Christian Laborde

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Nougaro, L'homme aux semelles de swing

le 13/10/2016

 

 

Festival d'Avignon 2016


 

 

 

 

 

 

 

Je passe des pages aux planches, je prends possession de la totalité de ma bouche, je deviens un costaud de la luette. Il faut être un costaud de la luette pour raconter Claude et dire Nougaro. Nougaro, c’est le ring, tout le ring, tout le temps, le peignoir sur la gueule, le public que l’on fend en frappant l’un contre l’autres les gants de cuir rouge, le grand combat buccal,  les «  cris de la foule », puis le  « KO la main ». Moi, c’est un round, juste un round, mais un  rond à donf, un Nougaround. Et sous le projo, armé de ma viande et de ses mots, tandis que Bernard Ariu laisse courir ses doigts sur les touches nacrées de son  accordéon, je brandis les sagaies de la saga de Claude.  Et les sagaies de sa saga c’est gué,  gué, gué, car Claude est pour toujours l’Amour Sorcier, gué, gué, gué....

 

 


 

C'est pas de la tisane: c'est le teaser, le tison



 

Je déboule

au théâtre de L’Oulle

à coups d’épaules et de boule

de bal

avec mon jeu de jambes

et ma luette

avec mes bosses de chameau

de chamots

avec le ciel de ma salive

et mon apex de  Tourmalet

oui

que le son soit

que mes clavicules

mes rotules

tous mes bidules

et mon palais

fassent leur boulot d’Hercule

afin que  de nouveau les garennes de Claude

et la Garonne de Nougaro

versent dans vos veines et vos coeurs

du sang chaud

yo

 

 Installation, répétitions

 

 

Sur la scène du théâtre de l'Oulle

la couturière coud

l'ourlet des pendrillons

celui des rêves et des saisons

saison des mots

saison des sons

la couturière coud l'ourlet des pendrillons

 

 

 Sur scène su 7 au 30 juillet 2016

Photographies: Fernand Fourcade

 


 

 

 

 

 

 Hélène Nougaro

 

 

 

 

 

«  J’ai vu un véritable spectacle sur Claude, l’œuvre de Claude dite par le comédien qu’est devenu Christian Laborde. Il fallait que ce soit Christian qui crée ce genre de spectacle, et c’est très émouvant pour moi de le voir  ici, sur scène, à Avignon. Je lui souhaite d’ailleurs bon vent dans cette nouvelle aventure de sa vie…Christian prolonge l’œuvre de Claude et crée aussi son oeuvre, parce qu’il  y a des textes de Christian. Il y a les mots de Claude et il y a les mots de Christian, poète aussi. Et c’est aussi cela qui est beau. »

Hélène Nougaro , France  Bleu Vaucluse

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avignon off 2016. Aime le mot dit.

 

Quand les mots rencontrent la musique sans que ce soit de la chanson, comment ça s’appelle ? Du rap? Du slam ? De la poésie musiquée ? De la musique d’auteur ?… On s’en fout ! Ici, le vers en boit de toutes les couleurs, pour le bonheur d’entendre Nougaro comme jamais.

Christian Laborde est connu pour son roman L’os de Dionysos (censuré, en 1987, pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale »), pour son amour du Tour de France (chroniques et romans), pour son engagement dans la défense des animaux (ours et vaches) et pour son indéfectible amitié pour Claude Nougaro. Voilà, ça, c’est fait… je me suis débarrassé des préliminaires poncifs nécessaires pour la présentation de celui qui a décidé de monter sur scène pour faire entendre autrement son frère de chant.

Mais, il ne le chante pas. Il le parle. De prime abord, je me suis dit « merde, ce mec n’est pas comédien et ça se sent terriblement ». Mais, ce ressenti n’a duré que le temps d’y penser, car j’ai immédiatement été saisi par la beauté de la langue. Et cette attitude maladroite, voire gauche (très proche de celle de Nougaro sur scène) s’est très vite avérée être, non pas une posture du personnage, mais le comportement de la personne. Ici, Christian Laborde EST Christian Laborde. Et c’est justement l’une des raisons d’être de ce spectacle : ce qui signifie tout simplement qu’il ne pourrait être interprété par personne d’autre. Et c’est bel et bien parce qu’il est lui-même que cette proposition artistique (car c’en est véritablement une) est originale.

Parce que Laborde est un ami proche de Nougaro. Oui, j’écris au présent, car celui-là nous fait tellement revivre celui-ci (comme un cadeau intime) que, par moments fugaces, au détour d’un rimage, le mirage fait effet : « parce que c’était lui, parce que c’était moi » (« Je revois l’avenue vers l’école. Mon cartable est bourré de coups de poings. Ici, quand tu cognes, tu gagnes. Ici, même les mémés aiment la castagne »). Bien sûr, Toulouse est incontournable. Mais, ici, Christian l’aborde différemment. Il nous apprend que, pour Claude, elle n’était point la ville rose, mais la ville rosse. Et, au-delà du jeu sur les mots, on comprend pourquoi il a mis du feu sur ses maux : pour les cautériser.

Les aficionados de Nougaro savent bien qu’il eût une enfance compliquée, avec des parents artistes absents, élevé par ses grands-parents dans le quartier des Minimes. Mais, là, on y apprend que Pierre, le père, jetant un coup d’œil sur les médiocres résultats scolaires de son rejeton faisait alors résonner d’une colère tellurique la cuisine familiale de sa voix de ténor stentor (« J’entends encore l’écho de la voix de papa, c’était en ce temps là mon seul chanteur de blues ») : Claude a craint son père autant qu’il l’admirait, et ce jusqu’à la fin de sa vie, jeune taurillon marqué au fer rouge par une relation shakespearienne à ses géniteurs (« l’amour maternel ayant sauté une génération »).

L’intelligence de cette démarche de redécouverte de Nougaro, c’est qu’elle part de Laborde et de son choix du répertoire (dont, sciemment, ici, je ne parlerai pas, pour en laisser la découverte au spectateur…). C’est par la singularité de son regard de poète que l’on peut entendre le chanteur autrement. Au détour d’une anecdote, il nous éclaire des pans entiers de la vie d’un auteur qui cherche, avec ses mots, à se mettre à la hauteur des musiciens qu’il va rencontrer. Ainsi, à peine débarqué à Paris, vient-il poser sa langue de « jeune taurillon qui sent encore le lait de vache » au Lapin Agile, célèbre cabaret de la Butte Montmartre où son père avait ses habitudes. Mais, c’est en tant que poète qu’il y fait ses premières armes, remarqué par un géant noir du nom de Charlie Mingus. La musique viendra plus tard…

Ah, la musique… Compliqué avec l’ascendance qui est la sienne… Mais, quand il va s’y mettre, ce ne sera pas pour amuser le terrain ! Très vite, c’est le jazz qui s’impose : avec des partenaires de jeu virtuoses, comme Bernard Lubat, Pierre Michelot, Maurice Vander et Eddie Louiss, les mots de Claude apprendront à se marier avec un swing sans pareil ! Et puis, la découverte de l’Afrique, de ses rythmes et de sa lumière. Et l’approche d’un Brésil métissé de rêve et de réel, avec la guitare de Baden-Powell…

En fait, la beauté de l’idée de Laurent Rochut (metteur en scène qui a incité Laborde à transformer son « monodialogue » avec Nougaro en un véritable spectacle), c’est d’avoir pensé à associer le musicien Bernard Ariu, au poète. Mais, comme Laborde n’est pas chanteur, il ne fût jamais question qu’il empruntât la voie du vocaliste. A donc été imaginée une passerelle permettant à Christian de dire les textes de Claude, soutenu par le jeu subtil de l’accordéonniste-claviériste-accordiniste. Et si j’écris « subtil », c’est parce que Ariu a l’intelligence de ne pas reprendre la mélodie de la chanson pour accompagner le texte dit. Non, selon la nature de celui-ci, il sera sa ponctuation, sa ligne de basse, son épice,… Ici, le musicien concocte la sauce qui agrémente et fait le liant du plat de résistance imaginé par le chef des mots. Et cette « accompagnance ariuesque » (mélange d’accompagnement et d’ambiance) renforce particulièrement la beauté de la poésie nougaresque.

Si, au début de « Nougaro, L’homme aux semelles de swing », j’ai été quelque peu gêné par certaines lumières trop prégnantes, j’ai peu à peu fini par les oublier, même si, de temps en temps, quelques effets bienvenus les ont rappelées à mon bon souvenir. Céline Balestra (création lumière) et Emmanuel Tranchant (création lumière et son) participent donc de la réussite de ce spectacle original où des images mentales nous traversent épisodiquement, renforçant ainsi l’opinion de Catherine Deneuve sur Claude : « Nougaro, c’est du cinéma ». Avec ce spectacle, nous sommes donc à cheval (sur toute autre chose que des principes) entre chanson, poésie, théâtre et cinéma. Mais, finalement, peu importe : il s’agit d’un spectacle, ô combien vivant, où l’accent (encore un point commun entre Claude et Christian) est posé sur l’amour. L’amour d’un mec pour son pote disparu. L’amour d’un poète pour une langue rare. L’amour d’une œuvre singulière. L’amour de l’aspérité comme accident de la vie. L’amour comme une chance offerte aux présents de faire exister encore ceux qui ne sont plus là.

Et par les temps qui courent, ce n’est certainement pas du luxe…

Frank Halimi

 

 

 

 

 

 

 

 

Trublion de la littérature française, conteur inattendu, Christian Laborde est un drôle de gars, imprévisible. Il n’use pas de la politesse des salons germanopratins. Il a le contact simple, direct. On est entre amis, on refait le monde, et on parle, encore et encore de Claude, Claude Nougaro, son ami, son complice. Entre ces deux-là, on devine une fraternité poétique à l’épreuve des nuits blanches ; un amour des mots, de la rime et du swing qui résiste au temps qui passe et conjure la mort. C’est le hasard, une soirée dans le cadre du Printemps des poètes cette année à Avignon organisée par Laurent Rochut, directeur du théâtre de l’Oulle depuis deux ans maintenant, que l’idée a germé de créer ce spectacle dont ce dernier signe la mise en scène.

Accompagné de Bernard Ariu à l’accordéon, présence discrète mais d’une belle densité, Christian Laborde arpente la scène, alternant chansons-poèmes de Nougaro et souvenirs savoureux partagés avec l’artiste. Laborde n’est pas chanteur mais il a su trouver sa propre musicalité pour faire résonner la rime nougarienne, faire swinger les mots, valser les verbes. C’est un voyage dans le temps et de par le monde, un itinéraire improbable qui nous conduit d’une ferme du Poitou aux pavés de Paris, du faubourg des Minimes au Brésil du camarade Baden Powell, de l’Espagne à l’Afrique. Un voyage qui vous embarque au gré des univers fantasmés de Nougaro, des personnages insolites croisés la nuit au coin d’une ruelle ou dans un film projeté dans un vieux cinéma de quartier qui n’existe plus ; un monde où les femmes, la femme, est une héroïne de tous les instants, l’objet de toutes les rimes. Laborde esquisse un portrait de Nougaro à contre temps, à contre-champ, oubliant la chronologie pour tisser une trame narrative qui palpite au fil des rencontres et des amitiés. Laborde scatte les mots de Nougaro et ça tourbillonne, ça déménage et ça se bouscule au portillon de cette poésie à la fois savante et populaire. Chez l’écrivain aussi un torrent de cailloux roule dans son accent. C’est de la fraternité, de la poésie, du slam, du jazz et ça cogne.

Marie-José Sirach

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                Le conte est bon pour Christian Laborde

 

 

                                                                                               L’écrivain a goûté au théâtre en Avignon. L’expérience débouche sur une tournée et un carnet de bord

 

Pour Christian Laborde, la seule expérience qui compte est le conte. L’écrivain le démontre depuis longtemps dans ses bouquins. Il vient de le confirmer sur les planches du théâtre de l’Oulle où il a passé son mois de juillet à jouer « Claude Nougaro, l’homme aux semelles de swing ». Une aventure époustouflante à entendre le Palois. Il prépare déjà une tournée en régions et l’édition du carnet de bord rédigé, à cette occasion, sur les terrasses de café et les bancs publics du temple de l’art dramatique construit par Jean Vilar. « Je ne suis pas chanteur ou comédien. Mais plus que jamais conteur », dit l’artiste. « C’est mon goût de la tradition de l’oralité. Le spectacle mis en scène par Laurent Rochut va même peut-être plus loin. C’est carrément vaudou. Il m’a dit que je n’évoque pas seulement Nougaro. Je l’invoque et le convoque. »

Il faut dire que Laborde présente une capacité particulière à se fondre dans la peau de son idole et ami de Toulouse. Il y a le ton. Et les connaissances des coulisses, des anecdotes. Les deux hommes étaient proches. Forcément plus simple que d’exposer la vie de Shakespeare. « Je raconte Claude et je dis les textes  de Nougaro. Une différence qui a touché le public », témoigne Christian Laborde. C’est vraisemblablement une des raisons pour lesquelles une flopée de spectateurs voulait en savoir davantage une fois le rideau baissé. « C’est un poète raconté par un autre poète », résume Hélène Nougaro, l’épouse du chanteur qui a fait le déplacement. « Pour moi, c’est une chance formidable. En juillet, Avignon reçoit 1 460 spectacles sur 130 scènes. Malgré cela, on a attiré du monde. Et les tourneurs qui passaient par là se sont montrés intéressés »

Un nouveau bouquin Déjà, une dizaine de dates sont programmées pour 2017. « Comme quoi, la poésie, dès l’instant qu’elle est dite, ça marche encore ! » L’auteur palois ne finit pas de surfer sur cette année 2016.  En septembre, il se pointera aussi à la fête de l’Huma, sous le chapiteau de Midi-Pyrénées, avec la Compagnie Bernard Lubat.

Après le succès de son pamphlet sur l’industrie agroalimentaire, « La Cause des vaches », son nouveau bouquin sort demain, aux éditions du Rocher, sa nouvelle maison. « Le sérieux bienveillant des platanes » est un roman noir. « Un bouquin blablacar », dit-il puisque Tom, le héros, embarque le lecteur en covoiturage dans un trajet spatio temporel, du nord au sud.  On y découvre des personnages cabossés par la vie, « des survivants », qui se souviennent des temps anciens où il faisait bon prendre son temps sur la place du village natal. « C’est un hymne à la lenteur en quelque sorte. » Le retour aux sources finit par déboucher sur la découverte du secret du grand-père. Que va-t-il se passer ?

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Patrice Sanchez

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   17 août 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nogaro, 20 mai 2017

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 Claude Nougaro bien vivant grâce à Christian Laborde

Un spectacle somptueux

 

Ce 20 mai, raconter en parlant avec une diction parfaite, en chantant, en dansant aussi parfois, cet artiste exceptionnel qu’a été Claude Nougaro, voilà ce que Christian Laborde fait avec le talent et la justesse de ton que donne une amitié de 30 ans avec « son frère de race mentale ». Sur la scène il est à la fois lui-même et Claude et c’est un torrent de poésie qui déferle et qui tient en haleine jusqu’à la fin. Un spectacle somptueux !

Accompagné de l’accordéoniste Bernard Ariu, il parle de cet enfant dont la mère, Liette, professeur de piano, accompagne son mari, le père de Claude dans ses tournées. Et ce père, Pierre, premier baryton à l’Opéra de Paris, ne voit - rarement - son fils que pour le punir. Sa grand-mère l’élève. Il n’aime pas Toulouse, sa ville natale « aux laitues assoiffées » (il changera plus tard et composera « Toulouse » en son honneur).

Paris : l’éblouissement.

Christian nous découvre l’éblouissement de Claude devant Paris, Montmartre et le Lapin agile, rendez-vous des rapins et des poètes. Jusqu’alors, il se refusait de chanter, pour se distinguer de son père. Au Lapin agile, il récite ses poèmes, découvre le jazz, puis devient l’ami du poète Jacques Audiberti, rencontré aux Deux Magots (1) qu’il loge pendant un an.

Toute la vie de Claude défile. Par exemple, Christian s’arrête un instant sur la découverte du Brésil (« Bidonville »), du guitariste Baden-Powell et sur la chanson « Tu verras », adaptée de « O que será » de Chico Buarque de Holanda, grand succès de Claude. Et Paris avait ébloui le jeune Claude Nougaro, voilà que New-York le ravit à son tour.

Des anecdotes parsèment le « one man show » de Christian Laborde. Comme celle où, après une soirée bien arrosée avec un ami, on trouve Claude et son ami à quatre pattes sur le tapis à poils longs du salon: ils ont entrepris de « tondre la pelouse » avec un coupe-ongles…

Cette belle évocation a été présentée au Festival d’Avignon, à Deauville et à Uzeste. On espère que Christian Laborde en fera un DVD.

Roland Houdaille

 

 

 

 

 

 


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