Christian Laborde

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Le Bazar de l'hôtel de vie

le 21/01/2021


Le Bazar de l'hôtel de vie

 

 

 

 


 

 

 

Christian Laborde poète chez Castor

 

Les Éditions Le Castor astral, « curieuses et farouchement indépendantes », selon leur devise, publieront, le 1er avril, dans la collection « Curiosa & Caetera » dirigée par le poète Éric Poindron, Le Bazar de l'hôtel de vie, de Christian Laborde. Si l’auteur de L’Os de Dionysos et de La Cause des vaches est un romancier doublé d’un pamphlétaire, il est d’abord un poète. Et c’est le poète que l’on retrouvera dans ce volume réunissant poèmes, portraits, réflexions, souvenirs, vagabondages... Un pot-pourri de textes brefs et savoureux.

Le Figaro, 21 janvier 2021

 


 

 


 7 avril 2021



 

 

 

Quand la vie gambade

 

Christian Laborde, dans son livre de “géographie”, bat la campagne et la ville sous forme d’abécédaire. C’est un bon prétexte pour des divagations poétiques et des anecdotes musicales, cyclistes, historiques, littéraires là où Edith Piaf côtoient Francis Ponge et où se croisent Bashung et Nougaro, “phare” baudelairien de Laborde.

Existent parfois des considérations assez brillantes — sur les “bulles” par exemple — et leurs divers avatars au fil du temps. L’auteur s’y fait brillant et incisif et ce, dans un appel à la forêt pour sauver nos contemporains bardés d’agendas électroniques et de sushis.

Parfois, les textes sont plus courts, illustratifs, faits pour le mot d’esprit même si chaque fois l’auteur sait dénicher ce qui pèche dans la postmodernité. A la gare d’Avignon TGV par exemple, sans odeurs, sans rumeurs et où les arbres sur le parking refusent de pousser.

Bref, pour celles et ceux qui le connaissent, c’est du Laborde dans le texte. La vie gambade même lorsqu’il s’agit d’attendre un covoiturage. Il y a aussi quelques chansons avec “la java des costauds du bec” — entendez les piverts, il y a des rues, des rues, des rues et aussi des paysages à ne pas manquer : entre autres “le bosse douce d’Ousse” là où l’auteur pédale “dans un bain de mousse” mais jamais dans la choucroute.

Choses vues, lues, entendues et vécues sont autant de motifs que ne peuvent que saluer les bons entendeurs d’une écriture savoureuse et dont les grelots tintinnabulent mais sans jamais chérir la moindre nostalgie. Peuvent, en dépit du Covid, s’y espérer des noces à venir, des tours de France et des matchs de Rugby, sport que l’auteur prend néanmoins pour plus intelligent qu’il ne l’est vraiment.

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Samedi 10 avril 2021

 



Le Bazar de Laborde

 

Christian Laborde est de retour en librairie avec « Le Bazar de l’hôtel de vie »(188 pages, 16 euros), recueil  de textes publié par Le  Castor astral, le vaillant éditeur des poètes.

 

L'entretien

- Que trouve-t-on dans votre « Bazar » ?

- De tout : des instantanés, des poèmes, des réflexions, des souvenirs, des mots vagabonds. On se balade de portraits en poèmes, de notes en chansons,  et l’on croise Francis Ponge, Alain Bashung, Yvette Horner, Colette Besson, et mon oncle Victor…

- Vous vous souvenez de Colette Besson !

- Oui, oui…Je me souviens très bien d’elle, aux Jeux Olympiques de  Mexico en 68, la télé était en noir et blanc. Je me souviens de sa foulée, de sa légèreté, de sa victoire, de ses larmes sur le podium.

- Il y a des personnages  dans votre « Bazar », des souvenirs, mais également des lieux,  Avignon par exemple…

- J’ai passé un mois à Avignon, en juillet 2016. Je jouais mon spectacle sur Nougaro au théâtre de L’Oulle. Et  pendant un mois, j’ai écrit mes « carnets d’Avignon ».  Il s’agit de notes  prises en sortant de scène ou lors de   mes déambulations dans cette ville merveilleuse, le long de ses remparts, sur le parvis de ses innombrables églises, à la terrasse de ses cafés. Des notes, et  des poèmes.

- La  poésie est  au cœur de votre « Bazar ». Mais est-elle au cœur de nos vies, aujourd’hui ? On  la voit peu  dans la vitrine des  librairies…

-  Mais qu’y a-t-il au cœur de nos vies, aujourd’hui? La production, la marchandise, les écrans et les agendas. Bref, la vie d’aujourd’hui n’est pas une vie large. Et une vie qui n’est pas large, nous ratine, nous dessèche. Il est donc urgent de lui échapper. Et c’est là que la poésie entre en jeu. Avec ses rimes, ou pas ses rimes, avec ses images, ses sonorités, ses envols, ses silences, ses bousculades vocaliques, ses ruades consonantiques, sa lenteur, son bouillonnement, la poésie nous ranime, nous remet en selle, et nous nous retrouvons face à nous-mêmes, au cœur du monde.

- Il faut donc lire les poètes.

-Oui il faut les lire, écouter leurs mots, les apprendre, les réciter,  s’abandonner à ce plaisir libérateur, source de joie.

 

L'extrait

 

 


 

 

Colette Besson

 

            C’était en 1968 à Mexico, en octobre, quelques mois après les barricades, les casques et les pavés, dans le calme retrouvé. De Mexico nous ne connaissions que le chanteur cher à nos parents. Et voici qu’une jeune femme, vive et gracieuse comme une chanson, crève l’écran du poste de télévision. La jeune femme court. La télévision, en noir et blanc, ne nous dit pas que son maillot est bleu. Nous le savons. La jeune femme, en effet, est née le 7 avril 1946 à Saint-Georges-de-Didonne, ses poumons sont remplis d’air de Font-Romeu, et le numéro qu’indique son dossard – 117 – est celui de la route nationale qui va de Bayonne à Perpignan, relie l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. La jeune femme est bleue. Et brune. Ses cheveux, longs et lourds, sont noirs comme l’ardoise de nos toits, l’âtre de nos cheminées, noirs comme le poing ganté brandi par Tommie Smith et John Carlos sur le podium protocolaire.

 

            La jeune femme, vive et gracieuse comme une chanson, se nomme Colette Besson. Colette ! Existe-il prénom plus délicat, plus proche de la goutte d’eau ? Les linguistes le savent : « Colette » est la contraction, la compression façon Arman, de « col Claudine » et de « goélette ». La jeune femme vogue et file. Mais elle n’est pas devant. Devant, il y a d’autres jeunes femmes dont la foulée paraît ne pas faiblir. Devant, débouchant en tête de la dernière ligne droite, il y a surtout la Britannique Lian Board, favorite, et la Russe Natalya Pechenkina. Et voici que la jeune femme, vive et gracieuse comme une chanson, Colette Besson, produit son effort, un effort prolongé qui ne prendra fin que la ligne coupée. C’est beau, imparable et pur, aussi pur que l’air de Font-Romeu que la jeune femme a stocké dans son organisme. Elle peut remercier Daniel Cohn-Bendit d’avoir mis le souk. La grève générale lui a permis en effet de quitter son bahut, et de filer, avec trois mois d’avance, à Font-Romeu où elle a pu s’entraîner et boire du vent tout son soûl.

 

            Le vent, parlons-en ! Le vent n’a jamais été aussi heureux que durant cette dernière ligne droite qui voit Colette Besson rejoindre une à une ses adversaires,les dépasser et remporter la médaille d’or. Il est heureux, le vent, car il peut faire ce qu’il aime tant : glisser ses doigts dans les cheveux d’une femme, dans les cheveux, noirs et lourds, de la jeune femme, vive et gracieuse comme une chanson, Colette Besson. Sur la plus haute marche du podium, Colette sourit et pleure. Ses cheveux noirs, son sourire, ses larmes et ses joues lui donnent un air d’Ali MacGraw, l’héroïne de Love Story d’Arthur Hiller.

 

            Besson, du latin populaire bissus, veut dire jumeau. Le 16 octobre 1968, sur la piste de Mexico, Colette Besson fut ce qu’elle demeure pour chacun de nous : la petite soeur jumelle du vent.

Christian Laborde

Extrait de « Le Bazar de l’hôtel de vie », Ed. Le Castor astral.

 

 

 Samedi 10 avril 2021


 

Le Bazar de l'hôtel de vie est  dans  Biblio-cycles de Philippe Orgebin, Hervé le Cahain et Jean-Yves Mounier.

 

 

Mardi 20 avril 2021

 

 

 

 

Infatigable Christian Laborde ! Lequel vient de « commettre » « Le Bazar de l’hôtel de vie », au Castor Astral, recueil de poésies, de textes dits sur scène, et de vagabondages à vélo ou pas. L’écrivain qui vit entre Pau et La Bigorre se révèle aussi poète, et toujours amateur de mots, ce que l’on savait déjà. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Le Rocher vient de publier en poche son « Tour de France » monumental, dictionnaire  érudit et littéraire paru en 2019.

 

Vendredi 30 avril 2021


Le Littéraire.com

 

INTERVIEW INTEMPESTIF  DE  CHRISTIAN LABORDE

par Jean-Paul Gavard Perret

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

-Le petit-déjeuner, la chaise qui m’attend dans la cuisine, les cyclamens  sur le rebord de la fenêtre. 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

-Ils continuent de vivre en moi, de me tenir chaud, je les croise quand j’écris, quand la page est belle…

A quoi avez-vous renoncé ?

-A rien. Je voulais être d’Artagnan, et je suis devenu écrivain, c’est-à-dire « général de l’armée des rêves »

D’où venez-vous ?

-D’Occitanie.

Qu'avez-vous reçu en "héritage" ?

-L’Occitanie, c'est-à-dire, une langue pourchassée qui vit en moi, dicte le rythme – « l’accent c’est les traces d’une autre langue dans la langue », dit Michel Serres -, l’oralité, le chant des troubadours, la poésie de Joë Bousquet, un héritage qui ne cesse de s’enrichir avec, aujourd’hui, par exemple,  la poésie de Bernard Manciet et le jazz de Bernard Lubat…

Un petit plaisir - quotidien ou non ?

-La consultation de la carte Michelin, la 85, pour le choix de l’itinéraire. Où pédalerai-je demain ?

Qu’est-ce qui vous distingue des autres écrivains ?

-Je suis un fourgueur d’images et de sonorités à l’heure où l’imagination a été déclarée persona non grata.

Comment définiriez-vous votre approche de la poésie ?

-Une approche sensuelle, joyeuse. Je pétris la langue, comme le boulanger, la pâte. La peur de la page blanche, la posture doloriste, c’est pas ma came…

Quelle est la première image qui vous interpela ?

-Les vitraux de l’église d’Aureilhan, quand j’étais enfant, des bousculades de couleurs, du bleu, du rouge, du vert, du jaune… J’étais myope, je ne distinguais qu’imparfaitement les motifs, mais les couleurs, comme animées, me plaisaient.

Et votre première lecture ?

Il n’ y avait pas de bibliothèque à la maison, juste mon père qui  me racontait les exploits de Charly Gaul dans la Chartreuse, le soir, à table, à la fin du repas. Les mots, c’était donc la parole.  Quant au collège et au lycée, ils ne m’ont pas apporté grand-chose. En classe, il est vrai, il était plus souvent question de Zola que de Verlaine… La caverne d’Ali baba des mots et des sons, ce sera  – j’avais 14 ans ! -,   le rayon Poésie de la Bibliothèque Municipale de Tarbes,  la lecture de Sources du vent de Pierre Reverdy, ou de Terraqué d’Eugène Guillevic.

Quelles musiques écoutez-vous ?

-Le vent, le jazz, Miles Davis, Chopin, Ennio Morricone, Lalo Schifrin, et ce que Scutenaire entend par « musique concrète », le grincement d’un volet par exemple ou le son d’un marteau, bref, tout ce qui signale et souligne la présence du silence.

Quel est le livre que vous aimez relire ?

- Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq.

Quel film vous fait pleurer?

-Je vais peu au cinéma, Two Lovers, de James Gray.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?

-Alain Delon dans Le Samouraï

A qui n'avez-vous jamais osé écrire?

- A personne. Je n’ai pas le mail de Dieu …

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?

-Toulouse, le col de Marie-Blanque.

Quels sont les artistes et écrivains  dont vous vous sentez le plus proche ?

-J’ai beaucoup aimé l’aventure surréaliste et son « stupéfiant image ».  Je me sens proche des poètes, des aventuriers du langage, Henri Pichette, Claude Nougaro, Jérôme Leroy, Marcel Thiry, Eric Poindron, Joseph Ponthus. J’aime la langue charnue de Jean-Pierre Verheggen  et celle, maigre, de Kenneth White. Je préfère relire un poète de naguère –Tristan Derème, par exemple – que lire un romancier d’aujourd’hui.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

-Un fixie.

Que défendez-vous ?

-Les routes départementales, le droit des vers-luisants à disposer d’eux-mêmes, la réhabilitation de l’imagination, Leonard Peltier,  la neige qu’ils  accusent de tous les maux dès que la circulation est paralysée, la lenteur, la nuit, les animaux.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?

-Rien

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?"

-Je la fais mienne ! Je préfère Allen à Lacan. Je choisis toujours l’artiste.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?

-Quelle chanson de Nougaro écoutez-vous en ce moment ? La réponse : Mater.

 

 

Mardi 4 mai 2021


 

 

 

 

Laborde, cette fois côté poésie

 

Dans « Le Bazar de l’hôtel de vie », le Castar Astral recueille les textes poétiques et scéniques de Christian Laborde. Vocal à souhait.

 

On le savait aussi oral, vocal, ce qui pourrait paraître paradoxal pour un écrivain. Mais Christian Laborde fait partie de cette espèce de plumitifs dont il faut lire les phrases à voix haute, même dans sa tête. Le phrasé, forme de scat littéraire parfois prétexte à tous les jeux de mots, l’accent, qui vient au détour de chaque déclamation, font de cette prose, poétique pourtant, une ode permanente au verbe haut.

On peut même se surprendre, pour celui tout du moins qui l’a déjà entendu parler, à lire ses phrases avec la même musique que celle des mots qu’il prononce, forgés aux torrents du gave et aux vents fous gascons.

Pour s’en convaincre, voilà que paraît « Le Bazar de l’hôtel de vie », recueil plutôt que nouvel ouvrage, qui vient confirmer la chose. Le Castor astral, maison d’édition justement spécialisée dans la poésie, a proposé au plus Bigourdan des Palois(ou l’inverse) de publier un recueil de ce qui ferait poésie dans l’oeuvre de Laborde.

On y trouve donc des textes créés pour des spectacles, qu’ils fussent joués à Avignon comme à Tarbes, ou chez Lubat à Uzeste et dans toutes les occasions qui étaient bonnes à prendre.

On pense, par exemple, à cette homélie(aimerait-il le mot ?) dite pour Yvette Horner en la cathédrale de Tarbes, quelques jours après sa disparition : « Yvette n’est pas morte, elle s’est échappée ».

Car Laborde sait prendre la scène comme on prendrait aux mots, et l’emplit de ses phrases comme autant de personnages.

Il y a aussi là, pêle-mêle,  comme dans un bazar, des portraits courts croqués pour Bashung, Colette Besson, ou encore l’affichiste Alain Carrier, panthéon personnel où Nougaro trône en majesté.

Des poèmes, jetés à en pâture, qui reprennent les vieux combats de l’écrivain sur la brèche, des « chansons fastoches », qui furent mises en musique par un autre palois dingo de Nougaro, Francis Lassus.

Un carnet d’Avignon, fait de pensées, d’anecdotes aussi poétiques que désoliplantes pour certaines. Des « fonds de jante », petits textes brefs qu’il écrit sur son vélo(si, si) dans ses échappées sur le plateau de Ger.

Quelques détestations aussi, pour Vincent Delerm ou les gérants de Stabucks Cafés…Et des fulgurances, aussi au fil de presque chaque page : «  Je croise, rue de la Peyrollerie, une fille en short, des mots sont tatoués sur ses cuisses. Encre superfétatoire : la peau des filles parle d-s qu’elle nue. » Tout l’univers de Laborde est là, cet univers qui est aussi un peu le nôtre, mais qu’il révèle et émerveille finalement comme personne.

Nicolas Rebière.

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