que l’on peut feuilleter, chez soi, en sirotant son apéro favori. Et l’on tombe, par exemple, sur ces mots: « Si on t’enterre vivant, les asticots qui viennent, normalement, ils repartent.»Rassurant, en ces temps d’épidémie…

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Les vénérables  Editions Larousse ont pensé aux parents confinés à la maison avec des miochons qu’il faut occuper, distraire, et faire… travailler. Elles viennent en effet de lancer  la collection « Mes premiers classiques Larousse ». Des petits volumes illustrés, destinés aux 7-8 ans(CE1), avec présentation des personnages, lexique, et questions de compréhension. Les réponses sont données à la fin. L’occasion de relire, avec ses mômes, « Le Roi Arthur »,  « Peter Pan », « Alice au pays des merveilles », ou encore « Tom Sawyer. »

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Le maire d’Ossun qui a donné son feu vert à l’installation sur sa commune de la porcherie cruelle et pestilentielle, débouche en tête au soir du premier tour des municipales. Les Ossunois ne sont pas rancuniers, et les cochons, eux, n’ont pas le droit de vote.

(La Nouvelle République des Pyrénées, chronique « Percolateur »)

 

 


Samedi 29 février 2020

 

 

 

Je ne sais pas comment les Basques  construisent les bateaux, du côté de Guéthary, mais ils devraient demander des conseils, tant son savoir-faire est époustouflant, à l’écrivain Frédéric Aribit. Aribit vient de sortir, en effet, chez Anne Carrière,  une nef syllabique qui se joue de toutes les vagues et propose à son lecteur un merveilleux voyage. Nom de ce  bateau, qui est un roman, le troisième d’Aribit : « Et vous m’avez parlé de Garry Davis ».  Il existe, on le sait, plusieurs catégories de lecteurs :  il y a ceux qui recherchent avant tout une langue, ceux qui veulent dévorer une biographie, ou encore ceux qui penchent pour le récit amoureux. Que tous se ruent en librairie car  le roman d’Aribit est, à la fois, le récit d’une rencontre, une biographie, et un festival verbal enivrant. La rencontre, c’est celle d’un homme et d’une jeune femme, sur une plage de Guéthary,  à l’heure où la nuit s’annonce «  dans l’auréole bleutée des chiens qui s’ébrouent une dernière fois sur le sable avant de grimper, entre le matelas pneumatique et un crocodile en plastique, dans les berlines familiales ». Aribit choisit le bleu, et c’est au bras de cette couleur, à laquelle  Rimbaud associe la voyelle O, que la jeune femme se met à parler, à parler à cet homme  dont le cœur est encalminé. Elle lui parle de Garry Davis, fondateur du Mouvement des citoyens du monde. Et c’est ainsi que le roman d’Aribit, sans cesser d’être un roman – chapeau l’artiste ! -, devient une biographie : celle de Garry Davis, aventurier de l’âme, grand secoueur des cocotiers de la docilité, qui avait capté l’attention d’André Breton. Remercions Aribit, à l’heure où les murs se  dressent un peu partout, à l’heure où l’on ne peut faire un pas sans tomber sur des barbelés, de braquer son projo verbal sur ce personnage qui, aujourd’hui, peut nous aider à résister à ce « présent sans présence » qu’Annie Lebrun dénonce opiniâtrement. Quant à l’amateur de langue, il se régalera du talent d’architecte d’Aribit,  savourera le déroulement euphorisant de ses phrases, écoutera, émerveillé, le murmure océanique de ses syllabes satinées.

Chronique « Percolateur », La Nouvelle République des Pyrénées

 

 

Samedi 15 février 2020

 

 

 

Creek par son père, cherokee par sa mère, descendante d’une lignée de guerriers et de chefs déportés en Oklahoma dans les années 1830, Joy Harjo publie « Crazy brave » aux éditions du Globe. L’ouvrage compte 166 pages et coûte 19 euros. Penchons-nous sur ce titre ! Il ne compte que deux mots : « Crazy » et  « brave ». Brave, oui, car Joy Harjo porte en elle l’héritage, le chant, la mémoire des braves, des Red Sticks qui, le 27 mars 1814, affrontèrent le major général Andrew Jackson et son armée de voleurs de terre. Joy Harjo porte également en elle  l’amour des plantes, des animaux et de toutes les créatures, l’amour de la musique – ah la trompette de Miles Davis ! -,  l’amour  de la danse et du « cliquetis des coquillages des danseurs de stom-dance » qui, plantant leurs talons dans la terre, parlent à tous les dieux où qu’ils se cachent. Crazy, oui. Il faut être crazy, c’est-à-dire folle à lier  pour revendiquer  et faire vivre, aujourd’hui, un tel héritage, afficher un tel amour, et parler du « soleil bien aimé » dans une société – la nôtre-  qui n’a d’autre dieu que la marchandise, dans un pays - les USA- qui garde enfermé dans ses pénitenciers, depuis 1977, Léonard Peltier, le leader de l’American Indian Movement(IAM). Brave, crazy et, surtout, poète. Joy Harjo est une guerrière syllabique de première bourre : « Autrefois, j’étais si petite que je pouvais à peine voir au-dessus de la banquette arrière de la Cadillac noire que mon père avait achetée avec l’argent du pétrole extrait en terre indienne. Il astiquait  et entretenait sa voiture tous les jours. Moi, je voulais tout voir. » Joy Harjo voulait tout voir, et c’est nous qui, charmés par la langue d’Harjo, par le talent d’Harjo, voyons tout, découvrons tout d’une vie de femme indienne d’aujourd’hui. Une femme qui raconte sa vie, chante la vie et  refuse de capituler. Joy Harjo, c’est haut et beau!

Chronique « Percolateur », La Nouvelle République  des Pyrénés

 

 Dimanche 26 janvier 2020

 

Je roule vers la Ville rose dans une voiture noire, Michel Pastoureau dit  à la radio que le surréalisme est jaune. Songe-t-il à une toile de Miro ? Non, au gilet jaune que portait,  sous une veste qu’il ne quittait jamais, André Breton, lorsqu'il venait dîner chez le poète   Henri Pastoureau et son épouse, les parents de Michel.

 

Samedi 25 janvier 2020

 

Madeleine repose dans le petit cimetière d’Aureilhan, près de l’église. Les fleurs ont du chagrin. Et pas seulement celles qui ornent sa tombe, mais toutes les fleurs, les fleurs de tous les jardins. Car Madeleine a passé sa vie, penchée au-dessus d’elles,  un arrosoir à la main, un sourire bienveillant aux lèvres. Leur parlait-elle ? Evidemment.  Madeleine savait que les fleurs ont, cachées dans leurs pétales, des oreilles. Toutes les fleurs écoutent les murmures du vent et les caressantes paroles de celles et ceux, peu nombreux, qui, chez les humains,  ont le cœur sur la main, et de la tendresse à revendre. C’était le cas  de Madeleine. Madeleine s’occupait des fleurs, et récitait beaucoup de prières afin que le monde ressemblât à son jardin, et qu’il fût, lui aussi, couleurs, légèreté, grâce, harmonie, l’Eden en quelque sorte. Chaque fois que la joie, ici-bas, l’emporte sur la peine, on se dit que Madeleine a été entendue. Au plus haut niveau.

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Je traverse Lagos, des cyclistes me doublent, ils sont nombreux et parlent fort. Celui qui ferme la route  m’invite à prendre sa roue. Je décline son aimable invitation. Je roule pour échapper au peloton social, pas pour me fondre dans un autre peloton, fût-il cycliste. Rouler, c’est s’enfuir, être seul. Je monte à ma main la côte de Lagos. Le sommet franchi, je descends vers Lucgarier. La route est droite. Des moineaux, nombreux, volent juste au-dessus de moi, me lâchent, disparaissent. Les moineaux : le seul peloton dont j’aimerais prendre la roue.

En 2019,

En 2018,

Et en 2017.

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